NORFOLK. MORT DE HENRI VIII
fille de sa famille, Catherine Howard. Le duc, qui était déjà à la tête des affaires avant l'élévation de Cromwell, reprit l’œuvre que la jiolitique de Cromwell avait interrompue. Comme la plupart des membres de la vieille noblesse, il espérait réaliser le rêve des humanistes, réformer l'Église par un concile général, et réconcilier l’Angleterre avec l’Eglise catholique régénérée. Pour en arriver là, il fallait représenter l’Eglise anglaise comme fidèle à l’orthodoxie, et s’allier avec l’Empereur qui pouvait seul provoquer la réunion d’un tel concile. Norfolk et son maître étaient restés attachés aux principes de la première réforme; ils continuèrent à autoriser la lecture de la Bible, tout en prenant des mesures pour éviter tout scandale et tout désordre ; la publication d’un livre de litanies en anglais fournit plus tard les premiers éléments du P rayer Book d’Edouard VI. Les grandes abbayes, épargnées en 1536, grâce à l’énergique résistance du Parlement, avaient été enveloppées en 1539 dans la même condamnation que les couvents de moindre importance. Norfolk ne désirait pas ressusciter les vieilles superstitions, ni détruire ce qui avait été fait, mais simplement préserver l’Eglise anglaise purifiée de l’hérésie luthérienne ; aussi remit-il en vigueur les Six Articles, et un comité gouvernemental fut constitué pour résister aux progrès de l’hérésie. Henri VIII offrit même son alliance à Cliarles-Quint, au moment où la lutte allait recommencer entre la France et la maison d’Autriche (1543).
Comme Cromwell l’avait bien prévu, on ne pouvait plus songer à réformer pacifiquement l’Eglise, et le retour de la chrétienté à une seule et même foi n’était qu’une chimère. Le concile, si impatiemment désiré, se réunit à Trente, non pour réconcilier les partis hostiles, mais pour consacrer les superstitions et les erreurs contre lesquelles l’humanisme avait si énergiquement protesté et que l’Angleterre et l’Allemagne avaient rejetées depuis longtemps. La longue inimitié entre la France et la maison d’Autriche passa au second rang quand éclata la grande lutte entre le catholicisme et la réforme. L’Empereur, en qui Norfolk mettait toutes ses espérances de régénération pour l’Eglise, établit l’inquisition dans les Flandres. A mesure que l’espoir d’une réforme modérée disparaissait, la noblesse catholique se laissait entraîner par l’esprit de réaction. La persécution contre les protestants recommença avec une nouvelle rigueur. Une dame de la cour, Anne Ascue, fut mise à la torture et brûlée vive, pour avoir nié la Transsubstantiation ; Latimer fut arrêté, et Cranmer luimême, qui, au milieu de la dislocation générale du parti modéré, s’était rapproché du protestantisme comme Norfolk delà cour de Borne, se trouva un moment sérieusement menacé (1546).
Heureusement Henri se souvint à la fin de sa vie qu’il ne devait pas abandonner l’œuvre qu’il avait entreprise. Bien décidé à ne pas se soumettre à Borne, il se vit obligé de revenir à la politique du grand ministre qu’il avait envoyé à l’échafaud. 11 offrit son alliance aux princes
LES PROTESTANTS (l 5AO-1 553) .
allemands de la Ligue évangélique ci consentit à ce que Cranmer substituât le service de communion à la messe catholique. Le duc de Morfolk fut jeté en prison pour crime de trahison, et son fils, le comte de Surrey, porta sa tête sur récliafaud (1547). Henri VIII, en mourant, choisit un conseil de régence, dont il confia la présidence au comte de Hertford, le grand protecteur du parti protestant. Catherine Howard avait expié, comme Anne Boleyn, ses débauches sur récliafaud ; Catherine Parr, qui lui succéda, eut la chance de survivre au Roi. 'Des cinq mariages de Henri VIII, il ne lui restait que trois enfants : Marie et Élisabeth, filles de Catherine d’Aragon et d’Anne Boleyn, et Edouard, fils de Jané Seymour, qui monta sur le trône sous le nom d’Edouard VI (28 janvier 1547).
Édouard VI (1547-1553). Somerset protecteur. — Edouard Seymour, créé comte de Hertford et pair d’Angleterre par son beau-frère Henri VIII, puis, plus tard, duc de Somerset par Edouard VI, se trouva subitement à la tête d’un conseil de régence composé d’un nombre égal de partisans de l’ancien et du nouveau régime ; son premier acte fut de chasser les premiers et de s’emparer du pouvoir absolu, sous le titre de Protecteur du royaume. La faiblesse de caractère de Hertford lui fît chercher la popularité par des mesures qui marquèrent le premier recul de l’absolutisme royal créé par Henri VIII. Le funeste décret qui, à la fin du dernier règne, donnait force de loi aux déclarations royales, fut abrogé, et l’on effaça du recueil des ordonnances les nouveaux cas de félonie et de trahison, inventés par Cromwell et dont il avait fait un usage si terrible. Enfin, le désir d’être soutenu par les protestants, et ses tendances personnelles, poussaient Somerset à encourager les innovations contre lesquelles Henri VIII avait lutté à la fin de sa vie. Cranmer, comme nous l’avons déjà vu, tournait peu à peu vers le protestantisme; il rompit ouvertement avec les anciens usages peu après l’avénement d’Édouard VI. a On vit l’évêque de Canterbury » , dit un contemporain, « manger publiquement de la viande en plein carême dans le hall de Lambeth, ce qui ne s’était jamais vu depuis que l’Angleterre était un pays chrétien.
Cet acte significatif fut suivi d’une série de mesures très-radicales : les ordonnances contre les Lollards furent rappelées, les Six Articles abrogés, toutes les peintures et images enlevées des églises; par ordre du Roi, les prêtres furent autorisés à se marier ; la communion sous les deux espèces remplaça la messe ; le livre de prières et la liturgie en langue anglaise, encore en usage dans l’Eglise anglicane presque sans altération, furent substitués au missel et au bréviaire, auxquels on fit cependant de larges emprunts ; un nouveau catéchisme résumait les doctrines de Cranmer et de scs amis, qui introduisirent un livre d’ Homélies } rédigées dans le même esprit, pour être lues pendant le service.