‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 215 sur 255 · M A R I E S T U ART · texte numérisé non relu

M A R I E S T U ART

catholiques en refusant de prendre part au concile de Trente, Marie Stuart, que la mort de son mari avait laissée en France dans une position difficile, débarqua inopinément à Leith. Malgré son extrême jeunesse (elle avait à peine dix-neuf ans), la veuve de François II était douée d’une intelligence remarquable et de capacités presque égales à celles d’Élisabeth, qui ne pouvait en aucune façon rivaliser avec elle pour l’éclat, la vivacité et la grâce. Très-raffinée dans ses goûts et passionnée pour les plaisirs comme une vraie fille de la Renaissance française, on voyait Marie rester parfois plusieurs jours de suite étendue sur son lit et ne se relever que pour danser ou faire de la musique. Sa constitution de fer lui permettait de supporter les plus grandes fatigues; on la vit galoper pendant quatrevingt-dix milles après sa défaite de Langsyde, sans s’arrêter un instant, sauf pour changer de chevaux. Elle aimait les dangers, les aventures et le cliquetis des armes; un des rudes soldats qui l’accompagnaient dans une expédition contre Huntley l’entendit se plaindre « de n’être pas homme pour savoir ce que c’est que de coucher à la belle étoile ou de veiller sur les retranchements, le bouclier au poing et l’épée à la main » . Dans son conseil elle montrait, comme Elisabeth, beaucoup de sang-froid et de finesse politique; avec autant de pénétration elle avait plus de largeur de vues et d’élévation de pensée, a Cette femme» , écrivait un ambassadeur anglais, « saurait en remontrer en habileté politique aux plus fortes têtes de la France, et en énergie, fausseté et dissimulation aux intelligences les plus subtiles de l’Écosse. Elle retient ou devine tout. »

Amis et ennemis étaient sous le charme de sa beauté, de ses manières séduisantes, de sa générosité, de sa chaleur de cœur, de la cordialité de son langage, de sa sensibilité féminine passant du rire aux larmes, de son courage viril, de sa nature fiôre et indépendante, enfin de cette auréole de poésie qui l’illuminait à toutes les heures solennelles de son existence et qui brille avec plus d’éclat encore après des siècles écoulés. Knollys luimême, le plus rigide des puritains, la trouvait a digne d’admiration » pendant sa captivité. Indifférente, semblait-il, aux détails de l’étiquette, en dehors des honneurs dus a son rang, elle aimait à causer librement et familièrement, et se rendait agréable à tous ceux qui l’approchaient. î?ien qu’elle fût vindicative, on ne pouvait s’empêcher d’admirer son mépris du danger dans les moments décisifs. Les traits de hardiesse et de courage l’enchantaient, et elle aimait à en complimenter le héros, fût-il même son ennemi personnel; en revanche, elle ne pardonnait jamais un .acte de lâcheté, même chez ses partisans.

On ne se serait jamais douté au début de son règne de ce qui se cachait chez Marie de fanatisme et de passion sous des dehors si séduisants ; mais on reconnut bien vite sa merveilleuse habileté politique. Elle sut admirablement profiter des avantages qu’elle pouvait retirer de la mort de son mari. L’Écosse et l’Angleterre n’avaient plus à redouter l’intervention fran-

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çaise ; la jeune reine se trouvait donc libre d’agir sans soulever contre elle le sentiment national. Quand elle débarqua à Leith, elle était résolue à briser l'alliance conclue entre Elisabeth et les Lords de la Congrégation, à rallier tous ses sujets autour d’elle et à offrir une base solide aux intrigues du parti catholique anglais. Sa soudaine apparition eut un effet prodigieux : sa grâce enchanteresse réveilla chez tous ses sujets les vieux sentiments de fidélité, et, en peu de temps, elle vit l’Ecosse tout entière à ses pieds. Knox, le rigide Knox, le plus grand prédicateur calviniste de ce temps, résista seul à l’en traînement universel. Les rudes seigneurs écossais euxmêmes reconnaissaient en M arie « un charme qui tenait de la sorcellerie 7) . Une promesse formelle de tolérance religieuse rallia tous les Ecossais autour de la Reine lorsqu’elle fit valoir auprès du Parlement anglais ses droits à la couronne d’Angleterre, après Elisabeth. Mais celle-ci ne pouvait, sans compromettre son trône, fixer d’avance cette question de succession, pas plus qu’elle ne pouvait songer à se marier. Son union avec un prince, soit catholique, soit protestant, aurait ruiné son système d’équilihre politique, brisé l’unité nationale, provoqué le soulèvement du parti déçu dans scs espérances et obligé la Reine à subir les exigences de la faction victorieuse : « Si un prince catholique met le pied sur le sol anglais », écrivait un ambassadeur espagnol, tout en plaidant en faveur d’une alliance autrichienne, « la première messe célébrée provoquera un soulèvement. » Choisir comme successeur un prince de la famille protestante de Suffolk, c’était pousser les catholiques à la révolte; nommer Marie, c’était exciter l’indignation de tout bon protestant, et livrer Elisabeth à la merci du premier fanatique venu, désireux défrayera une princesse catholique le chemin du trône. « Je ne suis pas assez folle » , répondit la fille d’Anne Boleyn à Marie Stuart, « pour coudre mon propre linceul. » Mais les intrigues allaient croissant autour d’elle, et Marie Stuart espérait en secret que le triomphe du catholicisme en France contribuerait à faire pencher la balance de son côté.

Ces considérations multiples décidèrent enfin Elisabeth à prêter l’oreille à l’appel des huguenots trop faibles pour résister seuls aux Guise (1562), Aussi, malgré son aversion pour la guerre et les menaces de Philippe II, jugea-t-elle, utile pour sa propre sécurité d’envoyer de l’argent et sept mille hommes aux protestants de France commandés par le prince de Coudé. Malgré ces secours, les huguenots furent battus à Dreux; les Guise devinrent maîtres de la France; et l’Angleterre elle-même se trouva menacée/ Les espérances des catholiques anglais grandissaient chaque jour, et les mesures énergiques du Parlement prouvent bien qu’on regardait la guerre civile comme imminente, a Assez de paroles » , disait le puritain sir Francis Knollys; a il faut tirer l’épée. » On la tira. Le 7 est Ad ou Bill de l' Epreuve est la première en date de ces lois pénales qui devaient peser pendant deux cents ans sur les catholiques anglais : tout fonctionnaire ecclé-

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