‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 216 sur 255 · AI A H I A G E D E AI A H I E E T D E D A R I V L E Y · texte numérisé non relu

AI A H I A G E D E AI A H I E E T D E D A R I V L E Y

siastique ou laïque, à l’exception des pairs du royaume, était contraint de se déclarer ennemi de la puissance temporelle du Pape et de prêter sermenÊ d’allégeance à la Heine. Elisabeth comptait toujours sur la fortune pour la tirer des pressants dangers; elle avait raison, car bientôt l’assassinat du duc François de Guise brisa la force du parti catholique, et une politique de modération et d’équilibre entre les partis prévalut à la cour de France ; 'd’ailleurs, Catherine de Médicis, devenue toute-puissante, portait à Marie une haine trop violente pour songer à lui venir en aide (1563),

Mariage de Marie et de Darnley (1565). — Élisabeth essuya peu après un échec humiliant, mais bien mérité. Catholiques et huguenots s’unirent pour reprendre le Havre, qu’elle s’était fait livrer par ceux-ci à l’heure du danger, comme prix de son appui contre les Guise. Elle avait cependant gagné ainsi une année de répit, et Marie, désespérant d’obtenir l’alliance de la France, perdit aussi l’espoir d’exercer une pression sur l’Angleterre en la menaçant des forces réunies de toute l’Ecosse. Mais ces insuccès, loin de décourager la jeune reine, l’enhardissaient encore. Lasso de jouer un rôle en gardant cette parfaite neutralité entre les deux religions (pie les circonstances avaient rendue pour ainsi dire obligatoire, elle résolut défaire appel aux calholicjuesanglais, ail-nom du catholicisme, en choisissant pour époux Henri Stuart, lord Darnley, /ils delà comtesse de Lennox, issue du second mariage de Marguerite Tudor avec le comte d’Angus. Ces Lennox étaient restés fervents catholiques, elles papistes anglais mettaient leur espoir en eux comme héritiers de la couronne, plus encore qu’en Marie, petite-fille de Marguerite Tudor et de sou premier mari Jacques IV. Marie, par cette union, conciliait les catholiques de toute nuance. Elle sut avec une merveilleuse habileté dissiper les soupçons d’Elisabeth tout en attirant Darnley et sa mère à la cour : les menaces de la reine d'Angleterre pour essayer de prévenir ce mariage ne firent qu’en hâter la conclusion. C’était un audacieux défi jeté au protestantisme; des deux côtés on ne s’y méprit pas. Philippe II, mécontent jusqu’alors de la politique intérieure de Marie, si tolérante en apparence, et de ses tendances françaises, lui témoigna dès lors la plus vive sympathie. « Ce n’est que par elle » , disait- il, « que la vraie religion pourra être rétablie en Angleterre; toutes les autres voies nous sont fermées. 75 Les Lords de la Congrégation, qui s’étaient confiés à la parole de leur reine, tressaillirent d’indignation en apprenant ce mariage, et se soulevèrent sous la conduite de son demi-frère, lord Jacques Stuart, plus connu ensuite sous le nom de comte de Murray; mais à peine avaient-ils déployé l’étendard de la révolte, que la Reine marcha contre eux, des pistolets a la ceinture, et rejeta leurs chefs hors de la frontière.

Cet acte de vigueur et d’audace atterra Elisabeth et l’obligea à une basse dissimulation. Dès qu’elle put annoncer sa grossesse, Marie sentit ac-

croître ses chances de succès, et ne tint plus aucun compte des conseils de prudence de Philippe II : « Avec l’aide de Dieu et de Votre Sainteté » , écrivait Marie au Pape, « j’escaladerai la muraille. » Un Italien, Rizzio*, qui avait gagné ses bonnes grâces en l’engageant à épouser Darnley, était resté son conseiller. 11 la poussait à tout oser, et elle n’y inclinait déjà que trop. Elle résolut de faire rétablir le catholicisme en Ecosse par le prochain Parlement. La France, retombée sous le joug des Guise, lui offrait son appui, et les comtés du nord de l’Angleterre, où les catholiques dominaient, se disaient prêts à se soulever en sa faveur.

Jamais Elisabeth ne s’était vue aussi sérieusement menacée; heureusement pour elle, ce jeune Darnley, sur lequel sa rivale, toujours entraînée par des passions plus fortes que sa volonté, fondait tous ses projets d’ambition, devint peu après son mariage le plus insolent et le plus dissolu des époux; aussi l’amour de Marie se changea-t-il bientôt en haine et en mépris (1566). Darnley s’en aperçut lorsque celle-ci lui refusa la couronne matrimoniale, probablement à l’instigation de Rizzio, qui fut dès ce moment en butte à la jalousie insensée du jeune roi. A peine la Reine, levant enfin le masque, avait-elle décrété d’accusation Murray et ses adhérents, et congédié l’ambassadeur d’Angleterre, Darnley suivi des Douglas, ses parents du côté maternel, se précipita dans la chambre de sa femme, et, entraînant Rizzio hors de sa présence, le poignarda sur le palier. Dès lors, nous voyons se développer les côtés sombres du caractère de Marie. Dévorée du désir de venger cette insulte, elle dissimula sa haine sous les dehors de la plus tendre affection, afin de séparer son malheureux mari de ses complices qu’elle voulait perdre tout d’abord. Elle s’échappe avec Darnley des mains du parti protestant et se jette dans Dunbar, où vient bientôt la rejoindre Jacques Hepburn, comte de Bothwcll, à la tête de huit mille hommes. Grâce à ces troupes de renfort, elle put marcher en triomphe sur Edimbourg, qui lui ouvrit ses portes, tandis que Douglas et les seigneurs protestants qui n’avaient pas pris part à la révolte de Murray se réfugiaient en Angleterre ou dans leurs forteresses. Marie n’avait jamais cessé, pendant ce temps, ses intrigues avec les catholiques anglais qui affluaient à sa cour. « Vos paroles sont pleines de miel et vos actions pleines de venin » , écrivait un jour Elisabeth à Marie dans un aecès de franchise inattendue.

La naissance du petit prince, le futur Jacques VI d’Ecosse, plus tard Jacques Ier d’Angleterre, servit puissamment la cause de la Reine : « Le nombre de vos amis s’est tellement accru, » lui écrivait son ambassadeur en Angleterre, lord .Melville, « que des comtés entiers sont prêts à se soulever sous la conduite de capitaines élus par la noblesse. » Alalgré l’évidente exagération de ces nouvelles, l’inquiétude croissante du Parlement anglais prouvait bien qu’il y avait là un réel danger. Les députés ne voyaient qu’un seul moyen de le conjurer, c’était de décider Élisabeth à se marier ou à

MEURTRE DE DA RM LE Y (l 567) .

résoudre la question de la succession au trône. Ainsi que nous l’avons déjà vu, les conséquences de ces mesures étaient plus graves encore que les dangers que Ton voulait éviter. Elisabeth fut seule assez clairvoyante pour le comprendre; Cecil lui-même montra en cette occasion plus de zèle religieux que de tact politique en la suppliant de choisir un protestant comme successeur. La Reine tint ferme. Elle promit, il est vrai, de se marier, à la suite d’un violent accès de colère, mais tout en étant bien résolue à éluder sa promesse comme elle l’avait fait jusqu’alors. Sa défense formelle au Parlement d’engager aucun débat à propos de la succession au trône provoqua entre les Communes et la Couronne une lutte violente, sur laquelle nous reviendrons plus tard; cette lulte frappa Elisabeth au cœur. La réconciliation fut aussi chaude et aussi complète que possible : « Ce sont mes ennemis secrets du dedans » , disait-elle, « plus dangereux mille fois que mes ennemis du dehors qui ont voulu me nuire et m'attirer la haine de mes Communes. Me croyez-vous donc assez peu soucieuse de votre bien-être et de votre sûreté pour ne pas songer déjà à l’éventualité de ma succession, ou pour vouloir toucher à vos libertés? Non certes, telle n’a jamais été mon intention, mais j’ai voulu simplement vous empêcher de tomber dans le fossé, Elle ne pouvait expliquer les véritables raisons de sa conduite, et la dissolution du Parlement la laissa en face d’une nation mécontente et de périls croissants au dehors.

Meurtre de Darnley (1567). — Une catastrophe terrible déchira tout à coup les nuages amoncelés à l'horizon. Marie s'était servie de Darnley pour atteindre ses complices et seconder ses projets politiques, mais elle ne lui avait jamais pardonné. Le malheureux jeune homme, tombé en disgrâce et abandonné, errait de ville en ville ; il se plaignit et intrigua si bien que Marie résolut de se débarrasser de lui par un crime. Sa résolution futelle fortifiée par sa passion pour le comte de Rothuell, le plus audacieux et le plus méprisable des membres de la jeune noblesse écossaise? Des paroles menaçantes s’échappaient parfois de scs lèvres : « Tant qu'on ne m'aura pas débarrassée de cet homme, n dit-elle un jour, « je ne pourrai pas vivre tranquille. » On parlait déjà de divorce, lorsque des bruits sinistres circulèrent parmi les nobles. Le meurtre de Darnley est resté comme enveloppe d'un mystère presque impénétrable; mais les faits mêmes ne parlent qu’avec trop d’éloquence. La Reine feignit tout à coup d’avoir oublié ses griefs contre son mari et lui prodigua les témoignages de la plus vive tendresse. Ce malheureux tombe malade de débauches et de misère. Marie se rend aussitôt près dé lui et l’emmène à Edimbourg, où il est logé par son ordre dans une maison délabrée, en dehors des murs de la ville et complètement isolée. C’est là qu’elle allait le voir : un jour qu’il y avait bal de mariage au palais, elle l’embrassa en prenant congé de lui, et rentra gaiement à Holyrood. Vers deux heures de la nuit, la ville tout entière est

L’ANGLBTERUE ET M A H I E STUART (1560-1 5*7 *2).

ébranlée par une épouvantable explosion ; les bourgeois effrayés sortent de leurs demeures et trouvent la maison de Kirk O’ Field écroulée et le cadavre de Darnley gisant près des ruines sans la moindre trace de brûlure (1567).'

Le crime était évident, et l’on s’entendit généralement pour l’attribuer à Bothivell. On apprit que ses affidés avaient entassé de la poudre sous la chambre du Roi, tandis que le maître veillait, à quelques pas de là, à l’exécution du complot. Malgré la preuve évidente du crime et l’accusation de meurtre portée contre Botliwell par lord Lennox, père de Darnley, aucune enquête sérieuse ne fut ordonnée, et les amis de Marie apprirent avec stupeur par le bruit public qu’elle se proposait d’épouser l’assassin de son mari. « Si Votre Majesté s’unit à cet homme « , lui écrivait lord Melville, « elle perdra la protection de Dieu, sa propre réputation, et s’aliénera ainsi le cœur de tous les honnêtes gens des trois royaumes. » Peu après, toutes les forteresses d’Ecosse furent remises entre les mains de Botliwell, qui se rendit à Edimbourg, pour y être jugé, avec une si nombreuse escorte qu’on s’empressa de l’acquitter après un procès dérisoire. Le comte était marié; il eut l’audace de divorcer, et, surprenant la Reine sur la route de Linlithgow, il l’enleva, l’épousa, et il se retira avec elle à- Dunbar.

L’horreur universelle causée par ce mariage de Marie avec un liomnie encore couvert du sang de Darnley souleva la nation entière contre sa souveraine. La plupart des membres de la noblesse écossaise, sans distinction de communion, se réunirent à Stirling, et marchèrent de là sur Edimbourg, qui prit les armes en leur faveur. Marie, et Botliwell s’avancèrent jusqu’à Seton à la rencontre dès insurgés, avec des forces assez considérables, mais leurs hommes refusèrent de se battre, et Botliwell s’enfuit à bride abattue, pour aller mourir en exil, tandis que la Reine était ramenée dans sa capitale, la rage au cœur, et ne répondant que par de sanglants outrages aux malédictions de la foule. On l’enferma au château de Lochleven, et son frère Murray, rappelé de France, fut nommé régent du royaume.

Marie Stuart en Angleterre (1568). — La chute de Marie sauva l’Angleterre. 11 n’était que temps; les guerres de religion, qui avaient pris naissance en France, menaçaient de s’étendre peu à peu à l’Europe entière. La trêve imposée par Catherine de Médicis aux catholiques et aux huguenots, et maintenue pendant quatre ans, grâce à des prodiges d'habileté politique, venait d’être rompue par les Guise et le prince de Coudé, impatients de profiter des nouveaux troubles des Pays-Bas. Les cruelles persécutions contre les protestants, l’audacieuse violation des libertés constitutionnelles des Provinccsles avaient poussés à la révolte, et le roi d’Espagne saisit ce prétexte avec empressement pour étouffer l’hérésie triomphante dans ses Etats du Nord. Au moment où Marie entrait à Lochleven, le duc d’Albe, à la tête

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