LA PERTE DE LA FRANCE
élevé au rang de cardinal, et qui gouvernait encore le pays, grâce au conseil de régence, malgré l’hostilité déclarée du duc de Glocester; il versait sans cesse une partie de ses immenses richesses dans le Trésor épuisé; ses prêts s’élevèrent bientôt à un demi-million de livres sterling (12,500,000), et il envoya sans scrupule au duc de Bedford l’armée qu’il avait levée à ses frais pour prendre part en Bohême à la guerre des hussites. Le cardinal fit preuve aussi d’un rare talent diplomatique en concluant à plusieurs reprises des trêves avec l’Ecosse, et en empêchant le rapprochement de la France et de la Bour-
gogne.
La mort du duc de Bedford (1435) fut un coup fatal pour la cause anglaise. Philippe le Bon s’allie avec Charles VII, Paris se soulève et ouvre ses portes au nouveau roi de France, et au bout de quelque temps l’Angleterre ne possédait plus que la Normandie et les forteresses de la Picardie, du Maine et de l’Anjou. Les armées anglaises, réduites de moitié, combattaient avec autant de bravoure et d’acharnement qu’aux jours de triomphe. Lord Talbot, le plus audacieux des généraux anglais, traversa la Somme avec de l’eau jusqu’au menton, pour délivrer le Crotoy, et lança ses hommes à la nage dans l’Oise, pour forcer les Français à lever le siège de Pontoise. Malgré tous ces efforts et les objurgations du parti de la guerre, les grands prélats, restés â la tête des affaires après la retraite du cardinal de Beaufort, comprirent que le succès n’était plus possible. Ils offrirent de s’en tenir aux termes du traité de Brétigny ; après une courte trêve, que l’Angleterre acheta par la mise en liberté du duc d’Orléans, elle proposa un traité de paix par l’entremise du comte de Suffolk, devenu premier ministre de Henri VI. Il négocia un mariage pour son maître avec Marguerite d’Anjou, fille de René, roi titulaire de Sicile et de Jérusalem, et duc nominal du Maine et de l’Anjou. L’Angleterre cédait ces provinces pour conclure cette alliance, prélude, selon Suffolk, d’une paix définitive (1445).
Un crime atroce assura le triomphe des partisans de la paix. Glocester, qui avait retrouvé son ancienne influence après la retraite de Beaufort, et qui s’était mis à la tête du parti de la guerre, fut cité à comparaître devant leParlement, réuni à Saint-Edrnundsbury, pour répondre du crime de haute trahison; arrêté aussitôt, on le trouva, peu de jours après, mort dans son lit (1447). Mais Suffolk fut pris dans ses propres filets; pendant que Charles VII lui arrachait le Mans en menaçant de le prendre de force, les principaux articles du traité restèrent sans effet. La lutte devint chaque jour plus désespérée. En deux mois, la Normandie tombe aux mains de Dunois; Rouen se révolte contre sa garnison anglaise et ouvre ses portes au Roi. La défaite de trois mille Anglais à Formigny fut le signal d’un soulèvement général. La capitulation de Cherbourg ne laissa plus à Henri un pouce de territoire en Normandie.; mais l’œuvre du roi de France
JEANNE D'ARC (l 422-1451).
n’était pas achevée; il envahit la Guyenne, restée jusqu’alors fidèle à l’Angleterre. Ne recevant aucun secours d’outre-Manche, elle fut obligée de se soumettre (1451). La guerre de Cent ans finit non-seulement par la perte des conquêtes éphémères faites depuis Edouard III, à l’exception de Calais, mais aussi par celle de la province méridionale qui était toujours restée à l’Angleterre depuis le mariage d’Eléonore, duchesse de Guyenne, et de Henri II. La France se trouva dès lors plus grande et plus redoutable que jamais (1453).