‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 151 sur 255 · WYCL1F ET LA REFORME ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

WYCL1F ET LA REFORME ECCLÉSIASTIQUE

dominio divino) montre que son mobile différait essentiellement du mobile égoïste des hommes avec lesquels il travaillait (1376).

Dans cet ouvrage, le plus célèbre de tous ses écrits, Wyclif fonde toute sa doctrine sur un idéal social qu’il se propose comme but. Toute autorité, pour employer sa propre expression, est u fondée sur la grâce »... L’autorité, dans son sens le plus élevé, ne se trouve qu’en Dieu seul; c’est Dieu qui, comme suzerain de l’univers, concède une part de son autorité sur diverses parties de son royaume à des gouverneurs ; et ceux-ci, comme ses vassaux, lui doivent en retour obéissance absolue. On pouvait objecter que dans ce cas, il n’y a pas d’autorité légitime, puisque tout péché est une rupture de ce contrat et que tous les hommes sont pécheurs. Mais, comme le déclarait Wyclif, cette théorie est purement idéale. Dans la pratique, il fait une distinction entre l’autorité ( dominium ) et le pouvoir ( potes la s ) que Dieu peut permettre aux méchants d’obtenir et auxquels le chrétien doit se soumettre par obéissance envers Dieu. Dans son style scolastique, qui a été si étrangement détourné plus tard de son sens, il dit que sur cette terre cc Dieu est soumis au démon » . Mais de quelque manière qu’on les envisage, pouvoir ou autorité émanent également de Dieu. Il les accorde, non pas comme le prétendait la papauté, à un homme seulement, son vicaire sur la terre, mais à tous. Le Roi est aussi bien le vicaire de Dieu que le Pape. Le pouvoir royal est aussi sacré que le pouvoir ecclésiastique, et aussi absolu sur les choses temporelles, même les choses temporelles de l’Église, que celui de l’Eglise sur les choses spirituelles. Sur la question de l’Église et de l’Etat, la distinction qu’il faisait entre la théorie et la pratique était à peu près nulle. Mais l’application qu’il faisait de son idée d’ « autorité » à la conscience individuelle était d’une importance infiniment plus grande et plus élevée. Chaque chrétien, tout en devant obéissance au Roi ou au prêtre, reçoit une part d’ « autorité » et par là dépend directement de Dieu. Le trône de Dieu lui-même est un tribunal auquel tous peuvent appeler. Ce que les réformateurs tentèrent au seizième siècle avec leur théorie de la foi, Wyclif chercha à l’accomplir par sa théorie de 1’ « autorité « . Elle établissait des relations directes entre l’homme et Dieu, et renversait ainsi par la base tout l’édifice du clergé médiateur que l’Église du moyen âge avait construit. Mais le véritable but de Wyclif ne frappa point tout d’abord. Le clergé fut surtout sensible aux conséquences de sa théorie sur l’Église et l’État, qui les assujettissait à la couronne pour les choses temporelles, qui admettait la confiscation de leurs biens dans l’intérêt national et souhaitait de voir l’Eglise revenir volontairement à son ancienne pauvreté.

Le traité parut au moment où le clergé se débattait contre l’attaque que les nobles avaient dirigée contre Wykeham. Il résolut de se venger en poursuivant Wyclif, qu’il regardait comme le plus ferme rempart théologique du parti lancastrien. On le somma de comparaître devant l’évêque de Lon-

dres, Courtenay, pour rendre compte de ses propositions hérétiques au sujet des biens de l’Eglise. Le duc de Lancastre prit sur lui l’accusation et parut à côté de Wyclif devant la cour ecclésiastique de Saint-Paul (1377). Il n’y eut pas de procès, mais les nobles et les prélats échangèrent des paroles violentes; le duc lui-même, dit-on, menaça de traîner Courtenay hors de l’église par les cheveux, et la population de Londres, qui détestait Jean de Gand, finit par faire irruption pour porter secours à son évêque.

La vie de Wyclif ne fut sauvée qu’avec difficulté par les soldats, mais son influence n’en fut pas ébranlée. Des huiles papales, obtenues par les évêques pour sommer l’ Université de le condamner et de l’arrêter, restèrent sans effet; et, dans un plaidoyer présenté au Parlement et répandu dans tout le royaume, Wyclif affirma hautement qu'aucun homme ne pouvait être excommunié par le Pape, « s’il ne s’était déjà excommunié lui-même». Il niait que l’Eglise eut le droit d’établir ou de défendre des privilèges temporels par des mesures spirituelles. Il affirma que le Roi ouïes seigneurs laïques pouvaient légalement confisquer des propriétés de l’Eglise quand les impôts n’en étaient pas payés, et déclara que les ecclésiastiques devaient être soumis aux tribunaux civils Ce défi hardi lui valut l’appui du peuple et celui de la couronne. Quand, à la fin de l’année, il répondit aux sommations de l’archevêque et comparut à la chapelle de Làmbetli, la cour interdit au prélat de donner suite au procès ; les habitants de Londres envahirent le tribunal et le dispersèrent.

Le premier protestant. — Wyclif travaillait encore de concert avec Jean de Gand à défendre ses plans de réforme ecclésiastique, quand éclata la grande insurrection de paysans dont nous parlerons tout à l’heure, et qui avait pour chef Wat Tyler. En peu de mois toute l’œuvre de Wyclif fut détruite. Non-seulement le parti lancastrien auquel il s’était uni voyait son pouvoir anéanti, mais l’antagonisme entre la noblesse et l’Église, sur lequel s’appuyait Wyclif, se trouva subitement apaisé en face d’un danger commun. On s’empressa aussi de rejeter sur le réformateur une part de responsabilité dans le soulèvement. Les Frères mendiants l’accusèrent d’avoir été un « semeur de discorde » qui, par ses instigations sataniques, avait armé le serf contre son seigneur ; et, bien que Wyclif leur renvoyât la balle avec dédain, il fut mis en suspicion, ce que du reste justifiait la conduite de quelques-uns de ses disciples. Jean Bail, F un des principaux révoltés, avait été l’un de ses adhérents, et l’on prétendit qu’à sa dernière heure, il avait dénoncé la conspiration des « wycliffites » . Le plus remarquable de scs disciples, Nicolas Herford, avait, disait-on, approuvé ouvertement le meurtre cruel de l’archevêque Sudbury. Quelle que soit la valeur de ces accusations, il est certain qu’à partir de ce moment-là, l’horreur qu inspiraient les projets socialistes des paysans s’étendit sur tous les plans

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