‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 150 sur 255 · JEAN WYCLIF · texte numérisé non relu

JEAN WYCLIF

où il y avait tournoi, une grande quantité de dames arrivaient, les plus élégantes et les plus belles, mais non les meilleures du royaume. Elles étaient parfois quarante ou cinquante, venant comme si elles faisaient partie du tournoi, en costumes d’hommes somptueux et variés, avec des tuniques de couleur, de petits bonnets et des rubans roulés en cordes autour de leurs têtes, des ceintures ornées d’or et d’argent et des dagues au côté dans leurs fourreaux. Elles se rendaient au lieu du tournoi, montées sur des chevaux de race, dépensant et gaspillant leurs biens et usant leurs corps dans les débauches, de telle façon qu’elles soulevèrent l’indignation du peuple; mais elles ne craignaient pas Dieu et ne rougirent pas au son de la chaste voix populaire. »

La chaste voix de l’Eglise ne sut pas s’élever contre elles. C’est que le clergé était occupé par ses propres dissensions. Les grands prélats étaient absorbés par les soucis de leur rôle politique, et la scandaleuse inégalité qui existait entre leurs énormes revenus et la position des « pauvres curés » de campagne élevait une séparation entre eux et le bas clei'gé. Les membres des anciens Ordres religieux avaient dégénéré en simples propriétaires de terres; l’enthousiasme des « Frères » s’était éteint, et ils n’étaient plus que des bandes de mendiants impudents. A Oxford même, un schisme violent avait un moment éclaté entre le clergé séculier, qui maintenant se trouvait à la tête du mouvement scolastique, et le clergé régulier qui en avait été l’initiateur. Fitz-Ilalf, l’archevêque d’Armagh, qui avait été chancelier d’Oxford, attribua aux Frères mendiants la diminution qu’on remarquait dans le nombre des étudiants, et l’Université statua qu’il ne leur serait plus permis d’admettre, comme ils le faisaient, de tout jeunes gens, presque des enfants. Plus tard, Wyclif les traita de mendiants éhontés et déclara que « tous ceux qui leur feraient l’aumône seraient excommuniés, ipso facto » .

Wyclif et la réforme ecclésiastique. — Sans parler de ces sérieux avertissements, venus du clergé même, il y avait un grand nombre d’hommes sincères qui, comme Pierre le laboureur, dénonçaient la mondanité et les v ices de l’Eglise. Les sceptiques, comme Chaucer, se moquaient des abbés chasseurs et du carillon de leurs sonnettes; enfin la noblesse brutale et avide, avec Jean de Gand à sa tête, cherchait à chasser les prélats de leurs sièges et à s’emparer de leurs richesses. Malgré le peu de valeur de ce parti, ce fut avec lui que Wyclif s’allia dans scs premières tentatives de réforme. Jusque-là il ne s’était pas attaqué aux doctrines, mais seulement aux pratiques de l’Eglise : c’est en s’appuyant sur les principes d’Ockham qu’il avait soutenu le refus indigné du Parlement de payer le « tribut « que réclamait la papauté (1370), et approuvé les mesures prises par le duc de Lancaslre pour retirer aux évêques leurs bénéfices et lever des impôts sur les terres de l’Eglise. Mais son traité sur « le royaume de Dieu « ( De

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