‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 180 sur 255 · L A P A ( X P T L TI L M AXIS AI E · texte numérisé non relu

L A P A ( X P T L TI L M AXIS AI E

mais aussi au coup de fortune qui lui avait donné le Nouveau Monde. Trop faible pour s’attaquer à la France sans avoir d’alliés, Henri VII vit dans une alliance avec l’Espagne non -seulement une garantie contre Y ennemi héréditaire, mais une merveilleuse occasion pour l’Angleterre de recouvrer la Guyenne; cette entente fut cimentée par le mariage d’Arthur, prince de Galles, avec la fille de Ferdinand, Catherine d’Aragon ; cette union lut brisée par la mort du jeune prince ; mais Henri VIII, pour rester fidèle à la politique étrangère de son père, demanda une dispense du Pape, qui permit à Catherine d’épouser le frère de son mari, le nouveau souverain .

Pendant les premières années de son règne, au milieu des tournois et des fêtes qui semblaient absorber toutes ses pensées, Henri VIII ne songeait en réalité qu’à profiter des prétextes de guerre que pourrait lui offrir l’ambition de la France. Sous les successeurs de Louis XI, elle avait tenté de conquérir l’Italie ; Charles VIII, après s’étre emparé successivement du Milanais et du royaume de Naples, avait été forcé de repasser les Alpes; mais Louis XII avait réussi à s’établir en Lombardie (1512). Une ligue des Etals italiens se forma sous la direction du Pape pour le chasser d’Italie, et l’Espagne et l’Angleterre se joignirent à eux. Mais de tous les confédérés, Henri seul ne tira aucun profit de cette guerre. « Les Barbares » , pour nous servir de l’expression de Jules II, « étaient chassés au delà des Alpes, » mais Ferdinand ne s’était servi des troupes anglaises, débarquées à Fontarabie pour reprendre la Guyenne, que pour s’assurer la possession de la Navarre. La honte de cette campagne stérile excita encore l’ambition agressive de Henri; il aborda en personne sur la cote septentrionale de la France, mit en déroute la cavalerie française à la bataille peu sanglante de Guinegate, qui reçut à cause de cela le nom de Journée clés Eperons , et s’empara des forteresses de Térouanne et de Tournay. Lejeune vainqueur se préparait à poursuivre la conquête de sou «héritage de France» , lorsqu’il se trouva tout à coup complètement isolé par l’abandon de Ferdinand et la dissolution de la Ligue de Cambrai. Les millions laissés par son père, étaient épuisés, et ses sujets se montraient las de fournir des subsides. Il dut conclure une paix peu glorieuse.

La Paix et l’Humanisme. — - L’explosion inattendue de l’esprit de conquête, la métamorphose de ce monarque qui semblait devoir être le fondateur d’un nouvel ordre de choses, en un conquérant vulgaire, causèrent un amer désappointement à tous les humanistes. Colet tonnait du haut de sa chaire de Saint-Paul contre la guerre, déclarant « qu’une paix injuste est préférable à la guerre la plus juste » , et que « ces hommes de haine et d’ambition, qui ne songent qu’à se détruire les uns les autres, se battent soiis la bannière, non du Christ, mais du Démon » . Erasme, quittant Cambridge, lança une mordante satire contre la folie de son temps :

LH UUANISME (1503-1520).

a C’est le peuple « , dit-il avec une hardiesse qui dut effrayer ses contemporains, « c’est le peuple qui bâtit les cités, et c’est la folie des princes qui les détruit. » Les souverains lui paraissent comme des oiseaux voraces, fondant avec bec et ongles sur les biens des hommes si difficilement amassés et sur les richesses intellectuelles de l’humanité, ce Les rois, qui sont à peine des hommes « , s’écriait-il dans un mouvement d’amère ironie, a reçoivent le surnom de divins, ils sont invincibles y bien qu’ils s’enfuient de tous les champs de bataille ; sereines majestés y bien qu’ils bouleversent le monde par les tempêtes des guerres; illustres , bien qu’ils croupissent dans l’ignorance de tout ce qui est élevé; catholiques , bien qu’ils soient loin de suivre la loi du Christ. Aussi, de tous les oiseaux, celui qui semble être à tous les hommes de sens le type par excellence de la royauté, c’est l’aigle qui n’est ni beau ni doué d’une belle voix, ni bon à manger, mais meurtrier, vorace, liai et maudit de tous, et dont les moyens de faire le mal ne sont surpassés que par son désir d’en faire le plus possible. » C’était la première fois dans Phfcstoire que la religion se séparait résolument des princes, blâmait leur ambition et leur amour de la guerre, et que le nouvel esprit de critique osait, non-seulement mettre en question v.mais nier énergiquement ce qui avait semblé jusqu’ici une des bases fondamentales de l’ordre politique. Nous verrons bientôt jusqu’où fure'nt poussées ces nouvelles spéculations par' un plus grand penseur, mais la conclusion de la paix calma subitement l’indignation des humanistes, qui purent dès lors appliquer leurs idées à des choses pratiques.

Le courant de l’opinion était avec eux. L’imprimerie mettait la littérature à la portée de tous. Pendant les trente dernières années du quinzième siècle, dix mille éditions de livres et de brochures furent, dit-on, répandues dans toute l’Europe, et sur ce nombre plus de la moitié dans l’Italie seule ; à la fin du siècle, tous les auteurs latins se trouvaient entre les mains des étudiants. Presque tous les meilleurs auteurs grecs parurent pendant les vingt premières années du siècle suivant. Au moment de la paix de Londres (1514), cette résurrection des deux grandes littératures classiques faisait pleinement sentir son action. « Pour la première fois « , pour me servir de ^expression pittoresque de M. Taine, « les hommes ouvraient les yeux et voyaient. » Le genre humain semblait gagner de nouvelles forces à la vue du vaste champ qui s’ouvrait devant lui. Il s’attaqua à toutes les branches de connaissances et en peu de temps les transforma complètement ; les sciences expérimentales, la philologie, la politique, la critique religieuse, doivent toutes leur origine à la Renaissance, qui fut pour le monde comme une nouvelle naissance. Si Part perdit beaucoup en pureté et en originalité, il gagna en liberté et en hardiesse dans son imitation de la nature. La littérature, écrasée un moment par la trop puissante séduction des grands modèles de la Grèce et de Rome, refleurit plus noble, plus belle, plus largement humaine que jamais.

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