‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 14 sur 255 · LE ROYAUME DE NORTHUMBKIE · texte numérisé non relu

LE ROYAUME DE NORTHUMBKIE

romaine avait succombé devant la réaction païenne. Des missionnaires vinrent alors d Irlande pour continuer à évangéliser l'Angleterre.

Pour comprendre comment ce changement s’effectua, il faut nous rappeler qu’avant l’apparition des Anglais en Bretagne, l’Eglise chrétienne , existait dans toutes les contrées de l’Europe occidentale, même en Irlande; la Germanie seule était encore païenne. La conquête de la Bretagne par les Anglais jeta une semence de paganisme au cœur de cette vaste communion et la divisa en deux parties inégales : d’un côté, les Eglises de Gaule, d’Espagne et d’Italie, qui obéissaient au Pape ; de l’autre, l’Eglise d’Irlande. Mais la situation dans laquelle se trouvent ces deux fractions du christianisme occidental était bien différente. Tandis qu’en Italie, en Gaule, en Espagne, le christianisme devait lutter pour vivre et usait ainsi sa force, l’Irlande, qui n’avait pas été affaiblie par la conquête, puisait dans sa foi une vitalité telle qu elle n’eu a jamais connu à une autre époque. La religion chrétienne y avait été reçue avec un immense élan d’enthousiasme populaire, et sous son influence les lettres et les arts firent des progrès rapides. La science et la connaissance de la Bible avaient abandonné le continent pour se réfugier dans les fameuses écoles qui firent de Jarrow et d’Armagh les premières universités de l’Occident. La nouvelle vie chrétienne était trop ardente pour se confiner en Irlande. Patrick, le premier missionnaire de Pile, n’était pas mort depuis un demi-siècle que le christianisme irlandais entrait vaillamment en lutte avec le paganisme qui menaçait le monde chrétien.

Des missionnaires quittèrent Pile pour aller travailler parmi les Pietés des Higlilands et les Frisons des mers du Nord. En prêtre d’Irlande, Golumban, fonda des monastères en Burgondie et dans les Apennins, et le canton de Saint-Gall a conservé le nom du moine irlandais devant lequel les esprits des eaux et des montagnes disparurent en se lamentant dans le lac de Constance. On se demanda pendant quelque temps si le cours de l’histoire du monde n’allait pas changer. Il semblait que la vieille race celtique, exterminée jadis par les Humains et les Germains, reparaissait pour faire la conquête morale de ses vainqueurs, et (pie le christianisme

celtique allait régler les destinées des Eglises d’Oecident.

Oswald (634-642). — On pourrait croire que si l’Église romaine parut se réveiller et si Grégoire voulut tenter la conversion des Anglais de Bretagne, ce réveil fut occasionné par les succès que les moines irlandais obtenaient jusque sur le continent. Mais, ainsi que nous J avons vu, le zèle des missionnaires romains 11e tint pas devant la réaction pajenne, et ils laissèrent de nouveau le champ libre à l’Eglise d’Irlande. lie missionnaire irlandais, Columban , avait fondé, sur une île basse et dénudée formée de roches de gneiss, le monastère d’iona. Le roi Oswald, dans sa jeunesse, s’y était une lois réfugié; il en avait gardé un pieux souvenir, et lorsqu’il

monta sur le trône (!e Nortlmmbrie, il appela auprès de lui, en qualité de missionnaires, des moines d’iona. Le premier qui obéit à son appel perdit bientôt courage. De retour dans le monastère, il déclara aux moines assemblés qu’on ne pouvait rien obtenir d’un peuple aussi barbare et opiniâtre.

« Est-ce leur rudesse ou est-ce ta sévérité qui rend le succès impossible? » demanda alors le Frère Aidan, assis auprès de lui. « As-tu oublié le précepte de Dieu, qui nous commande de donner le lait d’abord et la viande ensuite? « Tous les regards se tournèrent vers celui qui venait de parler, et, d’un commun accord, les moines déclarèrent que lui seul pouvait continuer l’œuvre qui venait d’être abandonnée. Aidan ne tarda pas à aller remplir la charge qu’on lui confiait ; il s’établit dans la péninsule de Lindisfarne. 11 y fonda un monastère qui valut plus tard à ce lieu le nom d 'Ile Sainte, et qui envoya des évangélistes dans tous les royaumes demeurés païens.

Ch :i d entreprit la conversion des Mereiens, Boisil conduisit une petite troupe de missionnaires a Melrose ; Aidan lui-même, voyageant à pied, allait prêcher parmi les populations du Yorkshire et de la Xorthumbrie, accompagné du Itoi qui lui servait d’interprète. Dès lors, l’adhésion à la foi chrétienne fut regardée, parmi les royaumes voisins de la Xorthumbrie, comme l’indice de leur soumission à la toute-puissance d’Osvvald. Un missionnaire gaulois, Birinus, avait déjà pénétré dans le Wessex encore païen; le roi de cette province se fit baptiser en présence d’Oswald, et, avec son assentiment, il établit le siège épiscopal de la Bretagne méridionale dans sa ville royale de Dorchester. Osvvald gouvernait un royaume aussi vaste que l’avait été celui de son prédécesseur, mais, dans la suite, les légendes auxquelles sa piété donna naissance étouffèrent peu à peu le souvenir de sa puissance temporelle. Avec lui, l’idéal de la royauté sembla se renouveler. A la gloire guerrière d’Æthelfrith, à la sage administration d'Eadwine, Osvvald unit, pour la première fois, la valeur morale qui devait atteindre son plein épanouissement dans le personnage d’Alfred.

Ainsi que nous l’avons vu, Osvvald accompagnait Aidan comme interprète dans ses longs et pénibles voyages de missionnaire. « 11 lui arrivait si souvent de prier ou de rendre grâce à Dieu, que, par habitude, il gardait toujours les mains jointes sur ses genoux. » Un jour qu’il était à table avec l’évêque Aidan, le thegn ou noble guerrier qui était chargé de faire l’aumône à la porte, vint lui dire qu’une foule affamée se tenait encore là, et qu’il n’avait plus rien à donner. Le Boi commanda alors de partager entre les pauvres son repas auquel il n’avait pas encore touché, et il fit briser son plat d’argent en morceaux afin de les leur distribuer. Aidan, ému, saisit alors la main du Boi, et, la bénissant, il s’écria : « Puisse cette main ne jamais vieillir ! *

Penda. — Pendant ce temps, le paganisme, refoulé dans les districts du centre depuis la conversion du Wessex, combattait avec désespoir pour

conserver son existence. Il se ralliait toujours autour de Fonda, dont le long règne ne fut qu’une lutte incessante contre le christianisme. Nous ignorons pourquoi il demeura oisif, tandis qu’Oswald étendait sa*domination sur le Wesscx ; mais la soumission de l’Est-Anglie à la Northumbrie le décida à une nouvelle guerre. L’Est-Anglie était devenue chrétienne depuis longtemps déjà; mais au singulier mélange de religions institué par son premier roi chrétien, Uædwald, avait succédé la plus complète superstition. — Avant que la guerre commençât, le roi qui régnait alors, Sigebert, avait abandonné le trône pour le monastère, mais, à la nouvelle de l’invasion de Peu da, son peuple le tira de force de sa cellule, espérant que sa présence au milieu d’eux attirerait la faveur du ciel. Le Roi-moine fut placé au premier rang pendant la bataille, et ne voulut porter d'autre arme qu’une verge; il fut tué, son armée mise en déroute et son royaume soumis aux envahisseurs.

En Osvvald marcha contre Penda pour tenter la délivrance de

l’Est- Anglie ; une bataille eut lieu à Maserfekl, pendant laquelle Oswald, renversé de son cheval, fut tué. Son corps fut mis en pièces par son sauvage vainqueur, mais la légende raconte que lorsque tous ses membres eurent été mutilés et déchirés, la a blanche main » bénie par Aidan demeura seule pure et immaculée. — Pendant les années qui suivirent là victoire de Maserfcld, Penda fut le roi le plus puissant de la Bretagne. Le Wessex reconnut son autorité comme il avait reconnu celle d'Osvvald ; son roi rejeta la foi chrétienne et épousa la sœur de Penda. La Northumbrie seule, quoique affaiblie parles guerres civiles des rivaux qui se disputaient le trône, refusa de se soumettre. Chaque année, Penda étendit davantage ses ravages vers le Nord; il arriva ainsi jusqu’à la cité royale, l’imprenable forteresse de Bamborough. Désespérant de s’en emparer par un assaut, il détruisit toutes les habitations qui l’environnaient, et entassant contre les palissades de la forteresse le bois qu’il s’était ainsi procuré, il y mit le feu; un vent propice ne tarda pas à chasser les flammes vers la ville : ce Vois, Seigneur, l’œuvre du pervers Penda! » criait Aidan qui voyait, de la petite île de Farne où il vivait en ermite, la fumée qui sortait de la ville. La légende northumbrienne raconte qu’à ces mots le vent changea et chassa les flammes vers ceux quilles avaient allumées.

'En dépit des succès de Penda, la religion contre laquelle il avait tant lutté renaissait de toutes parts. La Northumbrie, dévastée et incendiée, combattait toujours pour la croix; le Wessex redevenait chrétien ; le propre (ils de Penda, qu’il avait établi comme gouverneur sur les Anglais du centre, se lit baptiser par des missionnaires de Liiidisfarne. Enfin, les prédicateurs de la nouvelle religion purent s’aventurer sans crainte parmi les Merciens eux-mêmes. Païen jusqu’à la fin, Penda s’inquiétait peu de savoir s'ils étaient écoutés ou non; avec la sincérité grandiose qui était le propre de sa nature, il se contentait de haïr et de mépriser ceux « qui n’accom-

OSWI (642-670).

plissaient pas les œuvres de la foi qu’ils avaient reçue » . La Northumbrie reprit possession avec les missionnaires northumbriens de la côte orientale, et elle reparut tout a coup avec son ancienne force pour porter un dernier coup à ses ennemis. Oswi avait enfin été reconnu roi par toute la Northumbrie, et, en 655, il marcha contre l’armée païenne qu’il rencontra dans les champs de Winwœd, près de Leeds. Ce fut en vain que les Northumbriens cherchèrent à arrêter l’attaque de Penda en lui offrant des parures et des dons précieux. « Si les païens ne veulent pas les accepter, s’écria enfin Oswi, offrons-les à celui qui ne les refusera pas. » 11 fit le vœu, en cas de succès, de consacrer sa fille à Dieu et de fonder douze monastères dans son royaume. Les défenseurs du Christ furent victorieux; la rivière que les Mercicns voulurent franchir dans leur fuite ayant été grossie par des pluies, les restes de l’armée païenne furent engloutis, et la cause des anciens dieux perdue à jamais.

Oswi (642-670). — Cette lutte terrible entre le christianisme et le paganisme fut suivie par un long temps de paix.

Pendant trois années, après la bataille de Winwœd, la Mereie fut gouvernée, au nom d’Oswi, par des nobles northumbriens. Malgré un soulèvement général du peuple qui secoua le joug et élut roi le fils de Peiula, Wulfhere, le royaume resta toujours sous la domination de la Northumbrie. Le paganisme y était mort avec Penda. « Etant ainsi libres, nous dit Bæda, les Merciens et leur chef servirent avec joie Christ, le vrai roi. » Les trois provinces de ce royaume, la Mereie primitive, l’Angleterre centrale et les Lindiswaras, furent comprises dans le diocèse de Ceadda, le Saint-Chad à qui Lichfield est encore dédié. Ceadda était un moine de Lindisfarne dont l’austérité et Phumilité étaient telles qu’il faisait toujours à pied ses longs voyages de missionnaire, jusqu’au jour où l’archevêque Théodore le fit lui-même monter sur un cheval. La vieille poésie celtique a entouré sa mort de récits légendaires. On raconte que la petite cellule, voisine de l’église Sainte-Marie, où l’évêque était couché mourant, retentit tout à coup de douces voix chantant des chants célestes. Puis a ces voix remontèrent vers le toit et retournèrent au ciel d’où elles étaient venues ». C’était 1’àme de son frère, le missionnaire Cedd, descendue du ciel au milieu d’un chœur d’anges, pour adoucir ses derniers moments.

En Northumbrie, le souvenir des autres missionnaires s’est presque entièrement évanoui dans l’éclat de la gloire de Cuthbert. Aucune histoire ne nous fait mieux connaître ce qu’était alors la nouvelle vie religieuse, que l’histoire de cet apôtre des plaines. Elle nous transporte, à sa naissance, au nord de la Northumbrie, dans l’ancienne Bernicie, traversée par le Teviot et la Tweed. Cuthbert était né sur la rive méridionale du lac de Lammermoor; à Page de huit ans, une veuve du petit village de W rangholm le recueillit dans sa maison. Dès l’enfance, il cachait sous

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