‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 191 sur 255 · A* DESTRUCTION DES MONASTÈRES · texte numérisé non relu

A* DESTRUCTION DES MONASTÈRES

d’Érasme dans la condamnation du purgatoire, des indulgences, des messes pour les morts, dans le maintien des prières pour les morts et dans la conservation intégrale des cérémonies de l’Église catholique. Malgré la gravité de cette révolution doctrinale, pas un murmure ne se lit entendre dans l’assemblée du clergé, et les nouveaux articles de foi furent envoyés par le vicaire général dans chaque comté, avec ordre de s’y conformer sous peine de mort.

Les mesures royales qui suivirent cet acte d’autorité semblaient conformes aux projets des premiers novateurs : les pèlerinages furent supprimés, le nombre excessifdes jours fériés fut considérablement diminué, et l’on blâma le culte des images et des reliques dans des termes qui semblent copiés de la protestation d’Érasme. L’ardent appel du grand érudit demandant une traduction de la bible que le tisserand pût se répéter en dirigeant son métier et le laboureur en poussant sa charrue, fut enfin entendu. Le Credo, la prière dominicale et les dix commandements furent d’abord mis en anglais, et l’on ordonna à chaque maître d’école et à chaque père de famille de les enseigner à leurs élèves et à leurs enfants. Henri VIII avait déjà promis, lors de la retraite de More et de Norfolk, une nouvelle version des Ecritures reconnues comme hase de la foi; mais l’affaire, confiée aux évêques, traîna en longueur pendant cinq ans, jusqu’à ce qu’un ami de Cranmer, Miles Coverdale, eut été chargé de réunir et de reviser les traductions de Tyndale. La Bible qu’il publia parut sous le patronage de Henri lui-même. Le titre seul en disait long sur l’histoire de X Acte de suprématie ; le rétablissement de la vérité religieuse était dû au Boi, et non à l’Église. On voyait Henri VIII sur son trône remettre solennellement le saint livre à Cranmer, pour que l’archevêque et Cromwell pussent le distribuer à la foule des prêtres et des laïques.

La destruction des monastères. — On sentit encore plus l’esprit de l’humanisme dans l’attitude de Cromwell vis-à-vis des Ordres monastiques.' Au temps de la jeunesse d’Érasme, les papes et les évêques eux-mêmes s’étaient unis aux princes et aux érudits pour saluer avec enthousiasme la diffusion de l’instruction et l’espérance a’tine réforme religieuse ; au contraire, les Ordres monastiques, à peu d’exceptions près, repoussèrent la Renaissance dans son ensemble, avec une inflexible obstination. La querelle s’envenima avec les années ; Érasme et Hutten prodiguèrent les mordants sarcasmes et les insolences bouffonnes « aux amants du cloître et des ténèbres » . En Angleterre, Colet et More firent écho avec plus de réserve au mépris et aux invectives de leurs amis. Lé temps n’était plus où l’on se faisait moine par enthousiasme religieux; les Frères Mineurs, qui n’avaient ni la foi fervente ni l’activité intellectuelle de leurs prédécesseurs, étaient devenus de simples mendiants; les moinçs ne songeaient qu’à jouir de leurs propriétés, à augmenter leurs revenus et à diminuer le nombre de ceux

qui étaient appelés à en jouir. Indifférents aux intérêts religieux qui leur étaient conGés, prodigues dans l'administration de leurs biens, indolents et efféminés pour la plupart, les moines souffraient presque tous des vices auxquels est condamnée toute société qui survit à l’œuvre pour laquelle elle a été créée. Toutefois, on ne peut dire qu’ils fussent particulièrement impopulaires. Le cri de haine des Lollards demandant leur suppression n’était plus qu’un souvenir. Dans le nord de l’Angleterre, où se trouvaient quelques-unes des plus grandes abbayes, les moines vivaient en fort bons termes avec lapetite noblesse du pays, et leurs maisons servaient d’école aux enfants de P aristocratie ; il en était de même presque partout. Mais dans le système de Cromwell, il n’y avait place ni pour les vertus ni pour les vices des Ordres monastiques, ni pour leur indolence ni pour leur superstition, encore moins pour leur indépendance vis-à-vis du trône et de l'épiscopat.

Pendant qu’il réformait le clergé séculier, Cromwell envoya deux commissaires, Leigh et Leyton, pour visiter toutes les maisons religieuses; leur rapport, dit le Livre Noir , fut déposé à leur retour sur le bureau du Parlement (1538). Il ressort de cette statistique qu’un tiers environ des maisons religieuses, comprenant la plupart des grandes abbayes, étaient administrées « avec autant de sagesse que de décence » ; mais il élevait contre toutes les autres des accusations d’ivrognerie, de siriionie et de vices plus bas et plus révoltants encore. Le caractère ofGciel des visiteurs, la violence de leur rapport et le long débat qui en suivit la lecture, laissent peu de doute sur l’exagération outrée du réquisitoire, mais il n’y a aucune raison de le croire entièrement inexact. L’absence d’une bonne discipline, suite fatale de leur affranchissement de toute autorité autre que celle du Pape, avait des conséquences désastreuses pour la moralité des moines, meme dans une importante abbaye comme celle de Saint-Alban, et l’on savait déjà par le témoignage de IVarham, après les suppressions partielles commencées par Wolsey, que l’indolence avait été poussée dans quelques couvents d’ordre inférieur jusqu’aux plus coupables désordres. Des cris de : « A bas les couvents ! » accueillirent la lecture de ce rapport à la Chambre des communes; niais le pays était loin de désirer la ruine totale du système monastique. Après un long débat, assez violent de part et d’autre, on décida de supprimer toutes les maisons religieuses d’un revenu inférieur à 5,000 francs par an, et de donner leurs biens à la Couronne; les grandes abbayes furent conservées intactes.

La terreur. — Jusqu’alors Cromwell n’avait rencontré aucune opposition, et celte discussion sur les monastères devait rester, pendant plusieurs années encore, le seul point sur lequel il eut rencontré des contradicteurs. Tandis que s’accomplissait cette grande révolution ecclésiastique, c’est à peine si l’Angleterre osait respirer. Grâce à quelques rapports des espions

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