‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 165 sur 255 · LA RÉVOLUTION L A N G A S T R I E N N E · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION L A N G A S T R I E N N E

tête des mécontents un chef capable et peu scrupuleux, Henri, comte de Derby et duc de Hereford.

Fils aîné de Jean de Gand, Henri avait d’abord combattu son royal cousin ; mais ensuite, il avait loyalement soutenu Richard contre le duc de Glocester. Malgré cela, à peine Richard avait-il tiré vengeance de Glocester, qu’il tourna son pouvoir reconquis contre la maison de Lancastre; et, profitant d’une querelle entre les ducs de Hereford et deMorfolk, dans laquelle .chaque parti accusait l’autre de trahison, il les banîiit tous deux de son royaume. L’exil fut bientôt suivi de la proscription, et, à la mort de Jean de Gand, Henri se trouva privé à la fois de son titre et de ses biens. Au moment où il venait ainsi d’exaspérer son cousin, Richard passait en Irlande pour y achever l’œuvre de conquête et d’organisation qu’il y avait commencée. L’archevêque Arundel, exilé comme le comte, engagea celui-ci à profiter de l’absence du Roi pour tenter de revendiquer ses droits.

Échappant à la vigilance de la cour de France qui lui avait donné asile, Henri débarqua avec une poignée d’hommes sur la côte du Yorkshire, où il fut rejoint par les chefs des grandes maisons de Percy et de Neville, les comtes de iVorthumberland et de Westmoreland, et, à la tête d’une armée qui grandissait à chaque pas, il entra triomphalement dans Londres. Le duc d’York, auquel le Roi avait laissé la régence, réunit ses forces h celles de Henri, et quand Richard remit le pied en Angleterre, son royaume était perdu pour lui. Sa propre armée l’abandonna, et celle que le comte de Salisbury s’était efforcé de réunir dans le nord du pays de Galles pour soutenir la cause royale, s’était débandée avant même que le Roi ait pu la rejoindre.

Invité à se rendre à Flint, pour avoir une entrevue avec le duc de Lancastre, Richard se vit entouré d’une armée de rebelles. « Je suis trahi ! » s’écria-t-il, en voyant ses ennemis apparaître sur les collines environnantes et se diriger vers lui ; « il y a des peinions et des bannières dans la vallée. « Mais il était trop tard pour reculer. On s’empara de Richard et on l’amena devant son cousin. « Je suis venu avant mon heure « , dit Lancastre, a mais je vais vous en dire la raison. Votre peuple, monseigneur, se plaint de ce que pendant vingt ans vous l’avez traité durement; cependant, s’il plaît à Dieu, je vous aiderai à le mieux gouverner. » — « Beau cousin » , répondit le Roi, « si c’est votre bon plaisir, cela me plaît aussi. » Mais Henri ne devait pas se contenter d’une part dans le gouvernement. Le Parlement, qui se réunit à Wesminster-Hall (1399), reçut avec des tonnerres d’applaudissements une déclaration par laquelle Richard renonçait à la couronne, se reconnaissant incapable et indigne de régner. Cette résignation fut du reste confirmée par un acte solennel de déposition. On lut le serment du sacre; et, après avoir établi que Richard avait manqué à ses promesses, un vote solennel des deux Chambres le déposa des charges et de l’autorité royales.

Conformément aux lois d’hérédité, telles que les avaient établies les légistes féodaux, par une assimilation avec l’hérédité dans les domaines ordinaires, la couronne aurait dû passer à une maison qui avait pris une part active aux révolutions sous les Edouard. L’arrière-petit-fils de Mortimer, qui avait provoqué la déposition d’Edouard II, avait épousé la fille et l’héritière de Lionel de Clarcnce, troisième fils d’Edouard III. Richard n’ayant pas d’enfants, et le second fils d’Edouard III étant mort sans enfants, Edmond, son petit-fils jiar ce mariage, se trouva au premier rang des prétendants à la couronne ; mais il n’était encore qu’un enfant de six ans, et le droit strict d’hérédité n’avait jamais été formellement reconnu comme s’appliquant à la couronne; le Parlement pouvait donc appuyer sur des précédents son droit, dans un cas pareil, de choisir un successeur parmi les autres membres de la famille royale. Cependant, Henri, avec l’adresse qui le caractérisait, pour éviter de paraître recevoir la couronne du choix seul de la nation, fit valoir à la fois ses droits d’hérédité et un prétendu droit de conquête. Il se leva de son siège, et, solennellement, réclama la couronne « par le droit que je tiens de mon ancêtre en ligne directe, le bon roi Henri III, et parle droit que la grâce de Dieu m’a conféré en me faisant recouvrer la couronne avec l’aide de mes parents et de mes amis, au moment où ce royaume risquait d’être détruit par le défaut de gouvernement et l’abolition des bonnes lois ». Quelque irrégulière que fût cette réclamation, elle fut justifiée par la sanction solennelle du Parlement. Les deux archevêques, prenant le nouveau souverain par la main, l’assirent sur le trône, et Henri ratifia par quelques paroles officielles son pacte avec le peuple. « Messieurs » , dit-il aux prélats, lords, chevaliers et bourgeois réunis autour de lui, « je remercie Dieu et vous-mêmes, seigneurs spirituels et temporels, et tout le pays. Je ne veux pas qu’aucun de vous puisse penser que, par voie de conquête, je déposséderais qui que ce soit de son héritage, de ses franchises, ou des autres droits qu’il pourrait avoir, et que je voudrais le chasser des biens qu’il possède ou a possédés par les bonnes lois et coutumes du pays, à l’exception de ceux qui ont été contraires au bien ou à l’avantage général du royaume. »

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