‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 187 sur 255 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les dix années qui suivirent la chute de Wolsey comptent parmi les plus importantes de l’histoire d’Angleterre; la nouvelle monarchie pendant cette période arrive à son apogée, et l’œuvre entreprise par le cardinal est poursuivie avec une énergie et une persévérance implacables. L’Eglise, qui seule pouvait faire encore une certaine opposition, fut abaissée et devint un simple instrument de tyrannie. Le peuple apprit bientôt que toute révolte serait facilement réprimée et punie avec la plus impitoyable sévérité. Un système de terreur habilement organisé enchaîna l’Angleterre tremblante aux pieds de Henri VIII; onvitles plus nobles têtes rouler sur l’échafaud ; ni la vertu ni la science d’un Thomas More, ni l’origine royale d’une lady Salisbury ne purent les sauver du supplice. La féroce conduite du Roi envers ses femmes montra aux Anglais que rien n’était au-dessus de 1’ « énergie « de Henri VIII, ni assez sacré pour arrêter ses « appétits » . Le Parlement ne se réunit plus que pour sanctionner les actes d’un despote sans scrupule, et pour élever de ses propres mains l’édifice de la monarchie absolue; toutes les lois qui sauvegardaient la liberté furent abrogées, et le gouvernement put se servir hardiment de tous

1 Sources : Tout ce que Foxe nous rapporte sur les premières années de Cromwell n’est qu’un tissu de fables; le doyen Ilook a bien mis en lumière ce que nous en savons de certain dans sa Vie de rarcheve'que Cranmer . Pour la période de son ministère, voyez les Calenders of State Papers, qui sont en cours de publication. Sur les dernières années de la vie de Thomas More, lire le touchant récit qu’en fait son beau-fils Roper dans sa biographie du chancelier. Consulter, pour l’histoire religieuse de cette époque, l’édition de Y Histoire de la Rèformation de Burnet par M. Pocock ; les Lettres sur la dissolution des monastères publiées par M. Wright pour la Camden Society, et les Original Letters réunies par sir Henry Ellis. Strype nous fournit dans ses recueils une masse de documents de valeur très-diverse. Le récit de M. Fronde, Histoire d* Angleterre (vol. I, II, III), quoique d’un grand mérite littéraire, est défiguré par un amour outré du paradoxe, par le fétichisme pour son héros et par d’audacieuses apologies du crime et de la tyrannie. Aussi cette histoire a-t-elle très-peu d’autorité pour la période qui nous occupe.

Page 1