LA GUERRE DES BARONS
respecter. On sait que Henri III avait, à plusieurs reprises, prêté serment à la Grande Charte, sans se faire aucun scrupule de la violer presque aussitôt après. Grâce aux barons, l’Angleterre avait conquis la liberté ; c’est ce qui explique le calme relatif dont elle jouit pendant ce règne de près d’un demi-siècle ; il s’agissait maintenant de lui assurer une bonne et sage administiation. C’était un problème que Simon de Montfort seul pouvait résoudre ; aussi s’unissant au comte de Glocester, demanda-t-il, au nom de la noblesse, l’élection d’un comité pour la réforme de l’Etat. Quoique la moitié de ce comité fût composée de favoris et de ministres de Henri llf, il leur fut impossible de résister au sentiment populaire, et un nouveau conseil, nommé par le comité de réforme, se trouva être tout dévoué à la cause des barons.
D’après les Provisions cCOxford (juillet 1258), le justicier, le chancelier et les gouverneurs des châteaux royaux étaient tenus de jurer de ne rien faire sans l’avis et consentement du Conseil général du royaume. Les deux premiers devaient comparaître chaque année, ainsi que le grand trésorier, devant l’assemblée, pour y rendre compte de leur administration ; les shérifs étaient choisis annuellement parmi les principaux seigneurs de chaque comté et chargés de rendre la justice à titre purement gratuit; * trois parlements devaient se réunir chaque année, que le Roi les convoquât
ou non ; les communes étaient appelées à élire ^ douze prud’hommes destinés à venir prendre place, sur l’invitation du Roi et du Conseil, à côté des députés de la noblesse et du clergé, pour discuter des affaires pu bliques; les communes devaient se considérer comme liées par leurs décisions r> . Une ordonnance royale en langue anglaise, la première qui nous soit parvenue, proclama par tout le royaume la mise en vigueur de la nouvelle Charte. Les favoris étrangers furent attaqués et obligés de fuir sur le continent, pour avoir essayé de faire de l’opposition. Le nouveau Conseil s’empara insensiblement de toute l’autorité royale ; on sentait son influence en toutes choses, aussi bien dans l’arrêt qui interdisait aux clercs et aux laïques d’envoyer de l’argent à Home que dans les négociations de Montfort avec la France, qui aboutirent à la cession par Henri 111 au roi saint Louis de la presque totalité de ses provinces continentales ; enfin, le gouvernement anglais signait, à peu près en même temps, un traité q.ui mettait fin aux incursions des Gallois.
A l’intérieur, les barons se montraient faibles et égoïstes : la plupart d’entre eux n’aspiraient qu’à établir une sorte de gouvernement aristocratique, comme le prouvent les nouveaux édits publiés peu après leur arrivée aux affaires (1258), qui dispensaient nobles et prélats d’assister aux assises du shérif, et ordonnaient une enquête minutieuse sur le droit que pouvaient avoir certains fils de serfs à se faire passer pour hommes libres. Montfort, revenu de France, tenta vainement quelques réformes sérieuses • avec l’appui perfide du prince Edouard, toujours prêt à saisir l’occasion