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CHAPITRE VI

LES FRÈRES MENDIANTS1

L’Angleterre et l’Église. — Rien de plus fatigant que le récit de ces quarante années de despotisme et d'anarchie; aussi éprouve-t-on un vrai plaisir à s'arrêter un moment à raconter l’histoire des Ordres mendiants.

Jamais, comme nous l’avons déjà vu, l’Église n’avait été plus puissante qu’au temps d’innocent III et de ses successeurs; mais, en revanche, elle perdait chaque jour son influence religieuse sur les âmes. Quel respect, en effet, le peuple pouvait-il conserver pour un pape ambitieux et rapace, prodiguant l’interdit et l’excommunication dans des vues purement poli tiques, et ne rougissant pas de se servir du masque de la religion pour extorquer l’argent des fidèles? Aussi l’esprit de scepticisme s’était-il infiltré en Italie à la suite de la querelle du sacerdoce et de l’Empire. Nous pouvons nous en convaincre en lisant les poètes épicuriens de Florence qui niaient l’immortalité de l’àme, et attaquaient les fondements mêmes de la foi; dans le midi de la France, la Provence et le Languedoc avaient embrassé l’hérésie albigeoise et rompu avec la papauté; et même en Angleterre, où rien ne semblait annoncer un schisme religieux, le peuple se montrait indigné des exactions du Saint-Siège et de sa honteuse alliance avec le despotisme royal. On entendait parfois des murmures qui faisaient pressentir la révolte des Lollards. ‘ Le Pape n’a rien à voir dans les affaires séculières « , dirent les bourgeois de Londres, en réponse à une sentence d’interdit du pape Honorius. L’excommunication de l’archevêque d’York en punition de sa résistance aux exigences du Saint-Siège, l’avait « rendu d’autant plus populaire qu’il était plus durement frappé * . Le plus grand des prélats d’Angleterre, Grosseteste, évêque de Lincoln, mourut en pleine lutte contre la cour de Rome, et Simon de Montfort, le plus noble des patriotes du temps, était excommunié quand il périt à la bataille de Lewes.

On constatait dans l’Église d’Angleterre le relâchement du sentiment

1 Sources : Voir le Traité d’Eccleston sur leur arrivée en Angleterre et les Lettres d'Aclam de Marsh, précédées de l'excellente préface de Al. Brewer dans Je t. Ier des Monumenta Fransciscana (coll. des Script, rer. Brit . ). Dans la même collection, voyez les Lettres de Grosseteste, éditées par AI. Luard. Pour l’histoire générale de ce mouvement religieux : Milman, Lati?i Christianity, vol. IV, ch. ix et x.

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