‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 184 sur 255 · WOLSEY ET LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

WOLSEY ET LE PARLEMENT

Cette puissante centralisation du pouvoir politique et religieux accoutumait peu à peu l’Angleterre au gouvernement personnel que Henri Vil! allait inaugurer, et c’est surtout l’autorité religieuse de Wolsey, représentant du Pape, qui, en supprimant tous les appels à Rome, amena plus tard les Anglais à reconnaître la suprématie religieuse de Henri VIII.

Si grand que fût son orgueil, Wolsey s’humiliait devant son souverain et se regardait comme sa créature; aussi Henri le récompensa-t-il magnifiquement de ses services par le don de l’évêché de Lincoln, du siège archiépiscopal d’York et des revenus de deux autres prélatures dont il n’était que titulaire : l’évêché de Winchester et l’abhaye de Saint-Alban. Wolsey recevait, outre ses émoluments qui étaient énormes, une pension de la France et une autre de l’Espagne. Le chapeau de cardinal vint enfin couronner son ambition. 11 menait un train vraiment royal ; des nobles et des prélats le suivaient partout où il allait ; sa maison, dont chaque office était occupé par des chevaliers et barons du royaume, se composait de cinquante personnes de haute naissance. Fastueux avec ostentation, Wolsey avait fait construire deux spleudides châteaux, Hampton-Court et York- House (plus tard Wliite-Hall), qui devinrent après sa chute des résidences royales. La renommée de son école d’Ipsvvicli se trouva éclipsée par la gloire de la fondation de Cardinal College (de nos jours Christ-Church) , à Oxford. Mais ce pouvoir et ces richesses, c’est du Roi qu’il les tenait. En élevant son favori au faîte du pouvoir temporel et spirituel, Henri VIII concentrait peu à peu entre ses mains toute l’autorité civile et religieuse; aussi la nation, qui tremblait devant Wolsey, apprit-elle à trembler devant le Roi, qui d’un souffle pouvait renverser le cardinal.

Wolsey et le Parlement. — Henri VIII prouva bientôt qu’il était roi absolu en répudiant brusquement après neuf ans d’une paix profonde * le système politique de Wolsey. L’Espagne comptait de chauds partisans dans la noblesse anglaise, et parmi eux on remarquait surtout le duc de Buckingham, descendant direct d’Edouard III. Wolsey, irrité de son opposition, l’accusa de haute trahison. Un propos imprudent de Buckingham, qui avait dit qu’à la mort du Roi Wolsey porterait sa tête sur F échafaud, fut dénaturé et changé en complot contre la vie de Henri VIII. Les pairs se virent ainsi contraints de condamner leur chef à la mort des traîtres. Mais la reine Catherine d’Aragon poussait à l’alliance avec l’Espagne, et Henri était lui-même fatigué de cette longue période de paix. Déçu dans son espoir d’obtenir la couronne impériale à la mort de Maximilien, il avait cessé d’écouter les flatteries de Wolsey, qui lui assurait qu’il était l’ arbitre de l’Europe dans la lutte entre la France et l’Espagne; d’un autre côté, il n’avait jamais renoncé à son rêve de « recouvrer ses possessions françaises » , et il trouvait un allié puissant et complaisant dans son neveu Charles d’Autriche, possesseur des Flandres du chef de sa

grand’mère Marie de bourgogne, duc d’Autriche par sou grand-père Maximilien, roi de Castille et d’Aragon comme héritier de Jeanne la Folle et de Ferdinand, et, depuis sa récente élection au trône impérial, un des princes les plus redoutables de la chrétienté (1519).

François 1er essaya vainement de conserver l’alliance anglaise en invitant Henri VIII à une entrevue près de Guines, entrevue qui prit le nom de Camp du Drap d’or, à cause du faste déployé par les deux souverains; vainement aussi Wolsey essaya de prévenir le conflit par sa diplomatie et de faire différer le voyage de Charles en Angleterre. La visite de l’Empereur à son oncle a Southampton (1522) fut le signal de la guerre. Henri, séduit par les belles paroles de son neveu, rompit ouvertement avec la France. On comprit alors la raison secrète de la politique pacifique de Wolsey; en vrai despote, il avait pressenti les dangers que la nécessité d’avoir recours au Parlement pouvait faire courir au pouvoir royal; aussi, tandis que Henri avait été obligé de réunir à trois reprises les Chambres pour obtenir des subsides pendant sa première guerre avec la France, Wolsey avait gouverné pendant huit ans sans les convoquer une seule fois. Les ressources ordinaires de la couronne étaient insuffisantes pour subvenir aux frais de la guerre, mais le cardinal était si hostile à toute idée de convocation qu’il eut recours à des mesures arbitraires, qui, en cas de succès, devaient rendre inutile une nouvelle réunion du Parlement. Le royaume tout entier fut frappé d’un emprunt forcé. Vingt mille livres furent ainsi extorquées aux habitants de Londres ; elles plus riches d’entre eux furent appelés auprès du cardinal pour donner l’estimation exacte de leurs propriétés ; des commissaires furent envoyés dans chaque comté pour la répartition de l’impôt, et, d’après leurs rapports, on exigea, ici, un secours en hommes, là, le dixième du revenu annuel de chaque particulier pour le service du Roi (1522).

Les rentrées furent toutefois si insignifiantes que, l’année suivante (1523), Wolsey se trouva obligé de convoquer le Parlement, et de lui soumettre un projet d’impôt de 20 pour 100 sur les • propriétés. Celte demande exorbitante, faite par le cardinal lui-même, fut écoulée dans un profond silence. En vain Wolsey invita chaque membre en particulier à dire sou avis; Thomas More, qui présidait la Chambre des communes, tomba à ses pieds, lui représentant l’impossibilité où il était de répondre sans avoir consulté la Chambre. Le plan d’intimidation de Wolsey avait échoué. A peine fut-il sorti qu’une violente discussion s’engagea. Le cardinal voulut rentrer pour répondre aux objections qu’il avait soulevées; mais lès Communes refusèrent de discuter en sa présence. La lutte continua ainsi pendant une quinzaine de jours; le subside, à la fin, fut voté, mais réduit de moitié.

Irrité de ces velléités d’indépendance, le cardinal se rejeta sur le système des dons gratuits (1525). Les commissaires royaux envoyés dans les

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