‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 206 sur 255 · LA REINE ÉLISABETH · texte numérisé non relu

LA REINE ÉLISABETH

fermeté et une grande persévérance à des indécisions apparentes de caractère. Ce fut même là une des causes de ses triomphes sur les grands hommes d’Etat de son temps.

Jamais on n’avait vu autant de gens distingues autour de la table du conseil; Elisabeth sut ne se laisser diriger aveuglément par aucun d’eux. Toujours prête à écouter leurs avis, elle pesait le pour et le contre et adoptait les conseils tantôt de l’un, tantôt de l’autre. Mais la politique qu’elle suivait était bien sa politique personnelle. Ce qui caractérise cette politique, c’est moins les vues de génie que le bon sens. Elle consistait simplement à défendre son trône, à éviter la guerre et à rétablir l’ordre social et religieux. Peut-être pourrait-on attribuer en partie à la prudence et à la timidité féminines l’indifférence obstinée avec laquelle elle repoussa les plans ambitieux qu’on ne cessait de faire miroiter à ses yeux; elle refusa résolument les Pays-Bas et repoussa en riant les protestants qui lui offraient le titre de reine de la Religion et de maîtresse des mers. C’est à cette extrême circonspection qu’elle dut les* succès extraordinaires de la fin de son règne. Elle se rendait beaucoup mieux compte que scs ministres de la véritable étendue de ses ressources ; elle comprenait instinctivement jusqu’où elle pouvait aller et ce qu’elle pouvait faire. Avec sa calme intelligence, son esprit critique, jamais l’enthousiasme ni la crainte ne l’entraînaient à se faire des idées fausses sur les dangers qu’elle courait ou sur les forces dont elle disposait.

Elisabeth possédait, à défaut de profondeur et de générosité dans sa politique, un tact infaillible. Il était rare qu’elle sût discerner du premier coup le parti à prendre; elle examinait une foule de solutions différentes avec autant de rapidité que d’adresse avant de prendre un parti, comme le pianiste qui prélude avant de commencer un morceau. Esprit pratique avant tout, ne considérant que les circonstances présentes, elle se défiait des projets d’une portée trop étendue ou à trop lointaine échéance. Sa politique consistait à attendre les événements et à profiter des circonstances.

Cette politique faite de prudents tâtonnements, ne visant qu’au possible, n’était pas seulement merveilleusement adaptée à l’état de l’Angleterre et à ses faibles ressources pendant cette période de transition religieuse et sociale ; elle convenait seule aux capacités spéciales d’Elisabeth. Elle ne voyait que les détails, mais avec quelle promptitude et quelle sûreté de jugement! «Pas de guerre, nlesseigneurs, pas de guerre! » s’écriait-elle constamment et d’un ton impérieux dans le conseil. Cette aversion pour les aventures venait beaucoup moins de son désir de faire des économies et de son horreur du sang (très-sincères cependant) que de ce que la paix laissait le champ libre aux intrigues et aux manœuvres diplomatiques où elle excellait. Tout lui était bon pour montrer son habileté, jusqu’à ses puériles excentricités qui ne s’expliquent que par le dessein

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