LE BOX PARLEMENT
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mais Charles V, le successeur de Jean II, épiait d’un œil attentif le moment de reprendre la lutte. Il avait délivré son royaume des bandits, en les envoyant en Espagne. Le Ptince Noir, qui était allé les combattre, revint après la stérile victoire de Najara, ébranlé dans sa santé et appauvri par toutes les dépenses de la campagne.
Les taxes que cette expédition avait nécessitées en Guyenne soulevèrent un mécontentement que les excitations de Charles V changèrent en révolte. Malgré le traité de Brétigny, il répondit à un appel des nobles de Gascogne et somma le Prince Noir de comparaître devant sa cour (1369).
« Je viendrai, répondit le prince, mais casque en tête et soixante mille hommes à ma suite. » La guerre était a peine déclarée, que la saisie du Pontliieu et l’insurrection de tout le pays au sud de la Garonne montraient l’habileté avec laquelle Charles avait tout cofnbiné. Le Prince Noir, porté dans une litière sous les murs de Limoges, réussit à reprendre la ville qui avait ouvert ses portes aux Français ; et, par un massacre sans pitié, il ternit la renommée de ses premiers exploits. La maladie l’obligea à retourner en Angleterre, et cette guerre, prolongée par la prudence de Charles, qui avait interdit à ses armées d’engager aucune bataille rangée, épuisa presque complètement les forces et les richesses de l’Angleterre. Enfin l’erreur politique commise par le prince éclata a tous les yeu£, quand la flotte castillane fit son apparition dans le détroit et remporta une victoire décisive sur un convoi anglais venu de la Rochelle (1372).
Ce coup, qui lui enlevait la domination des mers, fut fatal à la cause aitglaise, et Charles saisit ce moment pour tenter un nouvel effort. Le Poitou, la Saintonge et FAngoumois se soumirent à son connétable du Guesclin. Pendant ce temps, une grande armée pénétrait inutilement, sous la conduite de Jean de Gand, jusqu’au cœur de la France. Charles avait défendu d’en venir aux mains. « Quand un orage se déchaîne sur un pays « , disait-il tranquillement, a il se dissipe de lui-même; il en sera de même des Anglais. » En effet, l’hiver surprit le duc de Lancastre dans les montagnes d’Auvergne, et ce ne fut qu’avec une faible partie de sa grande armée qu’il put atteindre Bordeaux. Ce désastre fut le signal d’une défection générale; et avant qu’une année se fût écoulée, les deux villes de Bordeaux et de Bayonne étaient tout ce qui restait des possessions anglaises en Aquitaine.
Le Bon Parlement (1376). — Ce fut une époque de souffrance et de honte comme l’Angleterre n’en avait jamais connu. Ses conquêtes étaient perdues, ses rivages insultés, ses flottes anéanties, son commerce paralysé; et, à l’intérieur, elle était épuisée par cette guerre longue et coûteuse; aussi bien que par les ravages de la peste. A cette heure de détresse, les barons féodaux tournèrent des regards avides vers les biens de l’Eglise. Jamais son influence spirituelle et morale sur la nation n’avait été moindre; mais'
LE B O IV PARLEMENT (lSTC).
sa richesse était plus grande que jamais. Sur une population d’un peu plus de deux millions d’hommes, le clergé comptait entre vingt et trente mille membres, et possédait en terres plus d’un tiers du sol. Ses spiritualités en dons et offrandes équivalaient à deux fois le revenu royaî. Depuis Crécy et Poitiers, les barons, fiers de leurs victoires, ne voyaient pas sans déplaisir la position que les évêques occupaient comme hommes d’Etat. Lorsque la guerre recommença, l’évêque de Winchester, William de Wjkeham, fut aussitôt renvoyé du ministère avec d’autres prélats, et l'on mit à leur place des créatures de la noblesse, avec Jean de Gand, fils du Roi, à leur tète. De lourdes taxes furent prélevées sur les biens de l’Eglise, et l’on parla ouvertement de confiscation. Mais les calamités de la guerre et l’incapacité de la nouvelle administration la réduisirent à l’impuissance devant le Parlement de 1376.
La conduite de ce Parlement marque un progrès nouveau de l’opposition légale à l’arbitraire et aux violences de la couronne. Jusque-là, le rôle d’opposants semblait réservé aux barons, et ils soutenaient leur politique en faisant prendre les armes à leurs vassaux. Mais maintenant, la noblesse elle-même était responsable du mauvais gouvernement. Les progrès de la paix et de l’ordre avaient rendu odieux le recours' à la guerre civile, tandis que le pouvoir des Communes fournissait un moyen régulier d’obtenir pacifiquement le redressement des torts. Les nécessités des temps eurent raison de l’ancienne répugnance qu’avait la nation à se mêler des affaires de l’Etat. Les chevaliers s'unirent à la bourgeoisie pour attaquer le conseil royal. « Confiant en Dieu et se tenant avec ses compagnons devant les nobles et leur chef, Jean, duc de Lancastre, qui agissait toujours contrairement au bien » , leur orateur, sire Pierre de la Mare, se plaignit de la mauvaise organisation delà guerre, des taxes accablantes, et demanda qu’on leur rendit compte des dépenses. « Que prétendent ces bas et ignobles chevaliers? » s’écria Jean de Gand. « Se croient-ils les rois et les princes de ce pays? » Mais on découvrit bientôt que le Prince Noir, bien que malade à la mort, soutenait de tout son pouvoir la cause des Communes. Lancastre fut obligé de se retirer du conseil, et le Parlement put procéder sans crainte à ses investigations. 11 révéla des abus terribles; ils avaient pour source les vices du Roi lui-même, qui, tombé dans un étal de faiblesse d’esprit prématurée, était entièrement sous la dépendance de sa maîtresse, Alice Perrers. Elle dut jurer de ne jamais reparaître en la présence du Roi ; puis le Parlement procéda à la déchéance et à la condamnation de deux ministres, lord Latimer et William Lyons, et à la présentation solennelle de cent soixante articles qui résumaient les griefs du royaume. Les Communes demandèrent une réunion annuelle du Parlement et la liberté d’élection pour les chevaliers des comtés, dont le choix avait souvent été contrarié par la couronne. Ils protestèrent contre les taxes arbitraires et contre l’ingérence du Pape dans les affaires de l’Eglise.