THEODORE
Théodore (663-690). — L’Eglise d’Angleterre, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est, en ce qui concerne son organisation extérieure, l’œuvre d’un moine grec, Théodore de Tarse, que Rome envoya occuper le siège de Ganterbury en 668, après la victoire de Whitby, pour bien affermir sou autorité.
L'œuvre de Théodore, en ce qu'elle eut de plus important, fut déterminée par l'histoire antérieure du peuple anglais. La conquête du continent avait été faite soit par des peuples tels que les Golhs, qui étaient déjà chrétiens, soit par des païens comme les Francs, qui acceptaient la foi des nations qu’ils subjuguaient. Ce fut à celte conformité de religion entre les envahisseurs germains de l'Empire et leurs sujets romains que l’on dut le salut de tout ce qui restait de la civilisation romaine. Partout, l’Eglise demeura * intacte et respectée. L'évêque chrétien devint le défenseur des Italiens ou des Gaulois vaincus contre les conquérants gotlis ou lombards, le médiateur entre les Germains et leurs sujets, le garant contre la violence ou l’oppression. Aux yeux du Barbare, il restait le représentant de tout ce qui avait été grand dans le passé, le souvenir vivant des lois, des lettres, des arts. Mais en Bretagne il n’en était pas ainsi : le peuple et ses prêtres avaient été massacrés ensemble. Quand Théodore vint réorganiser l’Eglise d'Angleterre, le souvenir même de l'ancienne Eglise chrétienne, celle qui avait existé lors de la domination romaine, avait disparu. Les premiers missionnaires arrivant en étrangers dans nu pays païen, s’adressaient d’abord aux rois qui étaient leurs premiers convertis et dont la conversion était généralement suivie par celle de leur peuple. Les évêques anglais furent ainsi dès l’abord des chapelains royaux, et leur diocèse fut un royaume. On retrouve encore, dans les limites des diocèses existants, les limites de royaumes oubliés depuis longtemps. Ainsi, le siège de Bochester était autrefois un obscur royaume du Kent occidental, et, en suivant sur la carte la frontière de P ancien évêché de Lichfield, on retrouve les limites du royaume de Mercie.
La première chose que lit Théodore fut d’ajouter de nouveaux sièges aux anciens; puis il les groupa tous autour de Ganterbury, qui en devint le centre. Tous les liens cjui pouvaient encore exister entre l’Angleterre et l’Eglise d’Irlande furent brisés. A la suite de la fuite de Colman el de ses moines, Lindisfarne tomba dans l’oubli. Les nouveaux prélats, qui se réunissaient souvent en synodes, reconnurent l’autorité du primat. L’organisation épiscopale fut suivie de l'organisation paroissiale. Le système flottant des stations-missionnaires, d’où les prêtres et les évêques partaient pour aller prêcher et baptiser de lieu en lieu, comme Aidan partait de Lindisfarne ou Cuthbcrt de Mclrose, disparut naturellement quand le pays entier fut devenu chrétien. Au lieu de missionnaires, il y eut un clergé régulier. Les terres des propriétaires, des nobles anglais, formèrent des paroisses qui eurent pour prêtres les anciens chapelains; de son côté, le
LE ROYAUME DE N O RT 11 U Al B R I E (007-685).
chapelain du lîoi était devenu évêque, et le royaume était son diocèse. Une source permanente d’enrichissement pour le clergé fut, dans la suite, le rétablissement de R ancien système juif de la dîme, ou don annuel a l’Eglise du dixième des produits du sol. La discipline ecclésiastique même fut réglée dans un code des péchés et des pénitences où le régime des compensations, que nous avons vu à la base de la législation germanique, vint se mêler aux relations de l'aine avec Dieu.
La Mercie sous Wulfhere. — Le travail d’organisation entrepris par Théodore, accroissement des évêchés, création de diocèses qu’il groupa autour du siège de Cantorbéry, synodes nationaux, lois ecclésiastiques, toute son œuvre fut, sans qu’il en eut conscience, une œuvre politique. Les anciennes divisions en royaumes ou tribus, décidées presque au hasard pendant la conquête, furent abolies à jamais.
Les. plus petits Etats étaient à cette époque tout à fait éclipsés parles trois grands, et de ces trois, la Mercie et le Wessex avaient dû s’incliner devant la puissance delà Northumbrie. Ainsi, on arrivait peu à peu à cette unité nationale qui devait caractériser la nouvelle Angleterre. La politique de Théodore revêtit d’une forme sacrée et entoura de sanctions divines cette unité qui n’avait eu jusqu’alors d’autre base que l’épée. Accoutumés à voir le primat de Canterbury régner seul sur l’Eglise, les Anglais en vinrent peu à peu à la pensée d’élever aussi un trône unique à York, et, plus tard, à Lichlield ou Winchester, pour leur souverain temporel. La régularité des rapports entre le prêtre et l’évêque, entre l’évêque et le primat, dans les affaires ecclésiastiques, servit de modèle à l’organisation civile de l’Etat. Les conciles réunis par Théodore furent les premières assemblées nationales qui s’occupèrent de la législation générale. Ce fut plus tard que les « Hommes sages » du Wessex, de la Northumbrie ou de la Mercie, se décidèrent à venir au « Witenagemote « de toute l’Angleterre. Les synodes ecclésiastiques donnèrent naissance aux parlements nationaux, de même que les canons dictés par les synodes servirent de modèles aux lois nationales. Si le mouvement en faveur de l’unité fut secondé par les tendances centralisatrices de l’Eglise, il le fut aussi par la toute-puissance de la Northumbrie. Au point de vue militaire, le royaume n’avait qu’un seul rival, la Mercie.
Ainsi que nous l’avons vu, la Mercie s’était en partie relevée de l’état dans lequel l’avait jetée la mort de Penda, en secouant le joug des nobles d’Oswi et en choisissant pour roi Wulfhere. Wulfhere était un homme actif et intelligent qui put, grâce à la tranquillité du règne d’Osui, fonder en dix-sept années un gouvernement fort; il rétablit aussi l’autorité des Merci ens sur les tribus de l’Angleterre centrale qui avaient recouvré leur indépendance à la mort de Penda. Pendant quelque temps, il obtint de plus grands succès que son père. Non-seulement l’Essex reconnut sa supré-