‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 207 sur 255 · ELISABETH · texte numérisé non relu

ELISABETH

bien arreté et bien simple de mystifier son monde. El îe se complaisait aux voies tortueuses et secrètes. Elle se jouait des plus graves diplomates comme le chat s’amuse avec une souris, jouissant avec une sorte de joie féline de l’impuissance de ses victimes. Lorsqu’elle avait assez de ce jeu, c’était au tour de ses ministres d’être mystifiés. Si la reine Elisabeth avait écrit l’histoire de son règne, elle se serait certainement moins vantée d’avoir ruiné l’Espagne au profit de l’Angleterre que de son merveilleux talent à tromper et à berner tour à tour tous les hommes d’Etat de l’Europe pendant près de cinquante ans.

Toutes ces ruses diplomatiques cachaient d’ailleurs un sens politique très-juste. Nous les trouvons vulgaires et fastidieuses, aujourd’hui que nous sommes obligés d’en retrouver les fils à travers des milliers de dépêches; mais ces ruses la conduisirent au but qu’elle visait. Elle gagnait du temps, et chaque année de gagnée doublait ses forces. Rien de plus révoltant, mais rien de plus caractéristique chez Elisabeth, que son impudente et incurable fausseté; dans ce siècle ou le mensonge politique était universellement admis, Elisabeth l’emportait sur tous ses contemporains par le nombre comme par l’effronterie de ses mensonges. Pour elle, mentir n’était qu’un moyen habile de tourner une difficulté, et sa facilité à affirmer ou à nier, selon les besoins de sa cause, n’était égalée que par l’indifférence cynique avec laquelle elle accueillait les reproches qui lui étaient adressés aussitôt qu’elle avait atteint sou but.

Grâce à cette indifférence morale, elle savait mettre à profit ses propres fautes; sa légèreté apparente de caractère l’aidait à sortir de situations embarrassantes où d’autres seraient mortes de honte; elle avait même le talent de cacher les tâtonnements et les incertitudes de sa politique sous un air de timidité et d’hésitation féminines. Il n’est pas jusqu’à son amour du luxe et des plaisirs qui n’ait servi à ses projets. 11 y eut des moments de graves dangers où la nation ne s’inquiéta de rien en voyant la Reine consacrer des journées entières à la chasse à courre ou au faucon, et ses nuits à la danse et aux représentations dramatiques. Vanité, affectation, frivolité, caprices de jolie femme, elle se servit de tout dans les comédies diplomatiques qu’elle joua successivement avec les différents prétendants à sa main. Condamnée presque forcément à l’isolement par les nécessités politiques, elle eut, au moins, la satisfaction d’amour-propre d’éviter des guerres et des conspirations en échangeant des sonnets passionnés ou en donnant des rendez-vous secrets, et sut quelquefois gagner un an de tranquillité en filant habilement un semblant d’amourette.

A suivre en détail la conduite d’Elisabeth à travers ces complications de mensonges et d’intrigues, on ne peut se défendre d’un sentiment de mépris, et l’on oublie un instant la grandeur de son règne. Mais, si enveloppés de mystère qu’ils paraissent au premier abord, les mobiLes de sa politique

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