‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 132 sur 255 · CHUTE DU COMTE DE LANCASTRE · texte numérisé non relu

CHUTE DU COMTE DE LANCASTRE

tion, sur la colline de Blacklow (1312). La douleur du Roi s’exhala vainement en pleurs et en menaces. L’humiliation du monarque fut rendue plus cruelle encore par la feinte soumission des barons qui s’agenouillèrent devant lui à Westminster Hall, pour obtenir un pardon qui semblait porter le coup mortel au pouvoir royal.

Si Édouard II était impuissant à vaincre la noblesse, il pouvait encore jeter le trouble dans le royaume en éludant les ordonnances ; aussi les six années qui suivirent l’exécution de Gaveston comptent-elles parmi les plus sombres de l’histoire d’Angleterre. Une succession de famines augmenta encore les souffrances du peuple, victime de l’anarchie et de la guerre civile. La défaite de Bannockburn et les ravages des Ecossais dans le nord de l’Angleterre infligèrent à la nation une honte inconnue jusque-là. La prise de Berwick par Robert Bruce (1318) obligea Édouard à céder; les ordonnances furent solennellement acceptées; on proclama une amnistie et l’on adjoignit aux grands officiers de la couronne un petit nombre de pairs dévoués au parti des barons.

Chute du comte de Lancastre. Hugues le Despensier. Mort d’Édouard II. — Le puissant comte de Lancastre, Lincoln, Leicester, Salisbury et Derby, allié à la famille royale (il était, comme Édouard II, petit-fils de Henri III), chef de la noblesse anglaise et porté, par la lutte entre le Roi et les barons, à la tête du gouvernement, se montra bien audessous de sa triche. Incapable de gouverner, il se contentait de témoigner sa jalousie de l’élévation d’un de ses subalternes, Hugues le Despensier, que la faveur royale avait fait comte de Glamorgan en lui accordant la main de l’héritière de cette province. Cette fortune si rapide excita un vif mécontentement, et Lancastre n’eut pas de peine à obtenir,' par les armes, l’exil du favori.

Une insulte faite à la reine Isabelle par lady Badlesmere, qui avait fermé au cortège royal les portes de son château de Ledes, et l’énergie du Roi, qui voulut immédiatement venger cet outrage, réveillèrent la sympathie de la nation pour la cause royale. Edouard II rappelle le Despensier; Lancastre, se sentant trop faible pour le faire exiler de nouveau, entre en négociation avec les Écossais, à l’approche de l’armée royale, puis se retire avec l’armée des barons \rers le nord de l’Angleterre. Mais ses troupes furent arrêtées et dispersées à Boroughbridge, et luimême, amené devant Édouard à Pontefract, fut condamné à la mort des traîtres : « Aie pitié de moi, Roi des cieux » , s’écria Lancastre comme on le conduisait à l’échafaud sur un poney gris, sans brides, « puisque mon roi terrestre m’a abandonné (1321 ). «

L’exécution de Lancastre entraîna la mort d’une foule de ses partisans et l’emprisonnement des autres; le Parlement réuni à York annula la condamnation d’Hugues le Despensier, et abrogea une grande partie des

Ordonnances. C’est à ce Parlement toutefois et peut-être à la confiance des royalistes victorieux que nous devons la fameuse ordonnance déclarant que « les affaires de la couronne, du royaume et du peuple doivent être traitées, réglées et établies en Parlement parle Roi, par et avec le consentement des prélats, comtes, barons et de la nation en général». D’après la teneur de cet articl'e, il est évident que c’est la crainte de voir la noblesse s’emparer seule du pouvoir législatif qui avait rapproché la nation de la couronne. Mais l’arrogance du Despensier et l’échec complet de la campagne contre l’Ecosse, qui amena la signature avec Robert Bruce d’une trêve honteuse de quatorze ans, enlevèrent bientôt au Roi son éphémère popularité, tandis que les scandales de sa vie privée hâtaient la catastrophe qui mit fin à ce triste règne.

La reine Isabelle s’était rendue à Paris auprès de son frère Charles le Bel, d’accord avec son mari, pour revoir sa patrie et signer un traité de paix entre les deux royaumes; le jeune prince de Galles, qui n’avait alors que douze ans et demi, la suivit pour rendre hommage, à la place de son père, pour le duché de Guyenne. Mais une fois la Reine en France, ni prières ni menaces ne purent la faire revenir; Edouard comprit enfin qu’elle s’était secrètement liguée contre lui avec la noblesse anglaise, lorsqu’il vit les barons se réunir en foule autour de son étendard dès qu’elle eut débarqué à, Orwell. Abandonné de tous les siens et repoussé par les bourgeois de Londres, dont il avait imploré l’assistance, le Roi s’enfuit en toute hâte vers les marches du pays de Galles et s’embarqua avec son favori pour l’ile de Lundy; mais les vents contraires rejetèrent les fugitifs sur les côtes galloises, et ils tombèrent entre les mains du nouveau comte de Lancastre. Hugues le Despensier fut immédiatement pendu à un gibet haut de quatre-vingts pieds, et le Roi, enfermé sous bonne garde au château de Kenilworth, y attendit que le Parlement, réuni d’urgence à Westminster, eût statué sur son sort. Les pairs ne craignirent pas de ressusciter de vieilles lois qui les autorisaient à déposer un souverain indigne de régner. Aucune voix ne s’éleva en faveur d’Edouard, et quatre prélats seulement protestèrent lorsque le jeune prince de Galles fut proclamé roi par acclamation sous le nom d’Edouard III et présenté au peuple. On fit passer un bill accusant le Roi d’avoir, par son incapacité et son indolence, amené la perte de l’Ecosse, d’avoir tyrannisé l’Eglise et les nobles et violé son serment de couronnement, et déclarant qu’Edouard de Caernarvon avait cessé de régner et que la couronne avait passé à son Gis Edouard de Windsor.

Une députation du Parlement se rendit à Kenilworth pour obtenir du monarque déchu son consentement à sa propre déposition; Édouard, ‘vêtu d’une longue robe noire, se soumit humblement à son triste sort. Sir William Trussel lui adressa quelques mots qui montrent mieux que toute autre chose la vraie signification de cet acte du Parlement : « Moi, Wil-

liam Trussel, procureur des comtes, barons et grands du royaume, etmuni de leurs pleins pouvoirs, je reprends et retire l’hommage et serment de fidélité qu’ont rendu et prêté à Edouard, autrefois roi d’Angleterre, les personnes dont je suis le représentant, et je les en déclare affranchies à jamais selon la loi et l’usage. Je déclare en leur nom qu’elles ne te prêteront plus désormais serment de fidélité et d’hommage, et ne te reconnaîtront plus pour leur roi, mais te considéreront comme un simple particulier sans aucune dignité royale. 75 Après ces paroles significatives, sir Thomas Blount, intendant de la maison du Roi, brisa son bâton, insigne de son emploi, comme on le faisait toujours à la mort d’un souverain, et déclara les serviteurs d’Edouard II dispensés de tout service auprès de sa personne (1327). Quelques mois après, Edouard expirait assassiné au château de Berkeley.

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