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LES CHEVALIERS DES COMTÉS

la paix et à la prospérité du royaume qui donnait un prodigieux essor au commerce et surtout a 1 exportation de la laine. On vit aussi grossir les rangs des gentilshommes campagnards, des francs tenanciers et de tous les propriétaires ruraux. Nous avons signalé plus haut ce rapide accroissement du nombre des propriétaires fonciers, qui créa une sorte de Squirearchie ; mais ce mouvement avait déjà commencé au siècle précédent, et c’était ce qui avait poussé les barons à tenter, lors de la Grande Charte, de faire entrer la petite noblesse dans le Grand Conseil.

Leur présence y était désirée de part et d’autre : les barons y voyaient un appoint dans la lutte engagée contre les prétentions de la couronne ; le gouvernement, un excellent moyen d’augmenter les ressources du trésor. En effet, tant que le Grand Conseil restait une sorte d'assemblée de magnats, les ministres du Roi étaient obligés de régler séparément avec les membres de la noblesse et du clergé la quotité et la répartition de leurs contributions. Leur consentement ne liait que les membres présents; avant que les aides des églises, des bourgs et des comtés pussent arriver jusqu’au trésor royal, il fallait de longues négociations préliminaires entre les officiers de l’Échiquier et le prévôt de chaque ville, le shérif et les cours de chaque comté, enfin les archidiacres de chaque diocèse. Ces sortes d’affaires devenaient chaque année plus difficiles et plus infructueuses, surtout vers la fin du règne d’Édouard Ier ; aussi était-il urgent d’obtenir une sanction collective et générale des taxes, en appelant au Grand Conseil tous ceux qui devaient les payer.

Les chevaliers des comtés. — Iln’étaitpas facile d’opérer cette réforme, tentée sans succès un siècle auparavant, maintenant que le nombre croissant des gens de petite noblesse rendait une telle entreprise presque impraticable. La composition de l’assemblée, qui seulepouvait convoquerlapetitenoblesse, suggéra un moyen de tourner la difficulté. Ces cours des comtés, malgré les réformes judiciaires de Henri II et d’Edouard Ier, étaient restées absolument intactes. Elles se tenaient le plus souvent en plein air, sur une butte ou sous un chêne séculaire, et rappelaient le temps où les petits royaumes saxons s’étaient changés en comtés, et leurs assemblées des sages encours de comtés ( shire-couris ) . On n’y pouvait même signaler aucun grand changement quanta la composition même delà cour, sauf que le prévôt du Iloi avait pris la place du Roi, que l’évêque s’en était trouvé expulsé de par la loi normande, et que le shérif était désormais assisté de quatre « coroners » . Dans cette foule qui se pressait autour du shérif, on comptait surtout des hobereaux, de gros propriétaires fonciers et d’honnêtes laboureurs. Le shérif, entouré de ses suivants en livrée, publiait les décrets royaux, présentait les demandes de subsides, faisait comparaître les criminels, recevait les enquêtes des juges locaux, répartissait les impôts de chaque district, et enfin écoutait les appels élevés contre les décisions judiciaires des tribunaux in-

féricurs de la centaine ou du district (soJ>e) . Ce n’était que dans les assises de la cour du comté que le shérif avait le droit de convoquer la petite noblesse pour le Grand Conseil.

C’est à cette cour provinciale que le gouvernement emprunta le système représentatif qui y avait fonctionné de tout temps. Dans toute affaire judiciaire, les douze assesseurs jurés du shérif représentaient l’opinion du comté tout entier; chaque centaine élisait douze députés assermentés ou « jurors 77 chargés de présenter à l’officier royal les requêtes de tous les habitants du district, et de fixer avec lui la répartition de l'impôt. Les agriculteurs, placés au dernier rang et reconnaissables à leurs sarraus bruns, assez semblables à ceux que portent encore les charretiers et laboureurs anglais, étaient distribués en petits groupes de cinq hommes : un prévôt et quatre assesseurs, chargés de représenter les communes rurales. Aussi peut-on dire que, si les cours provinciales dérivent des premiers parlements anglais, le principe représentatif se retrouve dans nos plus anciennes institutions. Mais avant qu’il soit résolument appliqué à la reconstitution du Grand Conseil, que de lenteurs et d'essais de toutes sortes ! Déjà au temps du roi Jean, vers la fin de son règne, on convoquait « quatre bons « chevaliers par chaque cointé; et plus tard Henri III et les barons, alors en lutte, invitaient les chevaliers de chaque comté « à se réunir pour aviser au bien commun du royaume 75 -, c’est dans cette même pensée que le comte Simon ordonne de convoquer aussi les chevaliers à l’occasion du fameux parlement de 1265. Ils figurèrent habituellement dans les parlements à partir du règne d'Edouard Ier, mais ils n’y étaient appelés que pour consentir aux taxes locales, et il se passa du temps avant qu’on les admit à s’occuper des affaires générales du Grand Conseil. Le statut « Quia emptores * , par exemple, fut voté avant que les chevaliers convoqués pussent être présents. Leur participation régulière aux délibérations du Parlement 11e date guère que de 1295; mais leur position se trouva dès lors complètement modifiée par suite de l’extension des droits électoraux à tous les francs tenanciers. Une seule classe, celle de la petite noblesse, comme nous l’avons déjà vu, avait droit de siéger; et les chevaliers étaient les seuls représentants de cette petite noblesse. Mais l’obligation de les faire élire par la cour du comté rendait matériellement impossible de restreindre à eux seuls le corps électoral. La cour se composait de l’ensemble des francs tenanciers, et aucun shérif ne pouvait distinguer les marques d’assentiment du paysan libre de celles du squire. Aussi, dès le premier jour, les chevaliers 11e furent-ils plus considérés comine de simples représentants du baronnage, mais comme les députés des comtés mêmes ; ainsi, le corps entier des francs tenanciers se trouva insensiblement admis à prendre part aux affaires du royaume.

Représentation des bourgs. — Les difficultés financières de la cou-

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