‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 22 sur 255 · LA SUPRÉMATIE DE LA M E R C I E · texte numérisé non relu

LA SUPRÉMATIE DE LA M E R C I E

Ini de Wessex. — Avec la mort d’Ecgfritli et la victoire de Nechtansmere, la suprématie de la Northumbrie tomba àjamais. Au nord, lafuitede révoque Trurmuine, abandonnant Wliithern, fut le signal de la révolte du Galloway Au sud, la Mercie ne tarda pas à reprendre les projets d’indépendance que la défaite de Wulfhere avait anéantis. Son successeur, le roi Æthelred, s’empara de la province des Lindiswaras ; une guerre avec la Xorthumbrie s’ensuivit, et le traité qui la termina, négocié par rarclievêque Théodore, laissa le roi mercien maître de l’Angleterre centrale et libre de tenter la conquête du Sud. Pour le moment cependant la tentative était inutile, car, tandis que la iVorthumbrie succombait, le Wessex arrivait à une nouvelle puissance sous Ini, le plus grand de ses premiers rois. Son prédécesseur, Centivine, avait repris la guerre avec les Bretons et avait étendu ses conquêtes jusqu’aux Quantocks. Ini employa tout son long règne, qui s’étendit de G88 à 72(>, à continuer la guerre commencée par Centivine. Il s’avança vers le sud, le long des marais du Parret, jusqu à un territoire plus fertile, et protégea la frontière de sa nouvelle conquête en construisant sur les rives du Tone un fort de bois, qui a donné naissance au Taunton actuel. Les Saxons occidentaux devinrent ainsi maîtres de tout le district qui porte aujourd’hui le nom de Somerset, comté de Sumer-Soetas, où le Tor s’élevait semblable à une île au milieu de la plaine marécageuse, toujours inondée, qui s’étendait à l’ouest jusqu’à la Manche.

Au pied de cette colline, Ini bâtit son fameux monastère de Glastonbury sur les anciennes fondations d’un monastère breton. Le monastère prit

1 Sources : Quelques incidents de Phistoire de la Mercie sont relatés dans les maigres annales du Wessex qui constituent, pour cette période, la « Chronique anglo-saxonne », mais, pour la plus grande partie de cette histoire, nous devons consulter des auteurs plus récents, en particulier deux écrivains du douzième siècle, Henry de Huntingdon et William de Malmesbury, qui se sont servis, pour leurs travaux, de matériaux anciens, perdus aujourd’hui. Les lettres de Boniface, qui sont les documents contemporains les plus importants, ont été publiées par le IKGiles ( Bonifacii opéra omnia, Londres, 1844). Celles d’Alcuin ont été soigneusement éditées par Jaffé, dans sa BibLioihçca rerum Germanicarum : Monument a. Alcuinïana. Il a donné une édition de lettres de Bonifacc dans les Monumenta MoguntinaJ qui iont partie de la même collection.

probablement son nom d’une famille anglaise, les Glæstings, qui avaient résidé eu ce lieu. Ce fut longtemps un but de pèlerinage, et la tradition qui en avait fait le séjour d’un second Patrick y attira les savants voyageurs de l’Irlande. Les premiers habitants de l’abbaye d’Ini racontèrent qu’ils y découvrirent a une ancienne église qui n’était pas bâtie de main d’homme - , et, sur ces vestiges de la domination romaine, ils élevèrent leur propre temple de pierre, lui confia l’administration spirituelle de ses conquêtes à Ealdhem, le plus fameux savant de cette époque; il fut le premier archevêque du siège de Sherhornc, auquel le Roi ajouta une partie de l’ancien diocèse de Winchester, afin de le rattacher à ses nouvelles possessions. Le code d’Ini, qui est le plus ancien recueil de lois des Saxons occidentaux que nous possédions, montre que la sage sollicitude du Roi s’étendait aussi bien à l’organisation civile de son royaume qu’à l’organisation ecclésiastique, et la manière dont il repoussa l’attaque des Merciens prouva qu’il savait aussi sc défendre. Ceolred, le successeur d’Æthelred sur le trône de Mercie, avait déclaré la guerre au Wessex afin de lui disputer la suprématie dans le sud; il fut vaincu, en 714, dans un combat sanglant qui se livra à Wodnesburh, sur la frontière des deux royaumes. Cependant, si lui avait été capable de tenir les Merciens à distance, il n’eut pas la force de réprimer la guerre civile qui perdit le Wessex, et une sombre légende nous raconte comment, lassé et dégoûté, il se retira du monde.

U avait, un soir, soupé royalement dans l une de ses maisons de campagne, et le lendemain matin, comme il se mettait en route, la Reine le supplia de revenir le plus tôt possible. Lorsqu’il revint, il trouva sa maison pillée, dépouillée de tentures et de vaisselle, souillée par les ordures des bestiaux, et, dans le lit où il avait dormi avec Æthelburh, une truie venait de mettre au monde ses petits. Ce spectacle n’avait pas besoin du commentaire de la Reine : ^ Voyez, monseigneur, comment passent les grandeurs a de ce monde! * En 72G, lui déposa sa couronne et chercha la paix dans un pèlerinage à Rome, où il mourut.

fâit

Æthelbald de Mercie. — L’anarchie qui avait chassé lui du trône se changea après son départ en une guerre civile qui fit du Wessex une proie facile pour le successeur de Ceolred.

Parmi ceux qui s’étaient réfugiés à Crouland auprès de Gutlilac, se trouvait un Mercien de sang royal, Æthelbald, qui fuyait devant la haine de Ceolred. Poursuivi et chassé de lieu en lieu par le Roi, il revint vivre dans la petite retraite qu’il s’était bâtie auprès de l’ermitage, et, dans ses moments de désespoir, il était soutenu par les paroles encourageantes de son compagnon, a Apprends à attendre, lui disait Guthlac, et tu rentreras en possession du royaume, non parla violence ou la rapine, mais avec l’aide de Dieu. » En 7 IG, Ceolred mourut d’un accès de folie furieuse, et la Mercie choisit Æthelbald pour roi.

Le royaume s’étendait déjà de l’Humber à la Tamise, et Æthelbald, traversant ce fleuve, alla établir son autorité sur le Kent. Il entreprit ensuite de faire reconnaître son autorité par le Sud tout entier; cette lutte fut la plus terrible que la Mereie eut jamais soutenue. Il pénétra au coeur même du royaume des Saxons occidentaux. La guerre se termina en 733 par le siège' et la prise de la ville royale de Somerton. Pendant vingt ans la Mereie lut toute-puissante sur le pays qui s’étend au sud de l’Humber, et Æthelbald s’intitula : « Roi non des Merciens seulement, mais de tous les peuples a voisins désignés sous le nom commun d’Anglais méridionaux » . L’emploi du titre inconnu jusqu’alors de « Roi de Bretagne « fit naître l’espoir que la fondation d’un royaume anglais, tentée en vain pendant de longues années par les rois de iVorthumbrie, était réservée à la nouvelle puissance' de la Mereie.

Les efforts d’Æthelbald ne devaient pas être couronnés de plus de succès que ceux de ses prédécesseurs. Il ne put s’emparer du pays situé au nord de l’Humber, grâce à la défense héroïque du roi nortlmmbrien Eadberht, qui sembla faire revivre pour un temps le passé glorieux de son pays. Il s’allia avec les Pietés, put ainsi conquérir le Strathclyde et s’empara d’AIcluyd ou Dumbarton, sa capitale. L’Angleterre méridionale fut détachée de la Mereie par une révolte des Saxons occidentaux, poussés à bout parles exactions de leurs nouveaux maîtres. En 752, Æthelbald s’avança audevant d’eux, à la tête des Merciens et de ses sujets du Kent, de l’Esscx et de l’Est-Anglie. La rencontre eut lieu à Burford; les Saxons occidentaux étaient de nouveau ralliés autour du Dragon d’or, emblème de leur race. Après une lutte désespérée de plusieurs heures, une panique soudaine saisit le roi de Mereie, qui s’enfuit du champ de bataille à la tête de son armée. Une seconde défaite des Merciens à Secandun en 755 rendit au VVessex son entière liberté; tandis que son armée était en pleine déroute, Æthelbald racheta l’unique moment de faiblesse dont il eût terni sa gloire : il refusa de fuir et tomba en combattant.

Bæda. — Tandis que la Mereie luttait ainsi pour fonder son autorité au sud, la IVorthumbrie avait renoncé à la gloire des armes et ne recherchait plus que la paix. Vers le milieu du huitième siècle, sous les règnes paisibles des successeurs d’Ecgfrith, Ealdfirth le savant, Ceolwulf, ce royaume devint le centre littéraire du monde chrétien de l’Europe occidentale. Aucune école ne fut plus fameuse que celles de Jarrow et d’York, et ce fui un savant de Yortluimbric qui réunit en lui et personnifia toutes les connaissances du siècle. Bæda, le vénérable Bède , ainsi qu’on le désigna plus tard, était né dix ans après le synode de IVhitby, à l’ombre d’une grande abbaye élevée par Bénédict Biscop à remboucliure du Wear. Sa jeunesse et sa longue vie tout entières s’écoulèrent dans un monastère dépendant de la maison de Bénédict, et fondé par son disciple Ceolfrid.

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