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CHAPITRE PREMIER

Restriction des libertés des Communes. — Vers la fin du règne de Henri V,la gloire de la bataille d’Azincourt et tout le génie politique et militaire du Roi ne pouvaient voiler ce qu’il y avait d’humiliant et de pré-

1 Sources : Les Documetits sur les guerres des Anglais en Frayice publiés par le Rév. Jos. Stevenson (1861-1864), et l’ouvrage de Blondel De redactione Normanniae publié dans les Scriptores rer . Brit., fournissent d’abondants renseignements sur la fin de la guerre de Cent ans. Parmi les sources françaises, Ja Chronique de Monstrelet est la plus instructive. Le Procès de Jeanne cV Arc, publié par la Société de l’Histoire de France, est le document essentiel sur la vie de l’héroïne. Pour les affaires d’Angleterre, nous sommes réduits à des récits incomplets, ceux de William de Worcester, Annales rerum Anglicarum (1424-1491), ceux du Continuateur de la Chronique de Croyland (jusqu’en 1486) et ceux de Fabyan. Fabyan, échevin de Londres en 1493 et lancastrien de cœur, n’est utile que pour l’hisfoire de Londres même. Le Continuateur est un des meilleurs chroniqueurs monastiques. Il fit paraître son ouvrage presque au lendemain de la bataille de Bosvvorth ; et, bien qu’attaché à la maison d’York, il est remarquablement impartial, mais il est superficiel et incomplet. Le récit plus développé de Polydore Virgile, supérieur comme style au précédent, mérite moins de crédit à cause de ses sympathies notoires pour la maison de Lancastre et de la date relativement récente de sa rédaction (1534). Les Rôles du Parlement et Rymer sont précieux pour l’étude de cette période. Parmi les écrivains modernes, citons Michelet, qui, dans .son Histoire de France (t. V), nous a tracé un portrait de la Pucelle d’Orléans à la fois exact et plein de la plus touchante poésie ; citons encore lord Brougham ( England under the House of Lancaster ), pour les questions constitutionnelles. L’ Histoire de Charles Vil par M. de Beaucourt est un recueil précieux de faits et de documents. Voyez aussi le livre de M. Luce : Jeanne dy Arc à Domrémy .

caire dans la situation de la maison de Lancastre. Sans racines dans le pays, continuellement menacée par les revendications des Mortimer et embarrassée par une guerre ruineuse avec» la France, elle avait vu la dette publique s’élever à quatre millions de livres sterling et les dépenses annuelles dépasser les revenus de près du double. La longue minorité de Henri VI, âgé de neuf mois à peine à la mort de son père, ainsi que l’incapacité dont il fit preuve plus tard, laissèrent la royauté à la merci du Parlement. Celui-ci ne représentait pour ainsi dire plus que les barons et les grands propriétaires. Les Communes conservaient le droit d’accorder les subsides et de contrôler leur emploi, de donner leur avis dans tous les débats sur les questions législatives et de mettre les" ministres en accusation ; mais depuis longtemps la Chambre basse avait cessé de représenter les Communes dont elle portait le nom. Les bourgs voyaient chaque jour restreindre leurs franchises et privilèges, si bien qu’on ne pouvait, sans dérision, parler des libertés municipales. Jusqu’alors il avait suffi qu’un homme fût établi dans un bourg et payât régulièrement scs impositions, pour obtenir le droit de bourgeoisie; mais ce système libéral fut singulièrement restreint pendant le règne de Henri VI. Les compagnies de commerçants, qui avaient si énergiquement défendu leur liberté contre la tyrannie des anciennes corporations marchandes, tendaient à se transformer en une sorte d’oligarchie aussi étroite que despotique. La plupart des bourgs, à cette époque, avaient acquis la propriété de leur territoire; et, pour s’en assurer la jouissance et éviter de la partager avec des étrangers, les bourgeois obtinrent de la couronne des chartes d’incorporation.

On excluait sévèrement de l’association tous ceux qui n’étaient pas bourgeois de naissance, ou qui n’achetaient pas leur droit d’entrée par un long noviciat. Ajoutez à cela que, dans presque toute l’Angleterre, depuis l’échec de F insurrection communale du treizième siècle, le gouvernement des villes avait passé de rassemblée libre des citoyens réunis en borough mote aux mains de Conseils des Communes, recrutés par cooptation ou nommés par les plus riches d’entre les bourgeois. C’est à ces privilégiés, et même parfois à un petit nombre seulement d’entre eux, que les nouvelles chartes accordaient le droit de choisir les représentants au Parlement.

L’aristocratie s’efforcait de son côté de restreindre autant que possible les franchises des comtés, qui tendaient à s’étendre chaque jour davantage, grâce â la révolution économique et sociale. Le nombre des francs tenanciers s’était rapidement accru par suite de la division des propriétés et des divers changements sociaux dont nous avons parlé, tandis qu’on voyait grandir l’esprit d’indépendance, comme le prouvent les rixes et les querelles continuelles entre gentilshommes et gens du peuple, querelles que la noblesse attribuait au nombre excessif des électeurs,. Tel était l’état des choses au commencement du règne de Henri VI, lorsqu’un décret du gou-

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