‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 114 sur 255 · L A LITTÉRATURE GALLOISE · texte numérisé non relu

L A LITTÉRATURE GALLOISE

seîn de neige éclipsait en blancheur le cou du cygne, sa joue était plus rose que la rose la plus purpurine. « Partout éclatent avec la même profusion des images d’une magnificence orientale, mais cette magnificence est rarement de mauvais goût. La sensibilité du tempérament celtique si prompt à sentir le beau, si avide de vie, d'émotions, d’aventures, de chagrins, de joies, est tempérée par une mélancolie passionnée issue de la * révolte contre l’impossible, de l’aspiration vers tout ce qui est noble, d’un sentiment pénétrant du charme ensorcelant de la nature. Tantôt un jeu gracieux de la pure fantaisie, tantôt une note tendre et émue, tantôt un rayon magique de beauté viennent corriger l’ extravagance folle de certaines conceptions. On nous montre les lévriers de Kalweh, des deux côtés du coursier de leur maître, « volant autour de lui comme deux hirondelles de mer » ; sa lance est « plus rapide que la chute des gouttes d’eau qui tombent de la pointe des roseaux par un jour d’intense rosée » .

Dans cette poésie, l’amour délicat, l’admiration delà nature sont toujours vivifiés, colorés par la passion et la tendresse. Ecoutez ce cri de Gwalchmai : « J’aime les oiseaux et leurs doux gazouillements mêlés aux murmures bcrceurs de la forêt. » It se plaît dans ses veilles nocturnes au bord des fleuves, « dans l’herbe vierge et non foulée des pas humains, à écouter le rossignol et à épier les jeux delà mouette » . Le patriotisme même parle ce langage pittoresque; le poète hait le pays plat et banal des Saxons, mais il adore sa patrie; « il chante ses rivages, ses montagnes, ses villes sur la lisière des forêts, ses ravissants paysages, ses vallons, ses eaux courantes, ses blanches mouettes et ses belles femmes. » Mais soudain le chanteur par une transition délicate se laisse aller à des souvenirs amoureux.

« J’aime les champs tapissés de trèfle épais, j’aime les marches de Mérionelli où ma tête eut pour oreiller un bras blanc comme la neige. » Chez les Celtes, l’amour pour lafemme n’est pas aussi profond et sérieux que chez les races germaniques, mais on y trouve quelque chose de délicat, d’enfantin et de joyeux, de légers et lointains éclairs de passion semblables aux lueurs rosées de l’aurore sur la neige d’une cime montagneuse, le ravissement de joie causé par la beauté. « Elle est blanche, mon amie, comme la fleur du pêcher, comme l’écume de l’Océan ; sa face brille comme la rosée en perles sur l’Eryri, la rougeur de ses joues fait songer aux lueurs du soleil couchant. » La bonne humeur et la vivacité des trouvères français se retrouvent chez les chantres gallois idéalisées par un sentiment poétique plus raffiné. « La voir, c'était l’aimer. Partout où elle passait, s’épanouissaient quatre trèfles blancs. « Cette fantaisie éthérée nous transporte du monde de l’amour sensuel dans des régions où le respect se mêle au ravissement.

Rien de plus étrange, comme nous l’avons déjà dit, que le contraste entre l’histoire du pays de Galles, à cette époque, et ce monde d’imagination et de rêve. Tout à côté de ce courant de poésie romanesque et fantastique gron-

dait l'impétueux torrent de la poésie lyrique. L'inspiration des anciens bardes, leur joie dans le combat, leur amour de la liberté, leur haine des Saxons éclatent en odes ampoulées, extravagantes, monotones, souvent même prosaïques, mais rendues poétiques par le sentiment d'ardent patriotisme qui les pénètre. Cette renaissance fut suivie, en effet, d'un nouvel et énergique élan dans la longue lutte contre les conquérants anglais.

L’Angleterre et les Gallois. — Des trois États gallois indépendants qui s’étaient formés après les victoires de Durham et de Chester, deux avaient déjà cessé d’exister. Le pays situé entre la Clyde et la Dee, divisé bientôt en royaumes de Cumhrie et de Strathclyde , avait été peu à peu absorbé par la Northumbrie, tandis que la province occidentale, entre la Manche et l’estuaire de la Severn, tombait sous le joug du roi Ecgherth. Mais la partie centrale de cette contrée, celle meme qui a conservé jusqu’à nos jours le nom de pays de Galles, opposa une résistance énergique et défendit longtemps son indépendance. Elle fut favorisée à l’origine dans sa lutte contre les empiétements de la Mercie par la faiblesse de sa rivale aux prises avec un ennemi supérieur en nombre et en puissance, et par des luttes intestines qui usaient les forces des Anglo-Saxons. A peine la Mercie eut-elle conquis la suprématie sur les autres royaumes anglais qu’elle poussa vigoureusement la conquête du pays de Galles. Offa lui enlève le pays frontière entre la Severn et la Wye, et ses successeurs, portant la flamme et le fer au cœur même de la province, arrachent aux princes * gallois une reconnaissance formelle de la suzeraineté de la Mercie. Cette suzeraineté passe bientôt aux rois saxons de la Westanglie. On lit dans les lois d'Howel Dba que le prince d’Aberffravv devait payer un tribut annuel au roi de Londres, et l'on sait que trois chefs gallois se trouvaient parmi les vassaux qui ramaient dans la barque d’Edgar sur la Dec. La décadence de l'Angleterre pendant sa longue lutte contre les Danois ranima chez les bretons l’espoir de recouvrer leur indépendance; et pendant le règne d'Edouard le Confesseur, les Gallois saisirent l’occasion de la querelle entre les maisons de Léofric et de Godwin pour passer la frontière et porter leurs ravages au sein même de l'Angleterre (1053). Mais Harold rétablit bientôt par ses rapides victoires la suprématie du roi d’Angleterre sur le pays de Galles; il lit débarquer sur la côte quelques troupes légères qui pénétrèrent jusque dans les montagnes; le prince Gruffydd paya de sa tête la victoire des Anglais, et ses successeurs jurèrent de rester fidèles à la couronne et de solder régulièrement le tribut tradi- * tionnêl.

Conquête du sud du pays de Galles. — Lalutte recommençaplus désespérée encore après que le flot de la conquête normande eut submergé les

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