LA GUERRE DE L’ INDÉPENDANCE ÉCOSSAISE
fut reçu avec de grands honneurs à la cour de la régente Isabelle deFrance.
Robert Bruce était déjà atteint d’une maladie mortelle; mais, à la nouvelle de cette insulte, il lance au delà des frontières des bandes de pillards commandées par Douglas et Randolpli (1327). Froissart nous a laissé le tableau de l’armée écossaise telle qu’elle parut dans cette célèbre campagne. Elle se composait, disait-il, de quatre mille hommes d’armes, a Sont chevalier et escuier bien montés sour bons gros roncins, et les aultres comunes gens del pays tout sour petites liagenées. Et si ne mainnent point de charoy, pour les diverses montagnes qu’ils ont à passer, et parmi elle pays dessus dit que on claimme Nortliombrelande. Et si ne mainnent nulles pourveances de pain ne de vin, car leurs usages est telz en guerres et leur sobriétés, qu’ils se passent bien assés longement de char cuite à moitiet, sans pain, et de boire aigue de rivière, sans vin. Et si n’ont que faire de chaudières ne de cliauderons, car ils cuisent bien leurs chars ou cuir des bestes meismes, quant ils les ont escorcies. Et si sèvent bien qu’ils trouveront bestes à grant fuison ou pays là où ils voellent aler. Par quoi ils n’en portent aultre pourveance que cescuns emporte, entre le selle et le peniel, une grande plate pière. Et se tourse derrière lui unes besaces plainne de farine en celle entente que, quant il ont tant mangiet de char mal quitte que leur estomach leur semble estre wape et afoiblis, ils jettent celle plate pière ou feu et destemprent un petit de leur farine d’yawe. Quant leur pière est cauffée, il jettent de ceste elère paste sus ceste chaude pière, et en font un petit tourtiel à manière de une oublie de beghine, et le menguentf our conforter l’estomach. Par ce n’est point de merveilles se ilz font plus grandes journées que aultres gens, quant tout sont à cheval hors mis le ribaudaille. Et si ne mainnent nul charoi ne aultres pourveances, fors ce que vous avés oy. «
Que pouvait contre ces troupes légères la lourde cavalerie anglaise marchant à la défense de la frontière sous la conduite de son petit roi? Un jour, elle perdit sa route dans cet immense pays désolé par la guerre; l’ennemi restait introuvable ; une autre fois, on offrit le titre de chevalier et cent marcs à celui qui pourrait indiquer le campement des Ecossais; mais, lorsqu’on les eut découverts, on reconnut que leur position derrière la Wear était inexpugnable. Douglas, après une attaque hardie sur le camp des Anglais, déjoua leur tentative pour cerner son camp en battant en retraite avec l’habileté d’un vieux général. Les milices anglaises se dispersèrent en désespoir de cause, et bientôt une nouvelle invasion du Nortliumberland obligea la cour d’Angleterre à consentir à la paix. Le gouvernement anglais reconnut solennellement Robert Bruce comme roi légitime d’Ecosse. Le traité fut conclu à Edimbourg le 1 7 mars et ratifié à Northampton le 4 mai 1328.
L’Écosse et Édouard III (1330-1333). — L’orgueil national avait été
l/ÉCOSSE ET ÉDOUARD III (1330-1333).
trop profondément blessé pour supporter longtemps la honte d’une pareille défaite. La signature du traité de Nortliampton fut le signal de la chute du régent d’Angleterre, l’orgueilleux Roger Mortimer, qui s’était aliéné les sympathies de la noblesse en excluant tous les barons du gouvernement. Les premières tentatives de révolte de l’aristocratie furent infructueuses; le comte de Lancastre se vit obligé de se soumettre, et l’oncle du Roi, le comte de Kent, fut envoyé a l’écliafaud avant que le jeune roi eût pu intervenir. Un jour, Edouard III pénétra en personne, à la tète d’une troupe armée, dans la chambre du conseil, au château de Nottingliam, par un passage secret creusé dans le roc; il arrêta Mortimer de ses propres mains et l’envoya au supplice (1330). Dès ce moment il prit en main les rênes du gouvernement. Son premier soin fut de rétablir partout l’ordre et la tranquillité, de réparer les désastres du dernier règne et de se débarrasser de toute inquiétude du côté de la France, en signant un traité de paix, pour donner son attention aux affaires d’Ecosse.
Lafortune semblait enfin tourner enfaveur des Anglais : la mort de Robert Bruce, peu après le traité de Nortliampton (1331), avait laissé le trône à un enfant de sept ans, et les troubles presque inévitables d’une minorité aboutirent aune guerre civile. La noblesse des deux pays s’était trouvée lésée dans ses droits par la paix de IVorthampton ; car plusieurs familles, d’un côté comme de l’autre, possédaient des domaines à la fois en Angleterre et en Ecosse, et, bien que dans le traité on eût reconnu leurs droits en fait, ils furent partout violés. C’est ce mécontentement de l’aristocratie qui explique le succès inattendu d’Edouard llalliol dans sa tentative pour s’emparer du trône (1332). 11 fît voile pour l’Ecosse, contre la volonté du roi d’Angleterre, emmenant avec lui un certain nombre de barons qui réclamaient leurs propriétés dans le Nord, aborda sur les côtes du comté de Fife, où il eut à repousser près de Perth une terrible et sanglante attaque; et, poussant plus avant, il alla se faire couronner à Scône, tandis que David Bruce s’enfuyait en France.
Edouard n’avait en aucune façon donné les mains à cette entreprise ; mais, en présence de ce merveilleux résultat, son ambition s’éveilla, et il obtint de Balliol de le reconnaître comme suzerain. Cet acte de soumission fut fatal à Balliol; ou le chassa immédiatement de son royaume, et Berwick, qu’il s’était décidé à remettre aux Anglais, reçut une forte garnison écossaise. Assiégée peu après par l’armée d’Edouard III, elle lut secourue par le régent Douglas, frère du fameux James Douglas, qui attaqua immédiatement les lignes d’investissement, fortement retranchées sur la colline de Halidon. Les archers anglais y justifièrent la réputation qu’ils s’étaient faite lors de la bataille de Falkirk, et qui devint européenne une dizaine d’années plus tard, après la victoire de Crécy. Les Ecossais s’efforcèrent en vain de soutenir la lutte, et s’engagèrent sur les terrains marécageux qui protégeaient le front de l’armée anglaise; mais, criblés