MOUT DE HENRI III
La conquête du pays de Galles. — Bien qu’il semblât arrivé au comble de ses vœux, Llewelyn ne s’en trouvait pas moins Je vassal de la couronne d Angleterre et obligé de rendre hommage au nouveau roi Edouard Ier, dans sa jeunesse, ne promettait guère de devenir le grand législateur que l’histoire nous fait connaître. Il s’était attiré beaucoup d’ennemis en s’entourant de seigneurs turbulents et querelleurs, et avait excite la méfiance de son père par ses intrigues pendant la guerre des barons; c’est à sa mauvaise foi enfin qu’on avait dû le terrible conflit entre la couronne et la noblesse qui s’était terminé par la chute de Simon de Montfort. Londres ne pouvait lui par donner l’horrible boucherie deLewes où avait péri sa milice bourgeoise et l’inqualifiable pillage ordonné presque au moment de la paix pour venger une insulte faite à sa mère. Mais, au lendemain de la bataille d Evesham, son caractère sembla gagner en noblesse et en dignité. II avait appris du comte Simon de Montfort, ainsi que 1 orgueilleux baron l’avait avoué, non sans amertume, à son lit de mort l’art de la stratégie et celui plus difficile encore de gouverner un peuplé libie; aussi fut-il le plus grand prince de son temps. Rompant avec les traditions brutales du parti royaliste, il assura des conditions très-honorables aux vaincus ; et, après avoir entièrement pacifié le pays, il débarrassa le loyaume des bandes indisciplinées d’aventuriers, que la cessation des hostilités laissait inoccupées, en les emmenant avec lui à la croisade en Palestine.
Mort de Henri III (1272). — Sur ces entrefaites, la mort de son père le rappela en Angleterre, où il se trouva, dès son arrivée, aux prises avec la question galloise. Pendant deux ans, Llewelyn refusa d’obéir aux injonctions répétées du Roi de venir lui rendre hommage, si bien qu’ Edouard à bout de patience donna l’ordre d’envahir le nord du pays de Galles. Ln seul coup suffit pour faire crouler cette puissance si péniblement reconstituée; les chefs du sud et du centre qui avaient tout récemment juré fidélité à Llewelyn, s’empressèrent de l’abandonner pour se joindre aux Anglais; une flotte sortie des Cinq-Ports soumit Anglesea ; et le seigneur de Snowdon, bloqué dans ses forteresses, fut obligé de s’en remettre à la clémence royale. Le vainqueur usa de son triomphe avec modération : il se contenta de réunir à l’Angleterre le pays qui s’étend jusqu’à Conway et de s’assurer qu’avec Llewelyn disparaîtrait le litre de pi ince de Galles. Il fit même remise au vaincu d’une lourde contribution de guerre, et le maria à sa cour avec Eléonore de Montfort, tille du comte Simon, arrêtée au moment où elle allait rejoindre son fiancé.
Quatre ans se passèrent dans une paix profonde, lorsque Llewelyn fut poussé à reprendre les armes par la révolte de son frère David, qui s’était soumis aux Anglais et en avait reçu le titre de comte. Merlin avait prédit, paraît-il, que lorsque la monnaie anglaise deviendrait ronde, le *• 13
prince de Galles serait couronné à Londres; la mise en circulation d'une nouvelle monnaie de cuivre, et une ordonnance interdisant formellement de couper les pièces par moitié ou par quart, semblaient devoir réaliser cette prophétie. La défense héroïque et désespérée de Llewelyn assiégé dans Snowdon et la déroute d’un détachement anglais qui avait jeté un pont de File d’Anglesea sur le détroit de Menai, prolongèrent la campagne pendant tout l’hiver. Malgré les horribles souffrances de l’armée anglaise, Édouard ne se laissa ni décourager ni abattre, et, repoussant toute idée de retraite, il ordonna de réunir une nouvelle armée à Caermarthen pour compléter le cercle d’investissement. Le danger devenait pressant ; Llewelyn s’avança au cœur du comté de Radnor et succomba dans une escarmouche insignifiante sur les bords de la Wye. Avec lui périt l’indépendance du pays de Galles. Ap rès avoir erré six mois, David fut arrêté et condamné par le Parlement à subir la mort des traîtres. La soumission des petits chefs gallois fut suivie delà construction des formidables forteresses de Comvay et de Cacrnarvon, et de la prise de possession d’une partie du sol parles barons anglais. Edouard eut alors la pensée très-politique d’établir dans les villes des corporations marchandes, d’introduire la jurisprudence anglaise et de diviser le pays en comtés et en cantons sur le modèle de l’Angleterre; il abolit enfin le Slatute of Wales, la plus barbare des coutumes galloises. Cette politique de justice et de conciliation réussit amerveille (car le prétendu massacre des bardes n’est, comme on le sait, qu’une pure fable); et, à l’exception d’un soulèvement sous le règne d'Edouard Ier, la paix ne fut plus troublée dans le pays de Galles pendant un siècle entier *