‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 20 sur 255 · LE ROYAUME DE NORTHUMBRIE (G07-G · texte numérisé non relu

LE ROYAUME DE NORTHUMBRIE (G07-G

de Crowland chercher im refuge contre le monde; le respect qu’il inspira fut tel que, deux années après sa mort, on éleva sur sa tombe la riche abbaye de Crowland. La terre destinée à faire les fondations fut apportée sur des bateaux, et l’édifice reposait sur des pilotis de chêne enfoncés dans les marécages; bientôt une grande église en pierre remplaça la petite cellule d’ermite de Guthlae. Par leur activité, les nouveaux moines transformèrent les marais d’alentour en prairies fertiles.

Dans cette même contrée déserte s’éleva une autre abbaye aussi riche que celle de Crowland; ce fut l’abbaye d’Ely, fondée par Æthelthryth, la femme du roi Ecgfrith, successeur d’Oswi sur le trône de Northumbrie. Forcée de fuir devant les poursuites de son mari, elle avait trouvé un abri auprès de Wulfhere. Il n’y avait pas besoin de cela pour éveiller de nouvelles disputes entre les deux royaumes. Wulfhere avait eu un succès assez complet et assez continu pour recommencer les efforts de son père et secouer l’autorité de la Northumbrie, que la Mercie n’avait cessé de reconnaître tout en s’étant affranchie en partie du joug. Mais Ecgfrith était un soldat hardi et un ennemi plus terrible que les Saxons occidentaux ou les Jutes. Le roi de Mercie fut si complètement défait qu’il s’estima encore heureux d’obtenir la paix en abandonnant aux vainqueurs la province des Lindiswaras, ou comté de Lincoln.

Chute de la Northumbrie. — La paix eût pu être plus difficile encore à obtenir, mais l’ambition d’Ecgfrith visait plutôt des conquêtes sur les bretons que des victoires sur les Anglais.

La guerre avec les Bretons, à peu près éteinte depuis la bataille de Chester, avait été ravivée depuis une douzaine d’années par les progrès des Saxons occidentaux au sud-ouest. Pour compenser la perte de ses possessions au nord de la Tamise, qu’il n’avajt pu arrachera Wulfhere, le roi du Wessex, Cenwalh, attaqua ses voisins les Gallois. Une victoire à Bradford, sur l’Avon, lui permit d’envahir le pays qui s’étend au nord de Mendip, occupé jusqu'alors par les Bretons. 11 acheva une seconde campagne, en C58, en remportant une victoire sur les confins d’une vaste forêt qui couvrait la partie orientale du Somerset; ce nouveau succès permit aux Saxons occidentaux de s’établir en maîtres autour des sources du Parret.

Ce fut probablement l’exemple des Saxons occidentaux qui poussa Ecgfrith à une série d’attaques* contre ses voisins bretons de l’ouest; ses succès portèrent la Northumbrie à l’apogée de sa gloire. Cet apogée devait être bientôt suivi d’une chute profonde. Ses armées chassèrent les Bretons du royaume de Cumbria et firent du district de Carlisle une terre anglaise.

Une grande partie du pays conquis fut ajoutée au siège épiscopal de Liudisfarne, occupé alors par l’homme que nous avons déjà vu à l’œuvre

MOUT DE CLJTHBERT.

comme apôtre des basses terres. Après avoir travaillé des années à Melrose comme missionnaire, Cutlibert s'était rendu à Vile sainte et avait prêché dans les régions marécageuses du Northumberland, comme jadis le long des rives de la Tweed. Il y resta, après le grand schisme qui suivit le synode de Whitby, avec une petite confrérie de moines dont il devint le prieur. Ils ne tardèrent pas à être divisés par des disputes incessantes contre lesquelles la patience etla bouté de Cutlibert ne purent rien . A la fin, lassé, il se retira sur fune des petites îles de sable qui se trouvaient dans le voisinage de la forteresse de Bamborough, élevée jadis par Ida. Cet îlot désert n'avait guère d’autre végétation que Jes varechs et les algues que la mer déposait sur son rivage, et les seuls habitants en étaient les mouettes et des oiseaux sauvages.

La sainteté de Cutlibert était si connue et si respectée qu'il dut, dans sa vieillesse, quitter sa solitude pour venir occuper le siège vacant de Lindisfarnc. Il entra à Carlisle, qui faisait partie de son diocèse, au moment où toute la Northumbrie attendait les nouvelles de la campagne d’Ecgfrith contre les Bretons du Nord. L’estuaire du Fortli avait été pendant longtemps la frontière septentrionale de la Northumbrie. Un évêque northumbrien, Trumwine, fixa le siège de son nouveau diocèse de Galloway à Withern, la « ville blanche » , et ce fut là le signe de la soumission des Bretons de ce district à la Northumbrie. Ecgfrith, cependant, résolut de porter ses conquêtes plus loin vers le nord ; et, traversant l’estuaire du Forth, il conduisit son armée, en (385, vers le pays des Pietés.

Un sinistre pressentiment pesait sur la Northumbrie. On se souvenait des malédictions prononcées contre le Boi par les évêques irlandais à l’occasion des ravages exercés pendant un an par sa flotte sur la côte orientale de l’Irlande, qu’il venait de soumettre : c’était là un odieux sacrilège aux yeux de ceux qui aimaient la patrie d’Aidan et de Coluinban.

Un jour, Cutlibert s’était agenouillé auprès d'une fontaine romaine, qui seule était restée intacte au milieu des ruines de Carlisle; ceux qui se trouvaient là écoutaient avec anxiété les paroles qui tombaient de la bouche du vieillard, et il leur semblait que c’étaient des paroles de mauvais augure. « Peut-être, murmurait le vieillard, à celte même heure le péril a du combat est-il passé. Veillez et priez » , dit-il à ceux qui le questionnaient. Peu de jours après, un fugitif qui avait seul échappé au massacre arriva dans la ville. 11 raconta qu’au moment où l’armée anglaise entrait à Fife, les Pietés avaient fondu sur elle et avaient lutté avec un courage désespéré. La défaite avait été complète, et maintenant Ecgfrith et la fleur de sa vaillante noblesse gisaient, effrayant amas de corps, sur la terre marécageuse et lointaine de Nechtansmere (G85).

Mort de Cuthbert. — Pour Cutlibert, ces nouvelles furent de tristes présages de mort. Il ne tarda pas à abandonner son évêché pour retourner

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