‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 17 sur 255 · SYNODE DE WHITBY · texte numérisé non relu

SYNODE DE WHITBY

pénétrer. Ce nouvel horizon poétique se confondit avec l’ancien dans le poëme de Cædmon. Le vague et la hardiesse exaltée de l’imagination teuto- • nique entraînèrent le pâtre de Whitby bien au delà des limites de l’histoire hébraïque et lui montrèrent un a sombre enfer plein de flammes balayé à a l’aube par un vent d’est glacé, et sur le sol duquel les anges apostats a sont étendus enchaînés » . L’énergie propre à la race germanique, le sentiment qu’elle avait de la puissance de l’individualité humaine, transformèrent dans le chant de Cædmon le tentateur hébreu en un Satan rebelle, dédaignant l’autorité de Dieu. « Je peux être Dieu comme lui » , s’écric-t-il au milieu de ses tourments, « et il serait indigne de moi de me a prosterner devant lui pour obtenir quelque grâce. » Nous trouvons déjà dans les terribles apostrophes de l’Esprit tombé la note pathétique que la mélancolie du Nord devait ajouter à notre poésie. « Le plus grand de mes a chagrins est de penser que quelque jour cet Adam, enfant de la terre,

s’emparera de la place que j’occupais jadis et se réjouira de notre tour- « ment. Oh! si pendant l’espace d’un hiver je tenais en main la puissance,

ü alors, suivi de toute mon armée, je mais des liens de fer me ceignent de

w toutes parts, et cette chaîne me retient! r Parfois aussi l’enthousiasme du poète pour le Dieu des chrétiens, pour la foi conquise après tant de luttes désespérées, se répand dans de longs dithyrambes pleins d’épithètes sonores exprimant la louange et l’adoration. La nature de Cædmon se, rapprochait du tempérament fougueux et passionné des anciens Hébreux, et les événements de son temps l’aidaient à comprendre la vieille histoire biblique remplie de récits de batailles et d’aventures. « Les loups chantent leifr cc horrible chant nocturne; les oiseaux de proie, avec leurs ailes qui sont •u humides de rosée, accourent au bruit de la bataille et poussent leur cri u lugubre au-dessus de l’armée de Pharaon « , et de même hurlaient les loups et gémissaient les aigles autour de l’armée de Penda. Cædmon personnifie à tout jamais la grandeur, la profondeur et la ferveur que la race germanique donna à la nouvelle religion venue de l’Orient.

Synode de Whitby. — Tandis que Cædmon chantait ainsi, l’Eglise de Northumbrie était divisée par une lutte dont l’issue fut décidée dans cette même abbaye où vivait le pàtre-poëte. Les travaux de Aidan, les victoires d’Oswald et d’Osivi semblaient avoir rattaché l’Angleterre à l’Eglise irlandaise. Les moines de Lindisfarne et des autres monastères récemment fondés tiraient leurs traditions ecclésiastiques non de Home, mais d’Irlande, et ils suivaient non les instructions de Grégoire, mais celles de Columban. Quels que fussent les droits du siège de Canterhury à la suprématie sur toute l’Angleterre, le véritable siège métropolitain de l’Eglise était l’abbaye d’Iona, au nord de l’Angleterre. Mais Rome ne tarda pas à vouloir recouvrer le terrain qu’elle avait perdu, et ses efforts furent secondés par deux hommes chez lesquels l’amour pour Rome était devenu un vrai fanatisme.

32 LE no Y AU. UE DE NORTHUMBRIE (607-685).

La vie de Wilfrith d’York ne fut qu’une suite de voyages entre l’Italie et 1 Angleterre; il venait défendre les droits de Rome devant l’Eglise de Noi thunibi ie, et ses prédications furent suivies de succès étonnants et de * défaites non moins surprenantes. Rénédict Biscop travailla, à la même œuvre, mais avec plus de calme. Il traversait souvent la mer pour se rendre sur le continent, et il en rapportait des livres et des reliques; il en ramena même des maçons et des peintres habiles qui devaient élever à IVearmouth une grande église et un monastère dont les moines dépendraient du Pape. La lutte entre les deux partis devint si ardente qu’Osivi convoqua un grand concile à Whitby en G64; on devait y décider à qui l’Eglise anglaise obéirait définitivement. Les points en litige étaient d’un oidte peu îelevé. Colman, le successeur d’Aidan à l’Ile Sainte, plaidait pour la tonsure telle qu’on la pratiquait en Irlande et demandait qu’on célébrât la fête de Pâques à l’époque choisie par l’Église irlandaise. Wilfrith plaidait la cause de Rome. L’un en appelait à l’autorité de Columban, l’autre a celle de saint Pierre. « V ous reconnaissez « , s’écria enfin, en s adressant a Colman, le Roi, qui ne savait à (pii donner raison, « vous « reconnaissez que Christ a confié à saint Pierre les clefs du royaume u céleste ; a-t— il donné un tel pouvoir a Columban? n L’évêque dut répondre que non. « Alors, j’aime mieux obéir au portier du ciel « , continua Osvvi, a de peur que, lorsque j’en atteindrai les portes, celui qui garde les clefs ne me tourne le dos et qu’il ne reste personne pour m’ouvrir. » Le jugement d’ Osvvi fut exécuté à Lindisfarnc, et Colman, suivi de tous les moines irlandais et de trente frères anglais, quitta le monastère de Saint-Aidan pour se rendre à loua. Quelque secondaires que fussent les points en discussion entre les deux Eglises romaine et irlandaise, la question de la communion à laquelle appartiendrait la Northumbrie devait être d’une immense importance pour la suite de l’histoire d’Angleterre. Si l’Église d’Aidan avait définitivement remporté la victoire, l’histoire ecclésiastique de l’Angleterre eût probablement été la même que celle de l’Irlande. Privée de l’esprit d’organisation qui fit la force de l’Église romaine, l’Église celtique en Irlande mit à la base du gouvernement ecclésiastique le système des dans répandu dans le pays. Aux querelles de tribus vinrent s’ajouter les controverses ecclésiastiques, et le clergé, privé de toute influence spirituelle véritable, ne contribua qu’à augmenter le désordre dans l’État. Des centaines d’évêques errants, l’autorité religieuse ' entre les mains des chefs héréditaires, le divorce entre la piété et la moralité, l’absence de ces laigcs et bienfaisantes influences (pii naissent du contact avec le monde extérieur, tel est le tableau que nous offre l’Église d’Irlande jusqu’à une époque très-rapprochée de nous.

C’est d’un tel chaos (pie l’Eglise d’Angleterre fut sauvée par la victoire de Rome au synode de Whitby.

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