‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 13 sur 255 · LE ROYAUME DE N O R T H U M B R I E (607-G · texte numérisé non relu

LE ROYAUME DE N O R T H U M B R I E (607-G

semblait avoir ramené quelques vestiges de l’ancienne majesté romaine. Un étendard de pourpre et d’or précédait Eadwine lorsqu’il traversait les villages à cheval; une touffe de plumes, attachée à la pointe d’une lance, souvenir de la « tuffa » romaine, était portée devant lui dans les rues. Jamais, jusqu’alors, aucun roi de sang anglais n’avait exercé une domination aussi complète sur la Bretagne. Au nord, la frontière de son royaume, qui touchait le Forth, était gardée par une ville à laquelle il donna son nom, Edinburgh, Edimbourg, la cité d’Eadwine. A l’ouest, il possédait Chestcr, et la flotte qu’il y fît équiper s'empara des îles d’Anglesey et de Man. Au sud de i’Humber, toutes les tribus anglaises, sauf celle du Kent, reconnaissaient sa suzeraineté. Le roi du Kent lui-même s’assura l’alliance d’Eadwine en lui donnant sa fille en mariage; c’était là un acte qui indiquait probablement une certaine subordination politique.

Conversion de la Northumbrie. — Lanouvelle reine amena à la cour de Northumbrie un des compagnons d’Augustin, Paulinus. On garda longtemps dans le pays le souvenir de cet homme à la taille haute et voûtée, au nez mince et aquilin, dont le visage fatigué était entouré de cheveux noirs. Les sages du royaume se réunirent pour examiner cette foi nouvelle à laquelle Paulinus et la Reine avaient si promptement converti le Roi. Pour les esprits supérieurs le charme de cette religion venait de la lumière qu’elle jetait sur les ténèbres qui environnent la vie humaine dans le passé et dans le futur. « O roi, s’écria un vieil ealderman, la vie humaine est semblable à l’hirondelle qui traverse à tire-d’aile la salle où tu te reposes durant l’hiver. Le feu éclaire et réchauffe le foyer, tandis qu’au dehors sévit la tempête et souffle le vent glacé. L’hirondelle est entrée par l’une des portes et s’attarde quelques instants dans la lumière et la chaleur ; puis, reprenant son vol, elle disparaît bientôt par l’autre porte dans les froides ténèbres d’où elle était venue. Il en est ainsi pour la vie humaine; elle s’écoule un moment devant nos yeux, mais nous ignorons d’où elle vient, nous ne savons où elle va. Si la nouvelle religion peut éclairer ces choses obscures, acceptons-la. »

Des arguments plus grossiers furcht aussi mis en avant : a Personne parmi ton peuple, Eadwine, n’a adoré les dieux avec plus de ferveur que moi, dit le prêtre Coifi, et cependant je suis moins favorisé et moins heureux que la plupart de ces hommes. Si nos dieux avaient quelque puissance, ils protégeraient ceux qui les servent. » Puis, bondissant sur son cheval, il lança son javelot contre le temple sacré, qui donna son nom à Godmanham sur le Derwent, et, avec le reste de l’assistance, il embrassa la nouvelle religion que le Roi avait déjà adoptée.

Lutte avec le paganisme. — Cependant la religion de Woden et de Thunder ne devait pas disparaître sans luttes.

l’église irlaivdai.se.

Dans le Kent même, il se fît, à la mort d’Ætlielbert, une réaction contre la nouvelle doctrine. Rædwald, roi d’Est-Anglie, résolut d’adorer en même temps le Christ et les anciens dieux, et il fit élever l’un en face de l’autre,

. dans le temple royal, un autel païen et un autel chrétien. Les jeunes rois des Saxons de l’Est pénétrèrent un jour dans une église où Mellitus, l’évêque de Londres, administrait au peuple l’Eucharistie. « Donne-nous aussi de ce pain blanc que tu donnais à notre père Saba » , s’écrièrent-ils, et, sur le refus de l’évêque, ils le chassèrent de leur royaume. La conversion d’Eadwine arrêta la réaction jusqu’au moment où la Mercie prit en main la cause des dieux païens et retrouva ainsi une puissance inattendue. Sous Æthelfrith et sous Eadwine, la Mercie avait reconnu la souveraineté de la Northumbrie, mais son roi, Penda, vit dans le retour à l’ancienne religion le moyen de reconquérir son indépendance. Cependant il était seul de son côté, et la Mercie était bien loin d’égaler en force la Northumbrie. Mais la guerre entre les Anglais et les bretons étant, selon toute apparence, arrêtée pour longtemps, Penda renversa la barrière qui avait jusqu’alors séparé les deux races, et s’allia avec Cadivallon, le roi des Gallois, pour attaquer Eadwine. Les armées se rencontrèrent en 633 à Hatûeld, où Eadwine fut vaincu et tué.

A la suite de cette défaite et de cette mort, la Northumbrie fut déchirée par des luttes intérieures, tandis que la victoire récompensait l’ambition de Penda. Il unit à ses sujets merciens du cours supérieur du Trent les Anglais du centre ou de Lcicestcr, les Southumbriens, les Linsdiswaras, et il se trouva ainsi en mesure d’enlever aux Saxons occidentaux leurs possessions le long de la Severn. Ces différentes provinces furent si étroitement liées les unes aux autres que, malgré la séparation momentanée de quelquesunes d’entre elles à la mort de Penda, elles furent toutes désignées à l’avenir sous le nom de Mercie.

Pendant ce temps, la Northumbrie, sous son roi Oswald, avait eu le temps de se relever. La première lutte qu’il engagea fut dirigée contre Cadwallon, qui était demeuré à la tête des Gallois au cœur même des provinces septentrionales. En 635, une petite troupe de Northumbriens, sous la conduite du nouveau roi, s’avança vers le Mur Romain (Roman Wall), ayant la croix pour étendard. Oswald la tint de ses propres mains, jusqu’au moment où le. pli de terrain dans lequel il se trouvait fut rempli par ses soldats; alors, se jetant à genoux, il cria à toute son armée de prier le Dieu vivant. Cadwallon tomba sur le champ de bataille, qui reçut le nom de ce Champ du ciel». Pendant les neuf années qui suivirent, la puissance d’Oswald égala celle d’Æthelfritli et d’Eadwine.

L’Église irlandaise. — Ce n’était pas dans l’Église de Paulinus qu’Oswakl avait puisé la force qui l’anima dans ses luttes pour le christianisme. Paulinus avait quitté la Northumbrie à la mort d’Eadwine; et dans le Kent, l’Eglise

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