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LES INSURRECTIONS CATHOLIQUES

dans une nouvelle prison à Coventry. L’orage fut de courte durée; l’inaction de la grande majorité des catholiques trompa les espérances des chefs delà révolte; ils s’arrêtèrent indécis, et leurs hommes, saisis de panique, se débandèrent. Northumberland ainsi que Westmoreland prirent la fuite, entraînant avec eux lord Pacrc de Naworth, le plus puissant propriétaire foncier des frontières d’Ecosse. Leurs malheureux partisans payèrent de leur vie et de leurs biens la trahison de leurs chefs. Elisabeth se départit cette fois de sa modération habituelle; la répression fut terrible, mais servit d’avertissement salutaire aux adversaires de sa politique.

La cour de Rome fit son possible pour réveiller et exciter les catholiques anglais dont l’inertie avait paralysé l’action de l'armée des comtes; on trouva, un beau matin, une bulle de déposition et d’excommunication clouée par bravade à la porte de l’évéque de Londres (1570). Les catholiques du Xord refusèrent avec énergie dès lors de suivre le culte anglican. Quant à Marie, elle poursuivait ses intrigues dans l’intérieur du royaume; elle avait bien un instant espéré remonter sur le trône de ses ancêtres, après l’assassinat de Murray; mais l’opposition de la noblesse écossaise avait trompé cette espérance.

Une fois les catholiques vaincus, elle se tourna vers les pairs conservateurs, et surtout vers le duc de Norfolk, homme sans caractère, mais influent comme chef de parti, qui s’opposait à une politique purement protestante. Cecil ayant découvert entre eux un projet de mariage, le duc fut condamné à passer quelques mois à la Tour ; il n’en sortit que pour renouer sa correspondance avec la prisonnière et réclamer l’aide de Philippe II et l’intervention d’une armée espagnole. Cet appel, fait au nom de Marie, et signé par Norfolk et par plusieurs seigneurs « du plus vieux sang « , comme disaient les plus fiers d’entre les pairs, avait quelque chose de singulièrement menaçant à cette heure où l’on voyait les réfugiés catholiques se grouper à Anvers autour des chefs de la première insurrection. Ces conspirations incessantes réveillèrent l’ardeur des protestants. Le Parlement vota un bill de proscription contre les comtes rebelles, et déclara .coupables de haute trahison tous ceux qui introduiraient des bulles du Pape en Angleterre. L’indignation contre Marie, « cette fille de la discorde qui sème partout la division » , entraîna les députés à déclarer par une loi spéciale que toute personne qui ferait valoir ses droits au trône d’Angleterre, du vivant d’Elisabeth, se rendrait, par cela même, incapable de lui succéder. Enfin, on répondit aux sourdes menées des catholiques en imposant aux magistrats et aux fonctionnaires l’obligation de souscrire aux Trente-Neuf Articles, obligation qui fit passer l’administration de la justice aux mains des protestants.

Les menées de Norfolk avaient abouti à un complot formel ; Philippe II avait promis de venir en aidé aux rebelles dès qu’ils auraient pris les

armes. Cecil, qui tenait le fil de toutes ces intrigues, les déjoua en ordonnant l’arrestation de Norfolk avant qu’il eut pu rien entreprendre. L’exécution de Norfolk et celle de Northumberland calmèrent définitivement l’esprit de révolte qui avait si longtemps agité l’Angleterre. Les échecs successifs de ces deux conspirations avaient montré non-seulement la faiblesse et la désunion du parti réactionnaire, mécontent du nouvel état de choses, mais aussi l’impuissance de toute opposition à ce grand sentiment national qui s’était pacifiquement développé sous le règne d’Elisabeth, et que les dangers communs, le besoin de tranquillité et de bien-être avaient changé en une sorte de fidélité passionnée et enthousiaste envers la Reine. Ce n’est pas contre la vigilance de Cecil et l’irabileté d’Elisabeth que vinrent se briser les efforts combinés de Marie, de Philippe II et de la noblesse catholique, mais contre une nouvelle Angleterre.

Élisabeth et les lois sur l’assistance publique. — « Mon plus vif désir « , disait Elisabeth au Parlement avec un légitime orgueil, « a toujours été de me faire obéir par affection et non par crainte. » Cette affection, elle la mérita par son esprit d’équité et parla sagesse de son gouvernement. Si absorbée qu’elle parût être dans les négociations et les intrigues diplomatiques, Elisabeth était Anglaise avant tout. Aussi se consacra-t-elle avec autant d’ardeur que d’intelligence aux affaires intérieures du royaume. A peine montée sur le trône, le problème social se dressa devant elle. Le temps et le développement régulier des nouvelles branches d’industrie avaient déjà, il est vrai, contribué au soulagement des classes ouvrières en fournissant de nouveaux débouchés ; mais, comme nous l’avons dit en parlant du protectorat de Somerset, il existait depuis longtemps en Angleterre un sourd mécontentement qu’aggravaient encore les abus de toutes sortes, les emprisonnements et les spoliations occasionnés par la crise agricole. Chaque tentative d’insurrection pouvait compter sur l’appui d’une horde de gens sans aveu, dont la seule présence au sein du royaume était un encouragement à la guerre civile et une menace perpétuelle pour les biens et la vie de tous les citoyens; des bandes de maraudeurs et d’auda-

1 Sources : Pour l’iiistoire constitutionnelle, voir : d’Ewes, Mémoires- Journaux ; Townshend, Journal of pctrlimentary Vroceedings (1580-1 GO 1), premiers comptes rendus détaillés des discussions de la Chambre des commîmes. Le tableau de l'époque tracé par Hallam dans son Histoire constitutionnelle est aussi judicieux que brillant. Consulter, ponr l’histoire commerciale, Macplierson, \nnals of Commerce, le chapitre consacré à ce sujet dans la Pictorial History of England, les récits de voyage publiés par la Hakluyt Society. M. Fronde a fourni quelques nouveaux et intéressants détails dans son Histoire d* Angleterre. Pour fbistoire des moçurs, l’ouvrage de AI. Hall, cité plus liant, devra être consulté, ainsi que la Description of England de Harrisson, très-bien éditée par la nouvelle Shakspeare Society. L’histoire littéraire de cette époque a été étudiée par Craik dans son Histoire de la littérature anglaise ; il a consacré un volume spécial à Spenser et son temps: Comparer les appréciations exactes, mais un peu timides, de Hallam avec les commentaires brillants, mais parfois aventureux, de M. Taine sur les écrivains de la Renaissance.

L’ANGLETERRE AU TEMPS D’ÉLISABETH

cieux mendiants infestaient même les grandes routes et jetaient partout la terreur. Élisabeth usa, comme Henri VIII, Édouard et Marie, de terribles mesures de répression, parfaitement inutiles, comme l'avait vainement fait remarquer autrefois Thomas More. Nous voyons a cette occasion des magistrats du Somersetshire pendre jusqu a cinquante malheui eux a la fois sur une centaine de prisonniers, et se plaindre amerement au conseil d'être obligés d’attendre jusqu’aux prochaines assises pour avoir le plaisir de contempler les cinquante autres suspendus au même gibet.

L’élection d’une commission royale d’enquête sur la matière (1562) permit à Elisabeth de remédier au mal d’une manière plus sage et plus efficace. Cette commission se borna d’ailleurs à confirmer tous les règlements antérieurs sur le vagabondage : travail obligatoire pour les fainéants, qu’on prit soin de distinguer des impotents et des indigents, confondus jusqu’alors avec eux ; chaque paroisse, chaque ville, était obligée de subvenir aux besoins de ses pauvres et de ses malades, et de faire travailler scs mendiants valides et paresseux. Lorsque les contributions volontaires ne suffisaient pas, les juges étaient autorisés à frapper d’une taxe proportionnée à leur fortune tous ceux qui avaient refusé de payer spontanément leur part. Ces principes, celui de la responsabilité des paroisses, et celui de la distinction entre le pauvre et le vagabond, se retrouvent formulés avec plus de netteté encore dans deux décrets d’Elisabeth, l’un de 1572 qui ordonnait la fondation de maisons de correction, où les vagabonds étaient astreints à des travaux obligatoires, l’autre de 1595 qui transmettait aux marguilliers de la paroisse le droit, jusque-là exclusivement réservé aux juges, de fixer et de lever eux-mêmes la taxe nécessaire à l’entretien des indigents ; on promulgua enfin la fameuse loi de 1601 qui complétait les précédents arrêtés et devait rester en Angleterre, jusqu’à une époque récente, la base du système d’assistance publique. Quelques défauts qu’on ait pu y constater dans la suite des temps, il n’en est pas moins avéré qu’elle marque un immense progrès sur les règlements qui déshonoraient les codes anglais depuis le règne de Richard II. Elle éloigna pour longtemps la crainte d’un bouleversement social.

Progrès de l’agriculture et de l’industrie. — Ces réformes seules n’auraient cependant pas suffi à amener cet apaisement général des esprits si l’Angleterre n’avait pas commencé alors à jouir d’une grande prospérité industrielle et commerciale. Si les changements survenus à celte époque dans la culture des terres jetaient un grand trouble dans la classe laborieuse, ils augmentèrent aussi beaucoup la production. Non-seulement des capitaux considérables étaient consacrés à l’agriculture, mais de tous côtés on cherchait à mettre les terres en valeur par des procédés perfectionnés; on fit aussi des progrès dans la manière d’élever les chevaux et les bestiaux, et l’on apprit à se servir des engrais et à faire delà culture

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