‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 141 sur 255 · III · texte numérisé non relu

III

L’Angleterre et la France. — La cause de ce changement est la fatale guerre qui pendant plus d’un siècle épuisa la force et corrompit le caractère du peuple anglais. Nous avons suivi la guerre d’Ecosse jusqu’à son issue désastreuse, mais cette lutte n’était pas terminée, que l’Angleterre se trouva entraînée par elle à entreprendre une nouvelle expédition. Pour la clarté du récit nous n’y avons fait jusqu’ici qu’une simple allusion; revenons maintenant à cette guerre plus néfaste encore que celle qu’entreprit Édouard Ier.

C’est de la lutte avec l’Ecosse que sortit la guerre de Cent ans. Dès l’abord, la France avait surveillé les succès de sa rivale dans le nord avee une jalousie bien naturelle, mais aussi et surtout avec l’espoir qu’elle pourrait saisir l’occasion de recouvrer le duché de Guyenne, seule portion de l’héritage d’Éléonore qui fût restée à ses descendants. A peine l’Ecosse avait-elle commencé à subir les exigences de son Suzerain, Edouard Ier, que la France trouva un prétexte pour intervenir : la rivalité ordinaire entre les marins de Normandie et ceux des Cinq-Ports avait dégénéré en une lutte qui coûta la vie à huit mille Français ; on en demanda raison. Mais Édouard était si désireux d’éviter toute querelle avec la France, qu’il blâma ses propres marins et excita par ses menaces leur défiance et leurs protestations. « Nous avertissons le conseil du Roi » , dirent-ils, “ que si quelque mal ou quelque désagrément arrive aux marins, contrairement à la justice, ils abandonneront plutôt femmes, enfants et tout ce qu’ils possèdent pour aller au delà des mers chercher fortune. »

Cependant, malgré les efforts d’Edouard, la querelle continua, et Philippe le Roi trouva un prétexte pour citer le roi d’Angleterre devant la cour de Paris, comme coupable envers son suzerain. Edouard essaya encore d’éviter le conflit en laissant la Guyenne en gage à Philippe pour quarante jours; mais le refus du souverain français de restituer la province le força à déclarer la guerre. La révolte immédiate de Ralliol prouva que l’outrage fait par la France n’était que le prélude d’une attaque longuement délibérée. Edouard avait alors toutes ses forces concentrées en Écosse; et, quand la conquête de ce pays lui permit de se tourner vers son nouvel ennemi, ses barons refusèrent de le suivre en pays étranger et firent échouer l’alliance qu’il avait formée avec la Flandre pour reprendre la Guyenne (1294). L’indépendance de l’Ecosse resta intacte pendant trois ans encore, même après la bataille de Falkirk, grâce aux menaces de la France et à l’intervention de Roniface VIII. Il fallut qu’une querelle s’élevât entre ces deux alliés, pour qu’Edouard put achever la soumission de sa conquête. Cependant, la révolte de Rruce lut encore favorisée par l’aide secrète de la France et par le renouvellement de la vieille dispute au sujet de la Guyenne, dispute qui paralysa tous les efforts d’Édouard II, et qui indirectement amena sa terrible chute.

L’ avènement d’Edouard III ramena une paix momentanée; mais une

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