L INDÉPENDANCE DE L’ÉCOSSE
de soldats armés de lances. Le découragement s’était déjà emparé des Anglais, qui avaient échoué dans leur tentative pour délivrer Stirling.
La triste issue du combat singulier entre Bruce et Henri de Bohun acheva de les abattre. Celui-ci fondit, la lance en avant, sur le roi d’Ecosse, qui caracolait sur son petit cheval devant le front de son armée ; mais Robert para l’attaque de son adversaire et lui asséna, avec sa hache légère, un coup si formidable sur le crâne que le manche se brisa dans sa main. Dès le •commencement de la journée, on lança les archers anglais en avant pour briser les carrés des Ecossais; mais, n’étant pas soutenus, ils furent aisément dispersés par une poignée de cavaliers que Bruce tenait en réserve. Le principal corps dçs gens d’armes se précipita à son tour sur le front del’année écossaise; les chevaliers, embarrassés pour se mouvoir dans un si petit espace, et rencontrant une vive résistance, furent bientôt en plein désordre. « Les chevaux se sentant blessés », s’écrie avec joie un écrivain écossais, « ruaient et se cabraient ferme. » Au moment où tout semblait déjà perdu, l’apparition subite de l’arrière-garde de l’armée anglaise, que celle-ci prit pour des renforts écossais, jeta la panique dans ses rangs. Ce fut une épouvantable déroute. Des milliers de cavaliers tombèrent dans les fossés qui protégeaient l’aile gauche de Bruce; d’autres s’enfuirent à toute bride vers la frontière, mais bien peu réussirent à l’atteindre. Edouard lui-même eut beaucoup de peine à s’échapper par Dunbar avec une suite peu nombreuse et à gagner la mer. Mais la fleur de la chevalerie était tombée entre les mains des vainqueurs, tandis que les paysans massacraient les Irlandais et les soldats d’infanterie dans leur fuite. On pouvait encore, des siècles plus tard, se rendre compte des immenses richesses trouvées dans le camp anglais en examinant les inventaires des abbayes et des châteaux.
L’Indépendance de l’Ecosse (1323-1328). — Si terrible que fût cecoup pour l’Angleterre, elle ne pouvait renoncer â ses prétentions sur l’Ecosse. Briice, non moins obstiné, eut l’habileté de refuser d’entamer aucune négociation tant qu’il n’aurait pas été reconnu roi d’Écosse; aussi poursuivit-il ses conquêtes vers le sud. Beruick fut obligée bientôt de se rendre et résista, peu après, à une tentative désespérée des Anglais pour la reprendre. Douglas, à la tête des seigneurs des frontières, portait la dévastation jusque dans le Northumberland. Pendant une trêve entre le Roi et les barons, Edouard II tenta une nouvelle invasion del’Écosse ; mais Bruce refusa tout engagement, si bien que l’armée anglaise, mourant de faim dans les Basse® Ter res, se vit contrainte à une retraite désastreuse (30 mai 1323). Édouard If signa alors une trêve de treize ans et laissa Robert Bruce prendre le titre royal; mais, peu après, la déposition du roi d’Angleterre ranima les espérances de la noblesse anglaise, et lejeune Édouard Ballioi, fils de Jean Balliol.