LA RÉVOLTE DES PAYSANS
demande de l’aide pour tourner sa meule, il a broyé son grain aussi fin que possible; le Fils du Roi des cieux l’en payera. Regarde ton moulin tourner avec ses quatre ailes, et reposer ferme sur sa base. Nous avons la force et le bon droit, nous avons adresse et volonté, que la force aide le droit et que l’adresse marche devant la volonté et le droit devant la force, ainsi notre moulin tournera bien. » — « Jack le Charretier vous prie de bien achever ce que vous avez commencé, de faire bien, et toujours de mieux en mieux, car au matin les hommes savent que c’est le jour. » — « Fausseté et trahison » , chantait Jack le Véridique, « ont régné trop longtemps, et la vérité a été mise sous les verrous, et la tromperie et la ruse sont au fond de tout commerce. Aucun homme n’est véridique que lorsqu’il chante « si dedero » . Le véritable amour a disparu, et les clercs se corrompent par désir de s’enrichir. Priez Dieu, car c’est l’heure. » Ces vers grossiers nous offrent les premiers exemples, en Angleterre, d’une littérature de polémique politique, de celte littérature qui produira plus tard les pamphlets de Milton et de Burke. Quelque rudes qu’elles puissent paraître, ces chansons expriment clairement les diverses passions qui agitaient les paysans, leur soif de justice, de paix et d’ordre public, leur mépris pour l’immoralité des seigneurs et les hontes des mœurs de la cour, leur indignation de voir les magistrats fausser les lois pour favoriser l’oppression.
La révolte, en un clin d’œil, gagna l’Angleterre entière. Le Norfolk et le Suffolk, Cambridge et leHertfordshire prennent les armes; du Sussexetdu Surrey 1 insurrection s étendit jusqu’à Winchester et au Somerset. Mais 1 aine du mouvement, c était, sans contredit, les hommes du pays de Kent qui marchaient sur Londres; comme ils se précipitaient vers Blackheath, tout homme de loi qui tombait dans leurs mains était impitoyablement mis a moi t : u tant qu il en restera » , hurlaient-ils, « le pays ne pouiia pas recouvrer ses anciennes franchises. » Ils mettaient le feu aux maisons des intendants et jetaient dans les flammes les archives des tribunaux seigneuriaux. La population tout entière se joignit à eux pendant leur marche; les nobles étaient paralysés par la terreur, et le duc de Lancastre s’enfuit devant la haine populaire et se réfugia en Écosse. Lejeune roi (il n avait pas plus de seize ans) adressa la parole aux révoltés, d’un bateau sur la Tamise ; mais le conseil privé et surtout l’archevêque Sudbuiy ne lui ayant pas permis de mettre pied à terre, les paysans furieux se précipitèrent sur Londres en criant : a Trahison, trahison! » Les portes leur Jurent ouvertes par les plus pauvres artisans de la cité, et le magnifique palais de Jean de Gand à la place de Savoie, le nouveau collège des
hommes de loi au Temple et les maisons des marchands étrangers furent bientôt en flammes.
Mais les insurgés, comme ils le disaient fièrement eux-mêmes, étaient « des chercheurs de vérité et de justice, non des voleurs et des brigands » ;