LA MAISON DE LANCASTRE
qui jusqu’alors avaient paralysé les efforts des évêques furent abolies par un acte (1401) qui leur accordait le pouvoir de faire des arrestations sur une simple rumeur publique, de mettre l’accusé en jugement et de le condamner à la prison. Ce n’était encore que le prélude des mesures plus iniques encore connues sous le nom à' Ordonnances des hérétiques. Par cet acte infâme, la première loi sanguinaire de persécution’ religieuse qui ait souillé la législation anglaise, les evêques avaient non— seulement le droit d’arrêter et d’emprisonner, mais l’autorisation de livrer, pour être brûlés en place publique, tous ceux qui prêcheraient ou enseigneraient l’hérésie, tous les auteuis ou les détenteurs de livres hcretiques, tous ceux enfin qui refuseraient d’abjurer leur erreur ou qui reviendraient sur leur abjuration. La première victime de cette ordonnance fut William Sawtre, qui avait quitté son rectorat de \Torfolk pour -aller répandre la nouvelle doctrine. Un laïque, Jean Badbie, fut livré aux flammes en présence du prince de Galles pour avoir nié la transsubstantiation. Les gémissements qu’il laissa échapper furent considérés comme une abjuration, et le prince ordonna qu’il fût retiré des flammes; on offrit au lollard la vie sauve et la promesse d’une pension, mais rien ne put l’ébranler, et on le jeta de nouveau dans les flammes.
Les révoltes constantes qui faillirent ébranler le trône de Henri IV sont dues probablement au ressentiment que de telles abominations excitaient chez les réformés. Mais le Roi montra de quelle habileté il était doué par la manière dont il sut conserver son pouvoir pendant ces années de trouble. A peine avait-il réprimé une conspiration, ourdie par deux demi-lrères de Richard, les comtes de Huntington et de Kent qu’une nouvelle rébellion éclata. La famille des Percy, mécontente de l’ingratitude d’un roi qu’elle prétendait avoir élevé au trône, prit les armes contre lui, et Ilotspur, le fils du duc de Northumberland, s’allia avec les Ecossais et les insurgés du pays de Galles. Sa défaite et sa mort (1403) après une lutte acharnée près de Shrewsbury, éloignèrent momentanément le danger ; mais, trois ans plus tard, son père se mettait à la tête d’une nouvelle insurrection ; et, quoique la capture et l’exécution de son allié Scrope archevêque d’York, aient forcé Northumberland à passer la frontière, il resta un véritable danger pour le trône jusqu’à ce qu’il eût trouvé la mort dans une nouvelle invasion.
Pendant ce temps le pays de Galles, si longtemps soumis, voulut profite. de la faiblesse de 1 Angleterre pour secouer le joug des conquérants, et tout le pays se souleva a l’appel d’un aventurier, Owen Glendovver ou de Glendowerdy, qui se déclarait descendant des premiers Gallois. Owen laissa 1 armee anglaise penetrer dans le pays et se débattre contre la famine et les orages de ces régions montagneuses. Mais, dès que les envahisseurs commence! en ta se retirer, il sortit de ses inaccessibles places fortes et remporta < es victoires qui gagnèrent à sa cause tout le nord du pays de Galles et
une grande partie du sud. Pendant ce temps, Charles VI envoyait des forces françaises à son aide. Ce ne fut qu’après avoir rétabli la paix en Angleterre même, que Henri se trouva assez fort pour prendre sa revanche. Après quatre ans de lentes et laborieuses campagnes, il réussit à détacher d’Owen le sud du pays de Galles. Le nord, découragé par des défaites successives, abandonna peu à peu le drapeau de son chef. Celuici, repoussé dans l’invasion hardie qu’il fit dans le Shropshire, se réfugia dans les montagnes de Snowdon, où il semble avoir tenu bon presque seul jusqu’à sa mort.
La soumission du pays de Galles affermissait contre tout danger extérieur le trône des Lancastrc. Mais les Lollards étaient toujours, à l’intérieur, une cause permanente de troubles. Ils bravaient audacieusement la nouvelle ordonnance et ses terribles pénalités. Le comte de Salisbury avait trouvé la mort dans une des révoltes qui éclatèrent contre Henri; sa tête ensanglantée fut reçue à Londres par une procession d’abbés et d’évêques chantant des cantiques d’actions de grâces. Il fut remplacé comme chef du parti par l’un des plus illustres guerriers du temps. Sir John Oldcastle, que son mariage avait élevé au rang de lord Cobham, ouvrit aux Lollards son château de Cowling pour en faire leur quartier, général; il protégea et recueillit leurs prédicateurs, et refusa d’obéir aux prohibitions et aux sentences des évêques.
Henri IV mourut, usé par tous les troubles de son règne, sans avoir osé entrer en lutte avec un adversaire aussi formidable (janv. 1414). Mais son successeur, d’une nature plus énergique, n’hésita pas. Il lança un nouveau décret royal contre les prédicateurs. Oldcastle fut assiégé dans son château et emprisonné à la Tour. Il réussit bientôt à s’échapper, et son évasion fut le signal d’une révolte des Lollards. Ils furent secrètement avertis de se rassembler une nuit aux champs de Saint-Giles. Nous savons, sinon les véritables motifs de la révolte, au moins la terreur qu’elle causa, par ces paroles de Henri, disant « qu’ils voulaient le tuer, ainsi que ses frères et plusieurs des prélats et des nobles « . Mais la vigilance du jeune roi, qui fit garder les portes de la ville, empêcha les Lollards de Londres d’opérer leur jonction avec leurs frères des campagnes, et ceux qui apparurent au lieu du rendez-vous furent dispersés par les troupes royales. Les lois n’en devinrent que plus rigoureuses. Les magistrats étaient contraints d’arrêtei tous les Lollards et de les livrer aux évêques ; tout hérétique pouvait se voir confisquer ses biens ou enlever ses enfants, et l’exécution de trenteneuf des principaux Lollards fut suivie, quelques années plus tard, par l’ arrestation d’Oldcastle lui-même. Malgré son rang, malgré l’amitié qui l’avait lié au Roi, lord Côbliam enchaîné fut suspendu vivant au-dessus d’un feu qui brûlait lentement (1418).
Azincourt. — Après la mort de John Oldcastle, l’activité politique des