‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 157 sur 255 · LES ORDONNANCES DES T R A V A L L L E U R S · texte numérisé non relu

LES ORDONNANCES DES T R A V A L L L E U R S

tyrannie lit éclater l'insurrection qui couvait depuis de longues années. Édouard III venait de mourir (1377) chargé d’ans, mais déshonoré par sa faiblesse pour cette indigne Alice Perrers qui lui vola ses bagues sur son lit de mort. Le fils du Prince iVoir, Richard il, encore enfant, lui avait succédé, et cet avènement ravivait les espérances de ceux qui composaient dans le Parlement ce qu’on peut appeler le parti national. Le Parlement de 137 7 reprit son œuvre de réforme, et s’arrogea le droit de contrôle des dépenses publiques au moyen d’un comité permanent, composé de deux bourgeois de Londres. Celui de 1378 obtint même un rapport sur la manière dont les subsides avaient été employés ; mais ces assemblées, composées presque entièrement de propriétaires fonciers, s’occupaient surtout de la lutte désespérée engagée entre les seigneurs et la classe agricole qu’ils voulaient de nouveau réduire en servage. Les hontes de la politique continentale vinrent s’ajouter encore à la misère et aux discordes intestines. Les affaires de France devenaient chaque jour plus désastreuses ; une flotte anglaise avait été battue par les Espagnols, et une autre coula à pic pendant une tempête; enfin la campagne sur le continent finit comme les précédentes par un échec complet et ruina définitivement la cause des Plantagenets.

Pour subvenir à toutes les dépenses, le Parlement accorda un nouveau subside au moyen d’un impôt de capitation qui frappait le pauvre aussi lourdement que le riche; cette iniquité mit l’Angleterre en feu d’une mer à l’autre. Dans les comtés de l’Est, on vit des paysans se lever armés de bâtons, d’arcs et d’épées rouillées; les commissaires royaux envoyés pour les faire rentrer dans le devoir furent chassés devant eux, et une partie des insurgés en Essex donna le signal de la révolte, en traversant la Tamise, sous la conduite de Jack Straw, et en appelant aux armes le comté de Kent. Canterbury, « où tous les bourgeois étaient pour eux 5; , ouvrît ses portes aux rebelles, qui pillèrent l’archevêché et tirèrent John Rail de prison, tandis qu’un millier d’hommes du comté de Kent se réunissaient autour de Wat Tyler, soldat qui avait servi dans les guerres de France et qui fut reconnu aussitôt comme chef de l’insurrection. Des chansons originales et bizarres circulaient dans le pays, et excitaient a la révolte, qui s’étendit bientôt des comtés de l’Est et du Centre sur toute l’Angleterre au sud de la Tamise (juin 1381). « John Rail » , disait l’une d’elles, et vous salue, et cela pour vous faire comprendre qu’il a sonné le tocsin; maintenant vous avez pour vous droit et force, volonté et adresse, et la protection de Dieu. » « Combattez pour la vérité, et la vérité combattra pour vous. Maintenant l’orgueil règne en maître, on regarde la convoitise comme sage; la débauche n’est pas une honte, et la gourmandise 11’a rien de blâmable ; l’envie règne, ainsi que la trahison, et c’est le temps de l’indolence; priez Dieu, car c’est l’heure! » Nous retrouvons la main de John Rail dans les complaintes de Jack le Meunier et de Jack le Charretier. « Jack le Meunier

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