‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 16 sur 255 · LE ROYAUME DE IV O R T H U AI R R 1 E (607-G · texte numérisé non relu

LE ROYAUME DE IV O R T H U AI R R 1 E (607-G

être surnaturel lui apparut dans son sommeil, l’appela par son nom et lyi dit : a Cædmon, chante-moi quelque chanson. » — ce Je ne puis chanter » , répondit le pauvre berger, a c’est pour cela que j’ai quitte la fête et suis revenu ici. » L’apparition lui dit de nouveau : « Gela n’importe, tu chanteras pour moi. * — « Que chanterai-je? » — a La création de toutes choses. 75 Le matin suivant, Cædmon se présenta devant Hild et lui raconta son rêve; aussitôt abbesses et moines déclarèrent que le Seigneur avait répandu sur lui sa céleste grâce, et, traduisant pour lui un passage des livres saints, ils lui ordonnèrent de Je mettre en vers, s’il le pouvait. Le lendemain, il leur apporta ce qu’il avait fait; l’abbesse fut frappée de la beauté de ses vers, et, comprenant que le souffle divin avait passé sur cet homme, elle lui ordonna de quitter ses anciennes habitudes et d’embrasser la vie monastique. Cædmon mit en vers toute l’histoire sacrée, récit par récit, et en fit un poëme. « Il chanta la création, l’origine de l’homme, « toute l’histoire d’Israël depuis la sortie d'Egypte jusqu’à son entrée dans « la Terre promise; il chanta l’incarnation, la passion, la résurrection, a l’ascension du Christ, la terreur du jugement dernier, l’horreur des a tourments de l’enfer et les joies du ciel. »

Les poésies anglaises. — Cette soudaine éclosion de la poésie devait sembler aux hommes de ce temps une chose essentiellement divine, a D’autres, après Cædmon, tentèrent de faire des poèmes religieux, mais a nul n’aurait pu rivaliser avec lui, car ce n’était pas les hommes qui lui « avaient enseigné l’art de la poésie, mais Dieu lui-même. » Pourtant Cædmon n’avait opéré aucune révolution dans la forme primitive des chansons anglaises telles que les avait engendrées la vie aventureuse des pirates de la mer. Le chant de guerre restait le type véritable de la poésie anglaise. C’était une poésie sans art, puissante sans beauté, obscurcie par des métaphores brutales, par des constructions embarrassées; mais c’était bien là une poésie guerrière exprimant d’une manière rapide et passionnée les émotions passagères nées des passions. Image après image, phrase après phrase surgissent, dans ces vieux poèmes, vivantes, rudes, emphatiques. La cadence en est rude et martelée; les vers tombent, pareils à des coups d’épée durant la bataille. La poésie guerrière était la seule dont le souffle ardent pouvait exciter la vie animale des premiers Anglais, rudes travailleurs, fiers combattants se jetant pour satisfaire leurs appétits féroces sur de la viande ou de l’ale. Mais, ainsi que nous l’avons vu, la foi en Christ vint ouvrir à leur imagination de nouveaux royaumes.

Les légendes, toutes lumineuses de la clarté céleste, l’histoire de Bæda sur Y hirondelle, nous dévoilent le côté de la nature anglaise auquel le christianisme s’adressa : le sentiment du mystère profond et impénétrable qui environne le monde et l’homme, la révolte de l’imagination contre les ténèbres qui bornent la vie de toutes parts et que la pensée même ne peut

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