ÉDOUARD II ET G A V E S T O N
Winchelsey se joignit aux deux comtes et aux bourgeois de Londres pour interdire l’envoi de troupes fraîches et pour convoquer un nouveau parlement, qui non-seulement confirma la Charte, mais y ajouta quelques nouveaux articles pour défendre au Roi de lever des taxes sans le consentement de la nation.
Édouard se hâta de revenir de Flandre. IL s’efforça d’éviter de ratifier publiquement la Charte; il voulut faire ajouter une clause qui sauvegardait les droits de la couronne et obtint du Pape une bulle qui annulait ses engagements; mais sa conduite ne fit que mettre en lumière la profondeur de son humiliation. Une menace de rébellion l’obligea à se soumettre aux décisions de la noblesse; et, quatre ans plus tard, les barons lui arrachèrent, les armes à la main, la promesse d’exécuter la charte forestière incomplètement observée jusque-là (1302).
Les succès des Anglais en Écosse, à la fin du règne d’Edouard, semblèrent un moment rendre sa vigueur à l’autorité royale; mais le soulèvement de Robert Bruce et la mort du Roi laissèrent une terrible tâche au faible Edouard II (1307).
Édouard II et Gaveston. — Malgré ses vices, Edouard II était loin d’être dénué de cette intelligence politique qui semblait héréditaire dans la famille Plantagenet. 11 voulait secouer le joug de la noblesse et former à cet effet un ministère entièrement dévoué à la couronne. Nous avons déjà vu comment les clercs de la chapelle du Roi , jadis ministres du gouvernement despotique des rois normands et angevins, avaient été supplantés peu à peu par les prélats et seigneurs du Conseil permanent . A la fin du règne d’Edouard Ier, les barons sollicitèrent la faveur de nommer eux-mêmes les grands officiers de l’État ; leur demande fut vertement repoussée, mais le Roi continua de choisir ses ministres parmi les barons et les prélats; et, si étroits que fussent les liens qui les unissaient à la royauté, ils partageaient jusqu’à un certain point les idées et les sentiments de leur classe.
A peine Edouard II était-il monté sur le trône, qu’il voulut changer cet ordre de choses et appeler au pouvoir, «à l’imitation des rois de France, des hommes de condition inférieure, entièrement soumis au monarque et sans autre ambition que de servir la politique et les intérêts de leur maître. Pierre Gaveston, originaire de Guyenne, avait été choisi par Edouard Ier comme ami et compagnon de son fils, le prince de Galles, puis banni du royaume pour avoir trempé dans des intrigues* qui avaient amené une brouille entre le père et le fils. Dès son avènement, Edouard II rappela près de lui son ami d’enfance, le créa comte de Cornouailles et le plaça à la tête du gouvernement (1307).
Prodigue, étourdi et d’humeur joyeuse, Gaveston fit preuve, dès les premiers temps de son administration, d’une audace et d’une activité toutes
méridionales ; les ministres furent destitués ; lors des cérémonies du couronnement, la distribution des rôles se fit sans égard pour le rang et l'ancienneté; enfin, ses sarcasmes et son attitude méprisante exaspérèrent les barons. Le favori était une fine lance, et désarçonnait dans les tournois tous ses adversaires. Spirituel et mordant, il avait trouvé des surnoms pour les seigneurs de la cour : le comte de Lancastre était Y Acteur y Pembroke le Juif, Warwick le Chien noir ; mais ces railleries s’émoussaient contre la masse de fer de la noblesse coalisée. Quelques mois à peine après l’entrée de Gaveston aux affaires, Edouard fut obligé de l’exiler, sur la demande formelle du Parlement, qui ne consentit au retour du favori et au vote de nouveaux subsides que lorsque le Roi eut donné satisfaction aux griefs des communes (1308).
La résistance d’Edouard, les réformes par lesquelles il acheta le rappel de l’exilé, sont la mise en pratique du système de concessions réciproques entre le Parlement et la royauté, qui est le fond même de l’histoire constitutionnelle d’Angleterre.
Gaveston reprit ses anciens errements ; et, au bout de très-peu de temps, les barons se soulevèrent de nouveau et répondirent aux actes de despotisme du Roi par la mise en vigueur de quelques-unes des mesures les plus hardies du comte Simon, comme la formation au sein du Parlement d’un comité permanent d’évêques, de comtes et de barons qui devaient gouverner le royaume pendant un an.
Les lords administrateurs (1310-1321). — Les lords administrateurs ( lords ordamei's) dressèrent une liste formidable de réformes qu’ils présentèrent au Roi au retour d’une stérile expédition en Ecosse : l’une de ces réformes, et la plus importante, avait trait à l’organisation du pouvoir exécutif; le Parlement devait être réuni au moins une fois par an, le souverain ne pouvait ni déclarer la guerre ni s’éloigner du royaume sans le consentement de la noblesse; la nomination des grands officiers de la couronne et des gardiens des châteaux royaux était aussi soumise à l’approbation du Parlement, tandis que le Conseil permanent était chargé du choix des shérifs, qui à leur tour élisaient le conseil. C’était en réalité une sorte d’abdication du pouvoir royal entre les mains de l’aristocratie, car le rôle des communes se réduisait encore à présenter des doléances et à voter des subsides ; aussi Edouard ne céda-t-il qu’après une longue lutte.
Un nouvel exil de Gaveston signala le triomphe des barons; mais son retour, peu de mois après, ranima la querelle, qui ne cessa que lorsqu’il fut tombé entre les mains de la noblesse, à Scarborough. Le Chien noir y Warwick, avait juré que le favori sentirait ses dents ; Gaveston eut beau se jeter aux pieds du comte de Lancastre et implorer la pitié de «son gracieux seigneur 75 , il fut exécuté, au mépris des termes de la capitula-