L’ANGLETERRE ET IA FRANCE
expédition qu’il entreprit contre l’Ecosse fut le signal de nouvelles hostilités ; le jeune roi David se réfugia en France et y trouva des armes, de l’argent et des hommes pour retourner défendre sa cause. Cette intervention delà France détruisit chez Edouard l’espoir de soumettre l’Ecosse, au moment même où le succès paraissait assuré. Philippe de Valois avait solennellement annoncé que des traités l’obligeaient à soutenir par les armes son ancien allié; la flotte française s’était réunie dans la Manche, et Édouard fut forcé d’abandonner la lutte qu’il avait entreprise dans le nord pour faire face à un orage que les négociations ne pouvaient plus conjurer.
En commençant cette guerre contre son gré, Edouard comptait sur deux armes pour lui assurer le succès, la richesse de l’Angleterre et ses propres droits à la couronne de France (1337). Le commerce de l’Angleterre se bornait pour ainsi dire à l’exportation de laines en Flandre; mais cette exportation avait pris une telle extension que, dans une seule année, Édouard reçut en impôts sur les laines plus de quatre-vingt mille livres (2 millions de francs). La race des moutons était si belle que l’exportation de béliers vivants dans les pays étrangers était interdite par la loi. On raconte cependant qu’un troupeau fut enlevé en contrebande, et devint la souche des fameux mérinos d’Espagne. Jusqu’au temps d’Edouard, bien que des tisserands flamands venus à la suite de Guillaume le Conquérant eussent fait la prospérité de Norivich, il n’y eut que peu de tissages en Angleterre; mais le nombre des corporalions de ce métier nous prouve qu’il prenait graduellement de l’extension. Edouard semble s’y être tout particulièrement intéressé. Au début de son règne, il invita des tisserands flamands à se transporter en Angleterre, et il accorda aux nouveaux émigrants, qui s’établirent pour la plupart dans les comtés de Norfolk, de Suffolk et d’Essex, une protection toute spéciale.
La prospérité que le grand développement de son commerce avait donnée à l’Angleterre, permit au Roi de former une grande ligue avec la Flandre et l’Empire, en vue de mettre fin à la guerre de France. Devançant dans sa politique Godolphin et Pitt, il devint le maître payeur des petits princes allemands ; ses subsides lui achetèrent l’appui du Hainaut, de la Gueldre et de Juliers ; soixante mille couronnes furent payées au duc de Brabant, et l’Empereur lui-même fut amené, parla promesse de trois mille florins d’or, à fournir deux mille hommes armés. Néanmoins, ces négociations continuées pendant des années, ces dépenses excessives, apportèrent peu d’avantage au Roi et ne lui valurent guère que le titre de vicaire général de l’Empire. Tantôt c’étaient les*Flamands qui reculaient, tantôt les soldats impériaux qui refusaient de marcher sans le consentement exprès de l’Empereur; et, quand enfin l’armée put traverser la frontière, Edouard ne put amener le roi de France à un engagement. Philippe, pendant ce temps, balayait le détroit et dévastait les côtes anglaises. Ses menaces d’invasion ne furent arrêtées que par une victoire navale sur les côtes de Flandre, à laquelle
Édouard en personne prit part et où il détruisit toute la flotte que la France possédait alors (1340).
Cependant les difficultés du Roi avaient atteint leur apogée ; ses emprunts aux grands banquiers de Florence s’élevaient à un demi-million de livres (12,500,000 fr.); ses prétentions à la couronne de France ne rencontraient pas un seul adhérent. 11 était du reste difficile d’établir de tels droits. Les trois fils de Philippe le Bel étaient morts sans laisser de descendant male, Édouard réclamait la couronne comme fils de la fille de Philippe le Bel, Isabelle. Mais, si les frères d’Isabelle n’avaient pas laissé de fils, ils avaient laissé des filles; et, du moment que les femmes étaient admises à succéder, leurs droits prévalaient sur ceux d’Edouard. Si, au contraire, les descendants mâles seuls avaient droit au trône, les droits des héritiers de Philippe le Bel étaient éteints, et la couronne devait passer au fils de son frère Charles. Il monta en effet sur le trône sous le nom de Philippe VI de Valois. Par une subtilité légale, cependant, tout en affirmant les droits des femmes descendant de Philippe le Bel, Édouard allégua que le descendant mâle le plus proche devait hériter de préférence aux femmes qu’un même degré de parenté unissait au feu roi. Ce droit avait été mis en avant â l’avénement de Philippe de Valois ; mais des deux côtés on n’avait considéré cette réclamation que comme une simple formalité, et Edouard avait de fait prêté serment à son rival pour le duché de Guyenne. Ce ne fut que lorsque l’alliance allemande vint à lui manquer, au moment où cette prétention lui devenait utile pour obtenir le secours loyal des Flamands, qu’Edouard la fit sérieusement valoir. Mais une nouvelle campagne dans les Pays-Bas fut aussi stérile que les précédentes, et la ruine du parti anglais en Flandre, par suite de la mort de son chef Philippe Artevelde, ne fut guère compensée par le mouvement en faveur de l’Angleterre qui se produisit alors en Bretagne. Deux rivaux se disputaient ce duché : l’un rendait hommage à Philippe, et l’autre reconnaissait Edouard comme son suzerain.
Crécy (1346). — Voyant qu’il ne pouvait compter sur les appuis étrangers, Edouard se rejeta sur les ressources de l’Angleterre seule; et ce fut avec une armée de trente mille hommes qu’il débarqua à la Hougue et commença une campagne qui devait changer la face de la guerre.
Son but était d’avancer vers le nord, ravageant tout sur son passage, jusqu’à ce qu’il pût opérer une jonction avec les forces flamandes réunies à Gravelines ; mais les rivières qui l’en séparaient étaient gardées, etEdouard ne put échapper à l’ennemi lancé à sa poursuite qu’en jetant un pont sur la Seine à Poissy et en forçant le gué de Blanque-Taque sur la Somme. A peine avait-il x’éussi à établir des communications entre les deux armées, qu’il fît halte dans le petit village de Crécy en Ponthieu et se décida à livrer bataille. La moitié de son armée, bien réduite déjà, consistait en