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CHAPITRE III

La nouvelle monarchie. — Peu cio périodes de l’histoire d’Angleterre nous semblent aussi fastidieuses et aussi répugnantes que l’époque de la guerre des Deux Roses; ce ne sont que mêlées furieuses, exécutions atroces, trahisons honteuses, rendues plus odieuses encore par l’égoïsme des mobiles qui poussaient les combattants, par l’absence de noblesse et d’esprit chevaleresque dans la lutte elle-même, et enfin par l’insignifiance des résultats. Cependant, au plus fort de la lutte, l’Angleterre inspirait à un homme d’Etat philosophe des sentiments tout autres que l’horreur et le dégoût. Le froid et impartial Philippe de Commines s’étonnait de voir que « dans un pays où la guerre civile sévissait avec violence, aucun édifice n’eût été détruit ni même endommagé, et que tout le poids de la guerre retombât sur ceux qui la dirigeaient « . En effet, les grands barons et leurs vassaux avaient seuls souffert de cette lutte sanglante. 11 est vrai qu’une ou deux fois, à Towton par exemple, les villes s’étaient jetées dans le parti yorkiste, mais presque partout les classes commerçantes et industrielles restèrent complètement étrangères aux événements qui se déroulaient sous leurs yeux. Non-seulement le commerce n’eut pas à souffrir de cette guerre, niais, au contraire, il se développa rapidement, grâce à l’étroite

1 Sources : Ajoutons aux documents déjà cités les Lettres et Papiers de Richard III et de Henri VII, publiés par M. ( jairdner, dans les Scriptores ver. B rit., ainsi que la Chronique d’ Edward Hall , qui va de Henri IV à Henri VIII. Edouard V a trouvé un historien dans sir Thomas More, qui tenait, sans doute, la plupart de ses renseignements de l'archevêque Morton ; c’est le premier ouvrage historique de valeur en prose anglaise. Lord Bacon a écrit une Vie de Henri VII. Miss Hasted, dans sa Vie de Richard III, a soigneusement éclairci les points obscurs d’un règne d’une certaine importance pour l’histoire de la constitution anglaise. M. Gairdner ( Life and reign of Richard III) s’est fait le défenseur de la tradition et s’applique à réfuter les Historié Doubts d’ Horace Walpole. Sur les idées du célèbre jurisconsulte, sir John Eortescue, voyez son traité : Of the Governance of England, publié par AT. Plummer. Enfin, pour l’histoire économique, les deux volumes compactes de Schanz : Englisclie Handels politik, fournissent des détails très-abondants. Voir pour Caxton les excellentes biographie et bibliographie de M. Blades, ainsi que les publications de la Gaston Society.

alliance de l’Angleterre avec la Flandre et la maison de Bourgogne. Ce qui prouve à quel point la paix générale fut peu troublée, c’est que, au moment où la féodalité s’écroulait dans la mêlée des guerres civiles, la justice continuait paisiblement son cours, les tribunaux siégeaient toujours à Westminster, les juges faisaient comme autrefois, à cheval, leur tour d’Angleterre, enfin le système du jury tendait de plus en plus à se rapprocher de sa forme actuelle. Or, en séparant les fonctions de juré de celles de témoin , on admettait pourtant encore que les jurés se servissent des renseignements personnels qu’ils avaient sur les affaires pour arriver à une conclusion. Mais s’il est inexact de regarder cette période de la guerre des Deux Roses simplement comme une époque d’anarchie, de sang et de trahisons, il est plus erroné encore de parler du peu d'importance de ses résultats. 11 ne s’agit pas ici seulement du renversement d’une maison royale par une famille rivale, mais des libertés mêmes de l’Angleterre, qui se trouvèrent sinon détruites, du moins arrêtées dans leurs progrès pour plus dé deux cents ans.

L’Angleterre était alors, selon les propres expressions de Commines, a l’État de l’Europe où les intérêts de tous sont le mieux sauvegardés et où le peuple est le moins opprimé » . Le roi d’Angleterre, remarque ce pénétrant observateur, « ne peut rien entreprendre sans assembler le Parlement, ce qui est du reste très-sage et très-prudent, car ces rois-là sont mieux servis et avec plus de zèle que les souverains despotiques du continent U . L’Angleterre pouvait se vanter, comme l’écrivait en ce temps-là sir John Fortescue, « de n’être pas une monarchie absolue, mais limitée, où la volonté du Roi ne faisait pas loi, mais où il ne pouvait ni toucher à la législation ni augmenter les impôts sans le consentement de. ses sujets » . Jamais le Parlement n’avait joué un rôle aussi considérable dans le gouvernement du pays ; jamais les principes de liberté constitutionnelle n’avaient paru si chers à la nation, qui en comprenait toute la valeur. La longue lutte parlementaire entre la couronne et les deux Chambres, depuis le temps d’Edouard 1er, avait solidement établi les bases fondamentales de la liberté nationale : le droit de voler les impôts et les lois, l 'habeas corpus, la responsabilité des fonctionnaires, même des plus haut placés, vis-à-vis du Parlement et de la loi.

A peiné la guerre de succession terminée, cette liberté disparut tout à coup. Nous entrons alors dans une période de réaction qui détruisit en peu de temps l’œuvre lente de plusieurs siècles. La vie parlementaire est presque suspendue ou réduite à une pure formalité par l’influenee de la couronne. Le Conseil Royal usurpe le pouvoir législatif des deux Chambres ; les taxes arbitraires reparaissent sous forme d'emprunts forcés et de dons gratuits ; la liberté personnelle est presque annihilée par un vaste système d’espionnage et par d’innombrables emprisonnements illégaux; enfin la justice se dégrade par l’abus des décrets de proscription et de confiscation,

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