LE ROYAUME DE IV O 11 T H U M R H 1 E (G
dans Tile où se trouvait son ermitage. Peu de temps après, il était sur sou lit d’agonie, et jusqu’à la fin il murmura des paroles de concorde et d’amour. Ceux qui l’avaient accompagné sur son île avaient promis d’avertir de sa mort, par un signal, leurs frères de Lindisfarne. L’un d’eux se rendit, avec une lumière dans chaque main, vers un endroit d’où il pouvait être aperçu du moine qui veillait sur la tour de l’ile Sainte. Au moment où la petite lueur brilla dans les ténèbres, celui-ci se précipita dans l’église où tous les frères chantaient les paroles du Psalmiste : « Tu nous as rejetés et <- dispersés au loin; Tu as été outragé; Tu as fais voir à ton peuple des < choses terribles; Tu nous as donné à boire un vin de mort. «
Ce chant était le glas, non de Cuthbert seulement, mais de son Eglise et de son peuple. Sur eux aussi était suspendue la menace sinistre d’un écroulement prochain. Des étrangers, qui n’avaient pas connu Iona el Columban, allaient s’emparer de l’héritage d’Aidan et de Cuthbert. A mesure que la religion romaine étendrait sa protection sur l’Angleterre^ les hommes oublieraient l’Eglise qui avilit jadis disputé à Home la direction spirituelle de la chrétienté; on ne saurait pas que Lindisfarne, et non Cantorbery, avait été pendant un siècle le centre religieux de l’Angleterre. On devait aussi oublier que depuis Æthelfrith jusqu’à Eegfrith toutes, les questions politiques anglaises s’étaient débattues à York. Mais, oubliée ou non, la Xorthumbric avait accompli sa tache. Ses armées et ses missionnaires avaient arraché l’Angleterre au paganisme pour la donner à l’Eglise du Christ. La nouvelle littérature poétique était née chez elle, et ses monastères avaient répandu la vie intellectuelle sur le pays entier. Surtout elle avait, la première, rassemblé sous une seule direction politique les nombreuses tribus dont se composait le peuple anglais; pendant près d’un siècle elle les avait gouvernées, et leur avait communiqué la irie nationale d’où devait sortir l’Angleterre telle que nous la connaissons aujourd’hui.