‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 199 sur 255 · LA TYRANNIE PROTESTANTE · texte numérisé non relu

LA TYRANNIE PROTESTANTE

Ces nombreux changements furent opérés avec le despotisme, sinon avec la vigueur d’un Cromwell. Gardiner, évêque de Winchester, fut envoyé à la Tour (1548) ; partisan déclaré de la suprématie royale, il avait énergiquement refusé de reconnaître la validité et la légalité des décisions prises pendant la minorité du lioi. Le droit de prêcher ne fut accordé qu’aux amis du primat, et, tandis qu’on faisait taire toute voix d’opposition, une foule de pamphlétaires protestants inondaient le pays de leurs brochures pleines d’invectives contre la messe et les pratiques superstitieuses qui l’accompagnent. Le gouvernement avait su gagner rassentiment delà noblesse à la suppression des corporations religieuses, en la comblant des biens récemment enlevés au clergé. Des mercenaires allemands et italiens furent soldés pour écraser les mouvements populaires qui agitaient les comtés de l’Est, de l’Ouest et du Centre (1549). Les habitants du Cornouailles refusèrent a de se conformer au nouveau culte, comme trop semblable aux jeux de Noël » . Le Devonshire se révolta ouvertement, demandant le ce rétablissement de la messe et des Six Articles » . On vit se réveiller le mécontentement des classes agricoles; vingt mille hommes se réunirent au pied du Chêne de la Réforme, près de Norwich, et repoussèrent les troupes royales, après avoir combattu avec l’énergie du désespoir aux cris de : ^ A bas les ministres! Plus de clôtures! Justice!

Justice! »

La tyrannie protestante. — La révolte fut partout étouffée dans le sang ; et le duc de Somerset, qui n’avait pas su montrer d’énergie en présence du danger et avait excité l’indignation de son parti en cédant à toutes les réclamations des paysans rebelles, se rit contraint d’abandonner le pouvoir. 11 fut remplacé par le comte de Waruick, dont l’impitoyable sévérité avait puissamment contribué à la répression delà révolte. Mais le changement de maître n’apporta aucune modification au système de gouvernement. Les hommes de récente noblesse qui formaient le conseil de régence ne savaient se faire obéir que par la terreur. Une de leurs créatures, Gecil, avoue que a la majorité du peuple ne se montre pas du tout disposée à défendre le nouveau régime, mais est toute prête, au contraire, à venir en aide à scs adversaires. Ces adversaires, c’est la masse de la noblesse qui vit éloignée de la cour, les évêques, à deux ou trois exceptions près, presque tous les magistrats et hommes de loi, presque tous les juges de paix, enfin les prêtres qui ont repris entièrement la direction de leurs troupeaux, car l’irritation est devenue si universelle qu’à la première occasion tous ces mécontents se lèveront comme un seul homme. »

Cranmer et ses amis, enhardis par leur victoire sur les rebelles, se montrèrent de plus en plus audacieux dans leurs innovations. Quatre prélats, restés attachés à l’ancienne foi, furent dépossédés de leurs sièges et envoyés à la Tour sous de frivoles prétextes ; la démolition des autels de

pierre, et leur remplacement par des tables de bois, placées la plupart du temps au centre de l’église, fut un dernier coup porté à la messe catholique. Le nouveau Praijer Book fut révisé dans un sens tout à fait protestant et presque calviniste. Les Quarante-Deux Articles de la Belicjion introduits alors et qui furent réduits plus tard à trente-neuf, sont restés, depuis, le corps officiel des doctrines de l’Église anglicane. Les persécutions du dernier règne n’avaient guère appris aux protestants le respect de la liberté de conscience. Un nouveau code ecclésiastique, rédigé par une commission spéciale, et qui devait remplacer le droit canon de l’Eglise catholique, condamnait à l’emprisonnement et à l’exil tout homme convaincu du crime d’hérésie, de blasphème ou d’adultère, et déclarait que l’excommunication entraînait pour le coupable a l’abandon de Dieu et son asservissement à la volonté du Malin » . On n’osa pourtant pas inscrire dans ce code la peine de mort.

Les retards apportés à son achèvement empêchèrent de le mettre en vigueur sous Edouard VI (Elisabeth le laissa peu à peu tomber en désuétude); mais on imposa, sous peine d’emprisonnement, la nouvelle liturgie et le nouveau culte ; tous les membres du clergé, les rnarguilliers et les maîtres d’école, furent contraints, par décret royal, de signer la nouvelle confession de foi.

Le mécontentement qu’avaient causé ces changements si précipités, imposés par la violence, s’accentua bientôt en présence des hardiesses philosophiques des protestants les plus avancés. Ce qui fait l’importance durable de la révolution religieuse du seizième siècle, c’est qu’elle ne se borna pas à substituer un Credo à un autre, mais qu’elle réveilla partout, en bouleversant l’Eglise, l’esprit de libre recherche, de libre pensée et de libre discussion. Mais cette liberté de penser, qui nous semble si naturelle aujourd’hui, paraissait une abomination aux Anglais du temps d’Édouard VI. On voyait avec horreur mettre en question les fondements mêmes de la foi et de la morale, faire l’apologie de la polygamie, attaquer la légitimité du serment, prêcher la communauté des biens, nier la divinité du Christ. Si l’ordonnance contre l’hérésie n’avait pas été sanctionnée, les vieilles lois subsistaient, et Cranmer s’en servit pour envoyer sans pitié ces hérétiques et ces révolutionnaires au bûcher. Mais lorsque le primat voulut imposer à l’Eglise même une uniformité absolue, il y rencontra une très-violente opposition. Hooper, qui venait d’être nommé évêque de Glocester, refusa de porter les vêtements épiscopaux, comme étant la « livrée de la prostituée de Babylone » , c’est-à-dire de la papauté. II n’y avait, pour ainsi dire, plus de discipline ecclésiastique ; les prêtres jetaient leurs surplis comme un reste de. superstition. Les patrons des bénéfices ecclésiastiques y nommaient leurs piqueurs et leurs garde-chasse, et empochaient les revenus. L’enseignement de la théologie avait presque entièrement disparu des Universités; le nombre des étudiants diminuait chaque année ; les biblio-

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