ARRIVÉE D'AUGUSTIN
South timbrions, les Anglais du centre, les Mcreiens; et probablement aussi, sur les habitants du Lindiswaras ou comte de Lincoln. Tous reconnurent sa suprématie militaire et lui payèrent un tribut. Mais un puissant rival ne tarda pas à se montrer dans le Kent. Ce royaume, qui était celui des Jutes, s’éleva à une grande puissance sous le roi Æthelbert. Il établit sa suprématie sur les Saxons du Middlessex et de l’Essex et sur les Anglais de l’Est-Anglie jusqu’au Wasli; puis il repoussa les Saxons occidentaux, qui, après un intervalle de guerres civiles, avaient recommencé leurs conquêtes le long de la Tamise et s’apprêtaient à marcher sur Londres.
Arrivée d’Augustin. — Une guerre eut été inévitable entre le Kent et la iVorlhumbrie, si la mort d’Æthelfritli ne fût venue changer le cours des événements. Il périt dans une défaite, près de la rivière d’Idle (017), dans une guerre contre Rædwald, roi d’Est-Anglie, qui avait recueilli un exilé du royaume de Northumbrie, Eadivine. Æthelfrith mort, Æthelbert se montra moins pressé d’étendre sa domination que de renouer avec le continent les anciennes relations de la Bretagne, que la conquête avait interrompues. Son mariage avec Bercta, la fille du roi franc Caribert, établit un lien entre le Kent et la Gaule.
Les résultats de cette union furent beaucoup plus importants qu’Æthelbert ne s’y était attendu. De même que ses parents francs, Bercta était chrétienne. Elle amena de Gaule à Canterbury, la capitale du Kent, un évêque chrétien, et une ancienne église, alors en ruine, l’église de Saint- Martin, lui fut donnée pour y célébrer le culte catholique.
Le pape qui occupait alors le Saint-Siège, Grégoire le Grand, profita de cette occasion pour réaliser des vues qu’il avait depuis longtemps. Plusieurs années auparavant, lorsqu’il n’était encore qu’un jeune diacre, il passait un jour sur le marché de Home, quand son regard tomba sur de beaux jeunes hommes, aux cheveux blonds, au visage blanc et régulier, qui allaient être vendus comme esclaves. « De quelle contrée viennentils? » demanda-t-il aux marchands. « Ce sont des Angles » , lui fut-il répondu. « Des Angles ! vous voulez dire des anges : voyez comme leurs visages portent une empreinte céleste. De quel pays viennent-ils? » — « Ils viennent de Deira. « — « De ira! s’écria alors Grégoire, oui, arrachés à la colère de Dieu et appelés à la miséricorde du Christ ! Et quel est le nom de leur roi? » — « Ælla. » — - a Eh bien, Y alléluia sera chanté au milieu d’eux! » Et en s’en allant, le jeune prêtre se demandait quand et comment ces hommes au visage angélique seraient amenés à rendre gloire à Dieu.
Les années s’écoulèrent, et le jeune prêtre était devenu pontife romain, quand le mariage de Bercta lui fournit l’occasion de réaliser son rêve ; il envoya alors au milieu du peuple anglais le missionnaire Augustin à la tête d’une troupe de moines. En 597, ils mirent pied à terre dans l’ile de
Tlianet, à l’endroit même où, plus d’un siècle auparavant, Hengest et son armée avaient débarque.
Le Roi vint à leur rencontre sur les dunes qui dominent le détroit et d’où l’œil aperçoit, à plusieurs milles au delà des marais, la sombre tour de Canterbury. Il les reçut, assis en plein air, et écouta un long sermon traduit par les interprètes qu’Augustin avait amenés de Gaule, c Vos paroles sont belles, dit enfin le Roi avec son bon sens anglais, mais ce sont là des idées nouvelles et qui peuvent sembler douteuses. » Il refusa, quant à lui, d’abandonner les dieux de ses pères, mais il promit aux étrangers aide et protection. Les missionnaires entrèrent en procession à Canterbury, précédés d’un crucifix d’argent et psalmodiant les litanies de l’Eglise :
« O Seigneur, chantaient-ils, détourne de cette cité ta colère et ton châtiment, dctourne-les aussi de ta sainte maison, car nous avons péché ! « Et, par un contraste saisissant, après ces paroles d’humilité et de contrition, ils poussèrent vers le ciel le cri de victoire des anciens Hébreux, celui que, * dans son ardeur religieuse, Grégoire avait vu sortir rayonnant du nom du chef saxon, Alléluia !
Union de l’Angleterre et du monde occidental. — Il est curieux de constater que l’endroit témoin du débarquement de Hengest en Angleterre fut rendu plus célèbre encore par l’arrivée d’Augustin. Mais le second débarquement à Ebbsfleet fut, en réalité, la contre-partie du premier, a Etrangers de Rome » , tel est le titre avec lequel les missionnaires se présentèrent devant le Roi, et lorsqu’ils s’avancèrent dans le pays en procession et chantant leurs hymnes, il semblait que ce fût la rentrée triomphale des légions romaines, rappelées deux siècles auparavant quand avait retenti la trompette d’Alaric.
Ælhelbert écoutait avec déférence les sermons d’Augustin, et pourtant le langage, les croyances d’Augustin étaient ceux, non-seulement de Grégoire, mais de ces Romains que les premiers Anglais avaient combattus et poursuivis à travers les mers. Canterbury, la première cité royale de l’Angleterre germanique, devint rapidement le centre d’où l'influence latine devait se répandre dans le pays. Le latin ne tarda pas à être un des idiomes de la Bretagne, celui du culte, des relations épistoluires, de la littérature. Si la poésie ne prit naissance que plus tard, avec le poëme épique anglais de Cædmon, l’histoire latine de Ræda donna à la prose sa forme définitive.
Mais Augustin apporta de Rome autre chose qu’une langue ; il renoua les relations de l’Angleterre avec le monde occidental, relations détruites, ainsi que nous l’avons vu, par l’invasion de Hengest. La nouvelle Angleterre fut enfin digne d’être admise au rang des autres nations, car, avec la foi chrétienne, revinrent la civilisation, les lettres, les arts que la guerre avait fait disparaître. Les Anglais n’adoptèrent jamais les lois romaines.
mais un des résultats de l'influence des missionnaires fut de leur apprendre à écrire leurs lois et à les réunir en code.
Eadwine. — Toutefois, ce ne fut que peu à peu que l'on atteignit les grands résultats que nous venons d’énumérer. Un an s’écoula avant qu’Æthelbert se décidât à accepter la nouvelle religion; mais depuis le moment de sa conversion, la foi chrétienne lit de rapides progrès. Les habitants du Kent se présentèrent eu foule au baptême, et les rois d’Essex et d’Est-Anglie, qui dépendaient d'Ætlielbert, acceptèrent aussi la nouvelle croyance.
Une fille du roi du Kent emmena avec elle le missionnaire Pauiinus à la cour de Nortliumbrie. Ce royaume avait enfin atteint un degré de puissance qui défiait toute rivalité. Eadwine, que nous avons vu exilé à la cour de Rædwald, était monté sur le trône à la mort d’Æthelfrith ; et, continuant la politique de son prédécesseur, il affermit son autorité sur les Anglais de la Bretagne centrale. Après la mort d'Ætlielbert, la soumission de l’Est-Anglie et de l'Essex supprima toute crainte d'opposition de la part du Kent. Les Anglais qui avaient conquis le Sud, les Saxons du Wessex, étaient seuls encore indépendants; mais quand les Northumbriens les attaquèrent enfin, les Saxons occidentaux étaient déjà bien affaiblis par des révoltes et des massacres. Bæda nous a laissé entrevoir dans son récit le caractère terrible de la lutte qui se termina par la soumission du sud de l’Angleterre à la Nortliumbrie.
Eadwine tenant un jour sa cour, à Pâques, dans sa royale cité au bord de la rivière le Derwent, donnait audience à Eumer, envoyé du roi de Wessex. Tout à coup, le messager se dressa brandissant son épée qu'il avait tirée de dessous sa robe, et se rua comme un fou sur le souverain. Lilla, un des guerriers du Roi, se jeta au-devant de l’assassin, mais le coup était si violent qu’il atteignit Eadwine à travers le corps de Lilla. Dès que le Roi fut guéri de sa blessure, il marcha contre les Saxons du Wessex, massacra ou soumit ceux qui avaient conspiré contre lui, et revint victorieux dans son royaume.
La puissance de la Nortliumbrie était arrivée à son apogeé. Le génie qu’Eadwine déploya dans l’administration de son royaume montra bien que le temps où la grandeur ne s’acquérait que par les armes était enfin passé. Ce fut sous son règne que l'on commença à répéter ce proverbe, appliqué depuis à d'autres rois : « Au temps d’Eadwine, une femme avec son enfant pouvait, sans péril, traverser le pays d'une mer à l'autre. » Les grandes routes abandonnées redevinrent des voies de communication sûres et faciles; les sources qui se trouvaient au bord des routes étaient indiquées par un poteau auquel était attachée une tasse de métal. Quelque chose du glorieux passé romain renaissait dans ce « nouvel empire des Anglais » ; le retour de la paix, perdue depuis si longtemps,