I/ANGLETE RUE ET L’ÉGLISE
antérieurs. Il affirma que les taxes imposées par le Pape s’élevaient à cinq fois la somme levée par le Roi, et qu’en se réservant le droit de disposer des évêchés du vivant des titulaires, le Pape disposait cinq ou six fois du même siège et se faisait payer autant de fois. « Les agents de la coupable cité romaine vendaient à des individus sans valeur et sans instruction des bénéfices rapportant jusqu’à mille marcs, tandis que ceux qui étaient pauvres et savants en obtenaient à grand’peine rapportant vingt marcs. C’est ainsi que le vrai savoir se perd. Ils présentent des étrangers qui ne voient ni ne tiennent à voir aucun de leurs paroissiens, qui méprisent les services divins, envoient au loin le trésor du royaume, et sont pires que les Juifs et les Sarrasins. Le revenu du Pape en Angleterre est plus grand (pie celui d’aucun prince de la chrétienté. Dieu veut qu’on nourrisse ses brebis ; il ne les donne pas pour qu’elles soit tondues et dépouillées. 5? Les sujets de plaintes étaient graves. A l’époque dont nous parlons, les doyennés de Lichfield, de Salisbury et d’York, l’archevêché de Canterbury, réputé le plus riche de l’Angleterre, et unefoule d’autres bénéfices, étaient occupés par des cardinaux et des prêtres italiens, tandis que, de son bureau à Londres, le collecteur pontifical envoyait chaque année vingt mille marcs au trésor papal.
L’Angleterre et l’Église. — Si les exactions et la tyrannie romaines séparèrent le clergé anglais de la papauté, son propre égoïsme mit une barrière entre les membres du clergé et la nation même. Malgré leurs immenses richesses, ils partageaient aussi peu que possible les charges qui pesaient sur tout le royaume. L’ancienne querelle au sujet de la juridiction civile durait toujours, et l’indulgence des cours ecclésiastiques inspirait peu de crainte à la masse des clercs qui vivaient dans le désordre. Indépendant de toute autorité civile, le clergé, par son contrôle sur les testaments, les contrats et les divorces, par les impôts qu’il prélevait, aussi bien que par son rôle religieux, pénétrait jusqu’au cœur même de la société qui l’entourait. La juridiction sociale de l’Église avait sous ses ordres des milliers de semonceurs pour porter ses sommations. Il y avait peu de personnes ayant quelque fortune qui échappassent aux vexations des cours ecclésiastiques. D’un autre côté, l’autorité morale du clergé allait s’affaiblissant. Les plus riches prélats, avec leurs cheveux frisés et leurs longues manches, singeaient le costume de la société chevaleresque à laquelle, au fond, ils appartenaient. IVous avons déjà vu les traits généraux de leur mondanité dans la peinture que Chauccr fait du moine-chasseur et de la prieure élégante, avec une devise d’amour sur sa broche. Leur influence morale sur les classes élevées était absolument nulle; le Roi paradait dans Londres avec sa maîtresse, costumée en Reine de Beauté ; les nobles étalaient leurs vices à la cour et dans les tournois. « Alors » , dit un chanoine du temps, « une grande rumeur et clameur s’éleva parmi le peuple; car partout