‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 175 sur 255 · LE FAISEUR DE ROIS · texte numérisé non relu

LE FAISEUR DE ROIS

lement ; sa réputation comme général en chef était solidement établie par les brillantes victoires qui avaient écrasé la maison de Lancastre, et surtout par le triomphe définitif de Tovvton. Cependant peu d'hommes étaient plus loin que lui de l’idéal féodal. Actif, habile et impitoyable dans la lutte, Warwick, à en croire ses contemporains, avait peu de courage personnel; il était meilleur général que soldat et plus diplomate encore que militaire ; il excellait dans l’intrigue et les ruses traîtresses, et n’avait pas son pareil pour ourdir des complots et tramer des défections.

Le jeune Edouard IV, qu’il avait placé sur le trône, n’étaitpas seulement un général accompli, mais un politique dont l’esprit vif et délié devait ■exercer une profonde et durable influence sur la forme même de la monarchie anglaise. Il n’avait guère que dix-neuf ans lors de son avènement. La parenté de Warwick avec les York (il était cousin du Roi) et ses récents services le rendirent tout-puissant pendant les trois premières années du nouveau règne. Mais la ruine définitive de la cause de Henri VI à la bataille d’Hexliam fut le signal d’une hostilité sourde entre Edouard et son ministre. Le premier grief de Warwick fut la reconnaissance officielle du mariage secret contracté par le Roi avec la veuve d’un seigneur lancastrien, lady Élisabeth Grey, et l’élévation de la famille de la Reine aux honneurs, avec l’intention évidente de contre-balancer l’influence des Neville. Son frère, lord Rivers, devint connétable ; son fils du premier lit fut marié à l’héritière du duc d’Exeter, dont Warwick avait déjà demandé la main pour son neveu. Warwick recherchait R alliance de la France; il avait déjà vu échouer un projet de mariage entre Edouard IV et une princesse française. Lorsqu’il passa la mer afin de conclure l’union de Marguerite, sœur du Roi, avec un prince du sang de France, Edouard IV profita de son absence pour enlever les sceaux à Georges Neville et pour unir Marguerite à Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, l’ennemi juré de Louis XI et de Warwick.

Il sembla un moment que la chute d’Edouard IV fût imminente. Warwick répondit au défi d’Edouard en donnant sa fille Isabelle Neville en mariage à Georges, ducde Clarence, frère du Roi, et en excitant une révolte qui mit Edouard à la merci de son redoutable vassal. Pour prix de sa liberté, Warwick exigea du Roi, encore sans enfants mâles, qu’il reconnût les Neville comme héritiers de la couronne, et qu’il consentit aux fiançailles de sa fille encore en bas âge avec le fils de lord Montagu, le chef futur de cette maison de Neville.

Cependant l’ambition du comte n’était pas encore satisfaite, et il se disposait à soutenir une nouvelle insurrection qui avait éclaté à son instigation dans le Lincolnshire, lorsque Edouard, par une marche rapide, remporta une victoire décisive sur les rebelles. Nous ne pouvons malheureusement, vu l’insuffisance des documents contemporains, nous rendre

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compte de ces soudains revirements de fortune, et de la panique inexplicable qui contraignit Warwick, après cet échec assez insignifiant, à se réfugier en France, où le roi Louis XI était trop heureux d’accorder sa protection à rennemi d’Edouard IV, le fidèle allié de la maison de Bourgogne. Le comte mit le comble à son impudence en se réconciliant avec les partisans des Lancasfcre et en s’engageant à rétablir sur le trône Henri VI, qu’il avait lui-même enfermé à la Tour, sous la condition expresse que la reine Marguerite consentirait au mariage du prince de Galles avec la fille de Warwick, Anne Neville. Profitant d’un moment où Edouard était occupe dans le Nord à écraser une révolte et où la flotte bourguignonne, croisaiit dans la Manche, avait été dispersée par une tempête, il se jeta hardiment sur les côtes d’Angleterre. Le comté de Kent se souleva en sa faveur; et bientôt après, la trahison de lord Montagu, à qui Edouard avait conservé sa confiance, obligea le Roi a se réfugier avec une poignée de fidèles partisans à la cour de Bourgogne. Henri de Lancastre fut encore une fois tiré de prison et rétabli sur le trône ; mais l’ardente haine du parti que Warwick avait autrefois si cruellement foulé aux pieds ne pouvait se changer subitement en sentiments de reconnaissance pour le Faiseur de rois. L’attitude du comte et de ses partisans, lors du débarquement du roi Edouard à Ravenspur, au printemps suivant, montra qu’ils étaient déjà fatigués de leur nouvelle alliance, et quelque peu effrayés à la pensée de l’arrivée imminente de Marguerite d’Anjou.

Edouard IV s’était présenté dans les comtés du Nord, où la maison de Lancastre comptait Je plus de partisans, déclarant hautement qu’il abandonnait ses droits à la couronne et ne venait réclamer que son duché héréditaire. Lord Montagu, qui aurait pu l’écraser avec son armée, le laissa passer ; il marcha sur Londres, fut rejoint eu chemin par son frère C.larence, qui n’avait rien fait que de concert avec Warwick, et se fit ouvrir les portes de la capitale par l’archevêque d’York, propre frère du Faiseur de rois. Celui-ci, campé à Coventry, essaya d’entrer en négociations avec Edouard pour changer de nouveau de parti; mais le Roi se sentait assez fort pour ne pas garder de ménagements, et Warwick, désespérant d’obtenir son pardon, marcha sur Londres. La bataille de Barnet, où le carnage dura six heures "et où la victoire ne fut due qu’à la trahison, se termina par la mort de Warwick, frappé au .moment où il allait se réfugier dans les bois. Marguerite avait débarqué trop tard pour porter secours à son puissant allié; mais le triomphe d’Edouard fut complété par son habile stratégie. 11 força la Reine à livrer bataille à Tewkesbury. Elle fut complètement battue et tomba aux mains des vainqueurs. Son plus jeune fils, frappé au visage par le Roi, d’un gantelet de fer, au moment où il implorait sa pitié, lut poignardé, assure-t-on, par les seigneurs yorkistes; enfin l’assassinat de Henri VI dans sa prison acheva de ruiner les dernières espérances des partisans de la Rose Rouge (1471).

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