‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 128 sur 255 · LA COMMUNE · texte numérisé non relu

LA COMMUNE

attaques conti'e les aldermen lui acquirent bientôt une immense popularité, et les foules, qui se pressaient autour de lui, l’acclamaient comme le «sauveur des pauvres « . Un de ses discours nous a été heureusement conservé par un de ses auditeurs. Il commence, à la manière des prédicateurs du moyen âge, par citer un texte de la Vulgate : « Vous puiserez de l’eau avec allégresse à la fontaine du Sauveur. » ce Oui, continua-t-il, je suis le sauveur du pauvre. Vous tous, malheureux qui savez ce que pèse la main du riche, réjouissez-vous à la pensée que vous allez bientôt pouvoir puiser à ma fontaine des eaux rafraîchissantes et vous instruire, car le temps de la délivrance est proche. Je séparerai les eaux pures et bonnes des eaux impures, les classes pauvres et fidèles des riches fourbes et orgueilleux. Oui, vous dis-je, les élus seront séparés des réprouvés comme la lumière des ténèbres. » II fit appel au Roi pour le gagner à la cause populaire, mais inutilement; car Richard Cœur de lion était trop intéressé à ne pas s’aliéner les sympathies des classes riches, au milieu de sa lutte contre Philippe-Auguste. Aussi, après quelques hésitations, le justicier Hubert Fitz Walter donna-t-il l’ordre d’arrêter le chef de la révolte. Guillaume, saisissant une hache, abattit le premier soldat qui s’avança pour le prendre et se réfugia avec quelques fidèles dans la tour de Mary leBow, après avoir tenté d’exciter un soulèvement parmi ses partisans. Hubert inonda la ville de troupes; sans égard pour la sainteté du lieu, il mit le feu à la tour et obligea Guillaume à se rendre. Celui-ci fut poignardé par le fils d’un marchand dont il avait tué le père. Après sa mort, la querelle resta assoupie pendant près d’un demi-siècle pour se réveiller avec plus de violence au moment de la guerre des barons.

La Commune. — Pendant ce temps le mécontentement allait grandissant. Les artisans pauvres, sous prétexte de veiller au maintien de l’ordre, formaient de secrètes confréries, et l’on voyait parfois la populace envahir et piller les maisons des étrangers et des riches bourgeois. Des troubles sérieux éclatèrent dès le commencement de la guerre civile (1261); les artisans pénétrèrent de force dans l’hotel de ville, destituèrent 1 es aldermen et leurs collègues, et choisirent Thomas Fitz Thomas pour maire de la ville. Bien que la lutte se soit prolongée jusque sous le règne d’Edouard II, on peut regarder cette élection comme le signal de la victoire finale des artisans. Sous Édouard III, tout dissentiment semblait s’être apaisé ; on accorda des chartes à tous les corps de métiers ; le Roi reconnut solennellement leurs règlements et les fit enregistrer à la cour du maire. Les diverses corporations prirent chacune un costume particulier qu’elles ont conservé jusqu’à nos jours et d’où elles ont gardé Le nom de corporations à livrées . Les riches citoyens qui se trouvaient ainsi dépouillés de leur ancienne puissance regagnèrent quelque influence en se faisant recevoir membres des corporations ouvrières; Édouard III lui-même, pour flatter

le peuple, s’enrôla dans la confrérie des armuriers. Jamais, jusqu’à la réforme municipale de nos jours, le gouvernement des villes n’eut un caractère aussi franchement démocratique que dans ces premières années du quatorzième siècle. Le pouvoir avait passé des mains d’une puissante oligarchie dans celles des classes moyennes, et rien ne faisait présager alors la réaction qui devait faire des corporations ouvrières elles-mêmes un gouvernement oligarchique aussi étroit que celui qu’elles avaient remplacé.

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