‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 148 sur 255 · JEAN WYCLIF · texte numérisé non relu

JEAN WYCLIF

Wyclif (1324? -1361). — L’ignorance où nous sommes des circonstances qui contribuèrent au développement de Wyclif contraste d’une manière frappante avec l’abondance et l’exactitude des détails que nous possédons sur les vingt dernières années de sa vie. Né dans la première partie du quatorzième siècle, il avait déjà atteint la maturité quand il fut nommé professeur du collège Balliol, à l’Université d’Oxford, et prit une des premières places parmi les savants de son temps. De tous les docteurs scolastiques, les docteurs anglais s’étaient toujours montrés les plus pénétrants et les plus hardis dans les spéculations philosophiques. Nous retrouvons chez tous, chez Bacon comme chez Duns Scot et chez Ockham, une audace de vues, un amour de la nouveauté que fait ressortir encore la science plus raisonnée et plus méthodique des maîtres parisiens, Albert etThomas d’Aquin. Pendant la guerre avec l’ Angleterre, P Université de Paris tomba en décadence; et la suprématie intellectuelle, qui jusque-là lui avait été reconnue, passa à l’Université d’Oxford. Or, à Oxford, Wyclif était sans rival. II commença par continuer dans les traités spéculatifs qu’il publia à cette époque, l’enseignement scolastique de son prédécesseur Bradwardine, à qui il doit sa croyance à la prédestination augustinienne, point de départ de son hérésie. L’influence qu’Ockhain eut sur lui se fait sentir dès ses premiers efforts pour réformer l’Eglise. Ockham, indifférent aux foudres et aux excommunications de l’Eglise, n’avait pas craint, dans son enthousiasme pour l’Empire, d’attaquer à sa base la suprématie du Pape et de

1 Sources : Outre les ouvrages sur Wyclif de Lewis et de Vauglian, nous possédons maintenant l’inappréciable notice sur le réformateur, que le docteur Sliirley a donnée dans sa préface aux Fasciculi Zizcinioriim (publiés par la Collection des Scriptores re ?\ Brit .). Les documents qui y sont joints sont la base la plus sûre pour rhisloire de Wyclif et de ses disciples. Les ouvrages anglais de Wyclif ont été réunis par M. Thomas Arnold, pour T Université d'Oxford, et par M. F. D. Matthew, pour la Société des anciens textes anglais; sa Bible a été rééditée avec une remartpiable préface du Révérend J. Forsliall et de sir F. Madden. Milrnan, dans le sixième volume de son ouvrage, Latin Chrislianify, fait un brillant résumé du mouvement lollard..

JEAN YVYCLLF.

soutenir les droits du pouvoir civil. Nul ne se serait douté que sous son enveloppe frêle et transparente, affaibli par l’étude et l’ascétisme, Wyclif était destiné à continuer l’œuvre orageuse d’Ockliam ; mais ce corps, si faible en apparence, cachait un tempérament vif et inquiet, une immense énergie, une conviction inébranlable, un orgueil que rien ne pouvait faire plier. Le charme personnel, qui accompagne toujours la vraie grandeur, augmentait encore l’ascendant qu’il devait à la pureté sans tache de sa vie. Maist, pendant longtemps, Wyclif lui-même pouvait à peine soupçonner la portée de son pouvoir intellectuel. Il fallut la lutte qui s’imposa à lui pour révéler, dans ce docteur sec et subtil, le créateur de la prose anglaise, un maître de l’éloquence populaire par le talent d’invective, l’ironie et le don de persuader, un politique habile, un chef de parti audacieux, l’organisateur d’un Ordre religieux, l’ennemi implacable des abus, le plus hardi et le plus tenace des controversistes, le premier réformateur qui, bien que seul et abandonné, ait osé examiner et nier la foi des chrétiens de son temps, rompre avec les traditions du passé, et affirmer à son dernier soupir la liberté de la pensée religieuse contre les dogmes de la papauté.

L’Angleterre et la papauté. — Au moment où Wyclif commença ses attaques, l’Eglise du moyen âge était tombée au plus bas de sa décadence spirituelle. La papauté avait perdu beaucoup de son prestige en se transférant à Avignon ; car non-seulement les papes étaient devenus des créatures du roi de France, mais leur avidité et leurs exactions avaient soulevé une révolte presque universelle. Les pontifes, en réclamant la première année (annales) de revenu des bénéfices ecclésiastiques, eu s’attribuant le droit de disposer de tous les bénéfices non soumis au patronage des laïques, en prélevant des taxes directes sur le clergé, en accordant à des prêtres étrangers des sièges et des bénéfices en Angleterre, avaient excité une haine profonde et un mépris de Home qu’on voit fermenter jusqu’au moment de la réformation. Le peuple raillait le « Pape français » et recevait les légats à coups de pierres. L’esprit de Chaucer tourna en ridicule la besace « pleine de pardons arrivant tout chauds de Rome » . Par le statut dit de u Prœmunire » , le Parlement établit que l’Etat avait le droit d’interdire l’introduction ou l’exécution dans le royaume des bulles et des brefs du Pape; et, par le statut dit des « Provisors », il s’opposa à ce que le Souverain Pontife pût disposer des bénéfices à sa guise. Mais l’échec de cette tentative d’indépendance montra l’étonnant pouvoir que la soumission aveugle de tant de siècles avait assuré à Rome. Le Pape renonça, il est vrai, à son droit d’accorder des bénéfices à des étrangers; mais, par suite d’un compromis dans lequel Pape et Roi s’unirent pour réduire l’Eglise à l’esclavage, les archevêques, les évêques, les abbés et les principaux prélats continuèrent à être nommés par le Pape. La protestation du Bon Parlement prouve combien avait été inutile l’effort des Parlements

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