‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 106 sur 255 · LA GUERRE DES R A ROMS · texte numérisé non relu

LA GUERRE DES R A ROMS

A son retour, le Roi ne lui témoigna que de l'éloignement et l'exila par pur caprice ; rentré en grâce peu de temps après et nommé gouverneur de Gascogne (1248), il se rendit odieux à la noblesse gasconne par sa justice inflexible, sa sévérité à réprimer les désordres ; il s’aliéna la bourgeoisie de Bordeaux en la frappant de lourdes taxes pour avoir les moyens de maintenir l’ordre. Les Gascons portèrent plainte contre leur gouverneur ; une rupture s’ensuivit entre Henri III et Montfort, qui offrit de se démettre, à condition d'être remboursé intégralement par le gouvernement de l’argent qu’il avait dépensé au service de l’Angleterre, comme le Roi le lui avait promis. « Je ne me crois pas tenu de remplir mes promesses envers un traître! >5 s'écria Henri avec violence. « Misérable fourbe, répliqua Simon, si tu n’étais le Roi, tu me payerais cher cette insulte. » Rentré dans son gouvernement de Gascogne et remplacé presque aussitôt, il vint chercher refuge à la cour de France, où son renom de grand administrateur lui lit offrir la régence du royaume pendant une des croisades de saint Louis. Sur son refus, le gouvernement anglais l’autorisa à reprendre du service ( 1252).

Son caractère était déjà arrivé à son complet développement ; d’une piété rigide, comme son père, il remplissait assidûment ses devoirs religieux à toutes les heures du jour et de la nuit; il se lia intimement avec Grosseleste et se montra en toute occasion le protecteur des Frères mendiants. Nous voyons, d’après sa correspondance avec Adam de Marsh, qu’il entretint une correspondance avec lui durant son séjour en Gascogne, et qu’il aimait à méditer le livre de Job. Irréprochable dans sa vie privée, d’une sobriété exemplaire, dormant peu, il se montrait néanmoins aimable et gai en société. Mais son caractère était vif, fier et susceptible sur le point d’honneur ; il ne parlait jamais que par sentences brèves et énergiques : « Obéissez, ou vous mourrez » , dit-il un jour à Guillaume de Valence, qui refusait de quitter le royaume sur l’ordre des barons. Ce qu’il y a de particulièrement remarquable chez lui, c’est la constance et l’indomptable force de volonté qui lui firent braver la mort même, par dévouement à la cause du droit. La devise d’Edouard : « Sois fidèle » , était encore bien plus la devise de Simon de Montfort. Nous admirons dans ses lettres à Adam de Marsh avec quelle justesse il savait discerner les difficultés du dedans et du dehors. «Je considérerais comme une lâcheté» , lui écrivait-il au moment de se rendre en Gascogne pour y rétablir l’ordre,

« de refuser d’assumer les dangers d’une aussi grande tâche. » Une fois à la tête du gouvernement de cette province, il persévéra jusqu’au bout dans l’accomplissement de son devoir, sans s’inquiéter de l’hostilité de la noblesse et des vues étroites et bornées de la classe marchande ; et cela sans subsides, sans aucun secours de la mère patrie, abandonné pour ainsi dire par le souverain même qui l’y avait envoyé.

Sa correspondance avec Marsh et Grosseleste est aussi une précieuse

LES PROVISIONS D’OXFOllD.

source d’informations sur ses rapports avec l’évêque de Lincoln pendant la longue lutte de Grdsseteste pour obtenir une réforme dans l’Église et dans sa résistance contre les empiétements delà cour de Rome ; énergique et résolu, en cela comme en toutes choses, Simon de Monlfort offrit à son ami de lui venir en aide à la tête de ses partisans. Il envoie un jour à Marsh un traité de Grossetcste « sui • le gouvernement dans une monarchie et dans une tyrannie « , scellé de son propre sceau ; et il écoute patiemment les conseils que lui donnent scs amis sur scs difficultés privées, pratiques ou morales. « Mieux vaut être patient que fort 55 , écrivait Grosseteste, a et savoir se gouverner soi-même, que de prendre des villes. A quoi sert de veiller au maintien de l’union entre les citoyens, si l’on ne sait pas avoir lapaix dans sa propre maison ? » Aussi le comte mit-il à profit ses avis; dès son retour en Angleterre, il vécut dans une profonde retraite. Lorsqu’il fallut agir, Simon de Monlfort se trouva prêt; et tandis que d’autres hommes cédaient et faiblissaient devant l’orage, la nation se serrait autour de cet héroïque et grave soldat, insensible aux promesses comme aux menaces, inébranlable dans sa fidélité au serment qu’il avait prêté.

Les Provisions d’Oxford. - - Pendant ce temps, l’état des affaires publiques s’aggravait de jour en jour. Le joug du Pape pesait lourdement sur l’Église; on allait même jusqu'à excommunier l’archevêque d’York pour le punir de sa résistance aux exactions du Saint-Siège. Les barons se montraient inquiets et secrètement hostiles. « J’enverrai des moissonneurs pour moissonner vos champs à votre place » , dit un jour Henri d’un air menaçant à Iîigod, comte de Norfolk, qui avait refusé de lui venir en aide. — « Et moi, Sire » , répondit le comte, a je vous renverrai les têtes de vos moissonneurs. » Ruiné par la lutte contre la France, par le luxe de la cour et par le refus des nobles d’accorder des subsides tant qu’il n’aurait donné aucune satisfaction à leurs griefs, le gouvernement se trouvait dans un embarras d’autant plus cruel que le roi Henri avait eu l’imprudence d’accepter du Pape la couronne de Sicile pour son second fils Edmond. Les armées anglaises essuyaient partout de honteuses défaites, et le prince Edouard venait d’être complètement battu par Llcwelyn, prince de Galles.

Le sourd mécontentement de la nation, exaspérée par une terrible famine, éclata enfin, quand elle vit saisir et vendre au profit de la couronne le blé envoyé d’Allemagne par le frère du Roi, Richard de Cornouailles, pour soulager la misère du peuple. Les barons se présentèrent en armes au Parlement convoqué à Oxford. O11 avait pu se rendre compte depuis une cinquantaine d’années du fort et du faible de la Grande Charte ; elle avait servi à maintenir P union entre les différentes classes de la noblesse, et à établir définitivement des droits que le souverain lui-même était oblige de reconnaître, mais elle n’offrait pas en même temps les moyens de les faire 1 . 12

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