LA PERTE DE L’AQUITAINE
On ne peut attacher trop d’importance à ce changement. Si le Parlement était resté divisé en quatre ordres : clergé, barons, chevaliers et bourgeois, son pouvoir eût été neutralisé dans chaque grande crise par les jalousies et le manque d’unité des différents partis. D’un autre côté, si l’alliance des chevaliers et des barons avait subsisté, le Parlement, réduit au rôle de représentant d’une caste aristocratique, eût été privé de la force qu’il puisa dans ses rapports avec les classes marchandes. La nouvelle attitude prise par les chevaliers, toujours en contact avec la noblesse par leur position sociale, et unis, en matière politique, avec la bourgeoisie, fondit réellement les trois ordres en un seul et donna au Parlement cette unité de pensée et d’action qui a été sa principale force depuis lors. En effet, à partir de ce moment, nous voyons grandir l’activité parlementaire. Une foule de décrets, bons ou mauvais, pour le règlement du commerce et la protection des sujets anglais contre l’oppression et l’injustice, ainsi que les grandes ordonnances ecclésiastiques de ce règne, nous montrent combien s’était élargie la sphère d’activité du Parlement. Edouard lui-même offrit aux communes l’occasion d’étendre encore leur pouvoir. Anxieux de rejeter sur d’autres la responsabilité de la guerre avec la France, il soumit au Parlement une des nombreuses propositions de paix. Dans ce cas cependant, les communes se récusèrent, n’osant entreprendre de conseiller la couronne sur un sujet aussi grave. « Très-redouté Seigneur » , répondirent-elles, « quant à votre guerre et à l’équipement nécessaire, nous sommes si ignorants et si novices en ces matières, que nous ne savons ni ne pouvons en juger : c’est pourquoi nous prions Votre Grâce de nous excuser et de vouloir bien, en prenant avis des grands et sages personnages de votre conseil, ordonner ce qui vous paraît le plus honorable et le plus avantageux pour vous et pour votre royaume. Nous sommes prêts à accepter ce qui aura été ainsi décidé par vous et vos conseillers, et nous le considérerons comme fermement établi, n Mais, tout en reculant devant une aussi grande part de responsabilité, les communes arrachèrent à la couronne une réforme pratique de la plus haute importance. Jusqu'alors les demandes du Parlement, acceptées par le gouvernement, étaient transformées par le conseil royal en « ordonnances » , à la fin de la session, quand il n’était plus possible de se rendre compte s’il y avait accord complet entre l’ordonnance et les propositions qui lui servaient de base. Il fut décidé que désormais chaque proposition acceptée par la couronne serait immédiatement convertie en « statut » et prendrait force de loi par son enregistrement dans les registres du Parlement.
La perte de l’Aquitaine (1369-1376). — Cette responsabilité politique que les Communes repoussaient leur fut imposée par les malheurs de la guerre. En dépit de quelques querelles en Bretagne et ailleurs, la paix s’était maintenue’ pendant les neuf ans qui suivirent le traité de Brétigny;
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