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CHAPITRE IV

L’Humanisme. — Pendant que l’Angleterre tremblait devant les horreurs de la guerre civile, ou sommeillait sous la domination écrasante de Henri VU, de grands changements étaient survenus dans le monde civilisé, les plus importants qu’on eût vus depuis le triomphe du christianisme et la chute de l’empire, romain. Les limites du monde connu se trouvaient soudain élargies ; les découvertes de Copernic révélaient à l’homme le secret de l’univers ; d’audacieux marins portugais doublaient le cap de Bonne-Espérance, et leurs navires de commerce jetaient l’ancre dans les ports de l’Hindoustan ; Colomb traversait un Océan jusqu’alors inexploré pour ajouter un nouveau monde à l’ancien. Sébastien Cabot, parti du port de Bristol, se frayait un chemin entre les bancs de glaces du Labrador. Ce contact subit av ec de nouveaux pays, de nouvelles croyances, de nouvelles races, provoqua un soudain éveil dans FintelligQnce assoupie de l’Europe. Le premier livre de voyages qui parlait du Nouveau Monde, les Aventures cV Am éric Vespuce , était dans les mains de tous, à l’époque où parut Y Utopie de More. L’ Utopie elle-même, avec ses spéculations grandioses sur tous les différents problèmes de la pensée et de la vie humaine, nous montre à quel point les générations nouvelles avaient violemment et radicalement rompu avec l’étroitesse et les préjugés du moyen âge. La prise de Constantinople par les Turcs et l’arrivée en Italie des savants grecs fuyant devant l’ennemi, firent revivre la science et la littérature de l’antiquité au moment où la sève du moyen âge se trouvait entièrement épuisée.

' Sources : M. Hallam a donné une idée aussi exacte que complète de l’état des lettres à cetle époque dans son Histoire des littératures de V Europe . Warton est intéressant, mais confus, dans son Histoire de la poésie anglaise . La meilleure édition du livre par excellence de la Renaissance, V Utopie de More, est celle de AI. Arber (1869). Voir pour L ras me et son séjour en Angleterre ses lettres si piquantes dont sa biographie par Jortiu donne quelques extraits. M. Seebohm, dans son ouvrage Oxford Rc former s of 1498, a parlé en excellents termes de Colet et du mouvement théologique. Pour Warham, j’ai fait quelques emprunts à un de mes articles, Lambeth and lhe Archbishops (Macmillan Magazine).

l/HUiVIANISME (1 509- 1 52 O) .

En effet, pas un livre de valeur, à l’exception des ouvrages de sir John Fortescue et de Philippe de Commines, n’avait paru au nord d.es Alpes pendant tout le quinzième siècle. Nous avons déjà vu qu’en Angleterre la littérature était tombée aussi bas que possible ; c’est alors que des érudits grecs exilés furent accueillis en Italie et firent de Florence, l’ancienne patrie de la liberté et des arts, le foyer d’une renaissance intellectuelle. La poésie d’Homère, le drame de Sophocle, la philosophie d’Aristote et de Platon refleurirent à l’ombre du dôme imposant dont Brunelleschi venait de couronner la ville de l’Arno. Florence asservie mettait au service des lettres l’énergie infatigable qu’elle avait dépensée au service de la liberté. Les galères de ses négociants rapportaient d’Orient des manuscrits comme la partie la plus précieuse de leur cargaison ; on voyait dans les palais de beaux fragments de sculptures antiques au-dessous des fresques de Ghirlandajo ; la découverte d’un traité de Cicéron ou de Sénèque sous la poussière dès bibliothèques monastiques était accueilli avec un délire d’enthousiasme par le groupe d’artistes et d’hommes d’Etat réunis aux jardins Ruccellaï. Les étudiants étrangers se portaient en foule au delà des Alpes pour apprendre le grec, la clef de la nouvelle science, chez les savants de Florence.

Grocyn, un fellow de New College, fut peut-être le premier Anglais qui ait étudié le grec sous la direction de l’exilé Chalcondyle, et les leçons de grec qu’il donna à Oxford à son retour d’Italie inaugurèrent une nouvelle période de l’histoire d’Angleterre. Une activité nouvelle se fit jour dans tous les domaines, avec ce réveil* des lettres grecques. Les corps comme les esprits prirent une vigueur renouvelée. La science anglaise ne cessa pas défaire des progrès depuis le jour où Linacre, un autre savant d’Oxford, revenu de Florence, où il avait suivi les leçons d’Ange Politien, ressuscita les anciennes traditions médicales par sa traduction de Galien. La conception d’un christianisme rationnel date, non-seulement en Angleterre, mais dans le monde germanique en général, du séjour de Jean Colet à Florence.

Colet à Oxford. — Il fut évident, dès le premier moment, que la renaissance des lettres aurait en Angleterre un caractère tout différent de celui de la renaissance italienne ; elle devait être moins littéraire, peut-être, moins largement humaine, mais plus morale, plus religieuse, plus pratique dans ses rapports avec la politique et la société. L’énergie et le sérieux de Colet étaient les meilleures preuves de l’irrésistible puissance avec laquelle ce mouvement devait atteindre l’Eglise anglaise. Il revint de Florence à Oxford, complètement indifférent au mysticisme platonicien et * à la demi-incrédulité du groupe de savants qui entouraient Laurent le Magnifique; c’est à peine s’il partageait leurs enthousiasmes littéraires. Pour lui, l’étude du grec semble n’avoir eu d’autre but que de l’aider à

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