‹ Histoire du peuple anglais (tome 1)Chapitre 217 sur 255 · MARIE STUART EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

MARIE STUART EN ANGLETERRE

de troupes exercées, envahit les Flandres, où, après avoir facilement écrasé les rebelles, il commença celte série d’horreurs et de massacres qui ont couvert son nom d’infamie. Ces succès mettaient Elisabeth dans de très-graves embarras ; sans doute, pensait-elle, les cruautés commises par les Espagnols dans les Pays-Bas n’étaient que le prélude de leur alliance avec les Guise pour P extirpation de l’hérésie en France; même sans prévoir d’aussi loin les dangers futurs, cette victoire du catholicisme et la présence d’une armée de la foi dans un pays en relations constantes avec l’Angleterre, allaient réveiller immédiatement chez ses sujets catholiques l’espoir d’une insurrection prochaine contre l’autorité roj ale, tandis que les massacres des Pays-Bas ne devaient pas tarder à exciter chez ses sujets protestants une vérifcablesoif de vengeance. Il eût été très-imprudent d’attaquer le duc d’Albe, qui sc trouvait alors maître d’Anvers, le grand entrepôt du commerce anglais, et une rupture avec l’Espagne aurait été à ce moment la ruine de la moitié des négociants de Londres. Les inquiétudes d’Elisabeth ne faisaient que croître chaque jour, lorsqu’on apprit l’évasion de Marie du château de v Lochleveu. La victoire du parti presbytérien à Langsyde (1568), et l’écrasement, grâce à l’énergie de Murray, de la petite armée des Hamilton, qui s’étaient ouvertement déclarés pour elle, décidèrent la reine d’Ecosse à abandonner la campagne dans son propre royaume. Changeant subitement ses plans avec la rapidité de décision du génie, elle traversa la Solu ay dans une barque légère et se trouva ainsi avant la nuit au château de Carliste. Bien que sa cause fût perdue en Ecosse, Marie s’était rendu compte que ses malheurs et son emprisonnement avaient considérablement amoindri le souvenir de sa honte dans le cœur des catholiques anglais qu’enflammait d’espérance la nouvelle des victoires du duc d’Albc. Mais la présence de Marie à Carlisle était pour Elisabeth un danger plus grave encore que celle du duc d’Albe dans les Flandres. La garder en Angleterre, c’était offrir un centre de ralliement aux catholiques. Marie elle-même avait déjà menacé Elisabeth « de lui créer de terribles embarras si clic la retenait prisonnière » . Elle demandait à la reine d’Angleterre, ou de l’aider à remonter sur le trône, ou de la laisser passer en France. Mais accéder â cette dernière demande, c’était donner aux Guise une arme terrible contre Elisabeth et provoquer une nouvelle intervention des Français en Ecosse. On ne pouvait pas songer non plus à rendre à Marie Stuart la couronne qu’elle avait perdue sans faire une enquête sur les crimes horribles dont on l’accusait.

Elisabeth était si pressée de se débarrasser de Marie, que, malgré un refus de sa prisonnière de se soumettre à aucune enquête, elle s’occupa activement de la rétablir sur le trône d’Ecosse. Elle insistait auprès de Murray pour qu’il renonçât aux accusations les plus graves lancées contre sa sœur, et pressait Marie, d’un autre côté, de laisser en ce cas à son frère la haute main dans les affaires du royaume. Xi l’an ni l’autre ne voulut prêter

l’oreille à ces propositions tout à l’avantage de la reine d’Angleterre. Le Régent accusa formellement sa sœur de meurtre et d’adultère, et Marie persista dans son refus soit de se disculper, soit d’abdiquer en faveur de son fils encore en bas âge. Cette politique expectante servait merveilleusement, comme la reine d’Ecosse l’avait sans doufe prévu, au triomphe de sa cause. A ce moment critique où Elisabeth tenait vraiment « le loup par les oreilles » , la nouvelle des cruautés commises par le duc d’Albc dans les Pays-Bas vint encore exciter au plus haut degré les passions religieuses en Angleterre.

Les insurrections catholiques (1569-1572). — La crise prenait un caractère aigu, et l’hostilité des deux partis religieux s’accentuait chaque jour, dans le pays aussi bien qu’à la cour. Cecil et les protestants voulaient une alliance générale entre les diverses Eglises réformées d’Europe, la guerre contre le duc d’Albe, et l’abandon de Marie à ses sujets pour qu’elle reçût le châtiment de. ses crimes. Les catholiques, qui soutenaient le duc de Norfolk, les pairs conservateurs et les riches négociants de la Cité, effrayés de la possibilité d’une guerre avec les Pays-Bas, exigeaient le renvoi de Cecil et des ministres protestants, l’alliance avec l’Espagne, et, enfin (mais moins ouvertement), la reconnaissance des droits de Marie au trône d'Angleterre. En présence de ces difficultés vrai- ♦ ment inextricables, Elisabeth se vit obligée de persévérer dans son système de temporisation ; tout en refusant de suivre les conseils de Cecil, elle faisait parvenir au prince de Coudé des secours en hommes et en argent ; elle gênait les mouvements du duc d’Albe en saisissant les galions qui lui étaient envoyés ; elle attisait la lutte en empêchant toute navigation dans la mer du Nord. Elle repoussa les propositions de Norfolk, mais ne voulut pas entendre parler de guerre, et refusa de se prononcer contre la reine d’Ecosse, et de reconnaître Jacques comme roi à sa place.

Fatigués de ces atermoiements continuels, les seigneurs catholiques, encouragés par la présence de Marie en Angleterre, se soulevèrent sous la conduite des maisons de Neville et de Percy (1569). Les comtes de Nortliumberland et de W estmorcland donnent le signal de la révolte en pénétrant tout à coup dans la cathédrale de Durham; la Bible cl le P rayer book sont mis en pièces, et la messe célébrée une fois de plus sur l’autel de saint Cuthbert. De la les comtes se rendent à Doncaster, et voient en route leur armée se grossir de plusieurs milliers d’hommes. Ils voulaient, disaient-ils, « elfacer les dissensions religieuses et revenir aux vieux us et coutumes ^ . Aussi le comte de Sussex, généralissime des troupes d’Llisabeth dans le Nord, ne dissimulait-il pas à sa souveraine qu’il n’y avait pas dix gentilshommes en Vorkshire d’accord avec elle sur les questions religieuses » . Mais, loyal autant que sincère, il défendit York avec énergie, tandis que la Reine déjouait les plans des insurgés en transférant Marie

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