CROMWELL
les expédients chers à la tyrannie : taxes illégales, décrets et emprisonnements arbitraires, sans rencontrer la moindre opposition.
Thomas Cromwell, ses origines (1514-1530). — Cette grande
révolution fut l'œuvre de Thomas Cromwell ; c’est de tous les hommes d’État anglais celui que nous aimerions le mieux connaître et celui dont la vie est restée la plus obscure. IJ était déjàd’àge mûr en entrant au service du roi Henri VIII, et c’est à peine si l’on peut démêler quelques faits authentiques dans la masse de fables qui obscurcissent ses premières années. Sa jeunesse fut celle d'un aventurier : fils d’un pauvre forgeron de Putney, à ce que prétend une tradition, il entra tout enfant au service de la marquise de Dorset ; et très-jeune encore il prit part, comme simple soldat, aux guerres d’Italie, où, s’il faut en croire ses confidences tardives à l'archevêque Cranmer, il se conduisit en véritable « ruffian » . Il se trouvait là dans la pire école de corruption qui existât alors. Cromwell ne se borna pas à y vivre de la vie des camps. Non-seulement il apprit à fond l’italien, mais il s’imprégna du ton et des manières de la société qui l’entourait, c’est-à-dire des contemporains des Borgia et des Médicis. D’une souplesse d'esprit tout italienne, il passa sans difficulté du tumulte des camps à la vie de bureau, et l’on sait qu’il fut pendant quelque temps agent d’un négociant de Venise. Plus tard la tradition nous le montre commis à Anvers; enfin nous sommes certains qu'il faisait de belles affaires à Aliddlebourg en Zélande, dans le commerce des laines, peu d’années après l’avénemcnt du roi Henri VIII (1512). Il grossit encore son avoir en prenant une charge de scrivener (banquier-avoué), et en prêtant de l’argent aux nobles dans l’indigence. Ses entreprises continuèrent à prospérer à tel point que nous le trouvons, au commencement de la seconde guerre avec la France, membre actif et influent de la Chambre des communes. Cinq ans plus tard (1525), il laissa paraître le but de son ambition en acceptant d’entrer au service de Wolscy. Le cardinal avait besoin d’un homme habile pour mener à bien la suppression des petits monastères, dont il voulait transférer les revenus à ses deux fondations d’Oxford et d’Ipsuich. Cet acte impopulaire fut exécuté avec une brutale indifférence pour l’opinion publique, qui reporta sur Cromwell une partie de la haine amassée contre son maître.
La. chute de VVolsey offrit au jeune parvenu l’occasion de montrer sa confiance en lui-même et de faire ses preuves d’homme d’Etat. Seul des innombrables serviteurs du cardinal, Cromwell * resta fidèle à son maître jusqu’à la fin. Lorque Wolscy en disgrâce sc trouva relégué à Esher, il se plaignit auprès de « maître Cromwell» qui le réconforta de son mieux « et pria Monseigneur de lui permettre de se rendre à Londres pour agir et s’agiter» (lomake andmar, c’était son expression favorite). Lejour suivant, il entra au service de Henri VIII et fit tons ses efforts pour sauver le car-